Ce que Baye Laye disait dans ses sermons

La communauté layenne va célébrer, les lundi 19 et mardi 20 janvier, le 146e anniversaire de l’Appel des Layennes. En prélude à cet événement religieux majeur, comme il est de coutume à EnQuête depuis plusieurs années, une série de reportages sera proposée aux lecteurs. Pour ce premier numéro, le thème retenu est : « Manifestations de la solidarité sociale dans les sermons de Seydina Limamou Lâhi Al-Mahdi (PSL) ».
Quiconque médite sur les sermons de Seydina Limamou Lâhi Al-Mahdi (PSL) y découvre une véritable école humaniste et un modèle singulier de construction d’une société solidaire, fondée sur la compassion, l’entraide et la miséricorde. Ces sermons ont été prononcés dans un contexte historique marqué par les divisions tribales et les conflits doctrinaux. Pourtant, par une méthode pédagogique d’inspiration divine, l’Imam parvint à transformer cette fragmentation en un seul cœur sensible à la souffrance d’autrui et en une seule main tendue vers le nécessiteux.
Selon Adja Maguette Ndiaye, membre du comité scientifique de l’Appel des Layennes, les discours du Mahdi ne se réduisaient pas à de simples paroles prononcées lors d’occasions éphémères. Ils constituaient de véritables tribunes d’orientation vivante et des repères normatifs façonnant la conscience collective et jetant les bases d’un tissu social solide dont le pilier central était la solidarité. L’ensemble de ses sermons, notamment celui adressé à la communauté musulmane en général et plus particulièrement à ses disciples à la suite d’un différend survenu avec leurs coreligionnaires de Ngakham, visait à enraciner les valeurs de coopération et de soutien mutuel, tant par la parole que par l’exemple.
Le concept de solidarité sociale
Pour Adja Maguette Ndiaye, la solidarité sociale est un concept humain d’une haute portée morale et l’un des fondements essentiels de la construction de sociétés cohésives et stables. Dans l’islam, ce concept prend une dimension plus profonde : il ne s’agit pas d’une coopération passagère, mais d’un lien doctrinal, éthique et juridique auquel l’individu est tenu de se conformer. Dans cette conception, la solidarité sociale se définit comme l’interdépendance et la coopération des membres d’une société dans la recherche du bien commun et la prévention du préjudice, fondées sur un sentiment de responsabilité partagée et de fraternité de foi. Elle constitue un réseau de soutien matériel et moral qui préserve la dignité de l’individu et renforce la communauté, conformément à la parole divine : « Les croyants ne sont que des frères. Réconciliez donc vos frères et craignez Allah afin qu’il vous soit fait miséricorde. »
L’objectif de la solidarité sociale ne se limite donc pas à l’assistance aux plus démunis. Il vise l’édification d’une société forte et unie, où les barrières sociales s’estompent, où les causes de la haine et de la criminalité diminuent et où les valeurs de coopération et d’entraide s’élèvent. Il en résulte la stabilité et l’élévation morale de la société, ainsi que la réalisation d’une adoration sincère à travers le service rendu aux créatures. Comme l’a rappelé le Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « L’exemple des croyants dans leur affection, leur miséricorde et leur compassion est comparable à celui d’un corps unique : lorsqu’un de ses membres souffre, tout le corps partage cette souffrance par l’insomnie et la fièvre. »
Exemples de coopération dans les sermons
Seydina Limamou Lâhi Al-Mahdi (PSL) déclara un jour :
« J’ai appris que certains d’entre vous se disputaient avec vos compagnons, disciples de Cheikh Ahmadou Bamba (RTA), et avec d’autres encore. Ceux-là et vous-mêmes êtes tous des musulmans et il est de votre devoir d’être des frères. Il n’y a pas de place dans l’islam pour l’hostilité et la haine. La religion n’est rien d’autre que le bon conseil, l’amour et l’entraide. Les disputes et les querelles sont interdites, tout comme l’avilissement réciproque et les critiques malveillantes. Rivalisez seulement dans la droiture et la crainte de Dieu. » Ce discours, adressé aux disciples de Ngakham après une incompréhension avec ceux de Cheikh Ahmadou Bamba, portait un esprit de solidarité fondé sur la réforme intérieure plutôt que sur la confrontation. Il rappelait que les croyants sont frères avant toute appartenance confrérique et que l’unité doit primer sur la discorde.
Pour Adja Maguette Ndiaye, lorsque l’Imam affirme que « l’islam ne connaît ni inimitié ni rancœur », il exprime une vérité spirituelle profonde : la foi authentique est source de paix, tandis que la querelle est le signe de l’ego persistant. La religion, dans son essence, est un conseil sincère, un amour pur et une coopération visant la purification des cœurs.
Dans un autre sermon, Seydina Limamou Lâhi Al-Mahdi (PSL) déclarait : « Je vous recommande la crainte révérencielle d’Allah. Je vous ordonne ce que Dieu a ordonné et vous interdis ce qu’Il a interdit. Je vous recommande de vous entraider, de vous rendre visite, de vous concerter et de vous aimer pour l’amour de Dieu et de Son Prophète à tout instant. Laissez ce bas monde derrière vous, ne le placez pas devant vous, car il égare celui qui s’y attache. » Selon Adja Maguette Ndiaye, ce discours s’ouvre sur un appel à la piété, fondement de toute conduite spirituelle. Dans la vision mahdiste, la piété n’est pas une simple conformité extérieure, mais une vigilance permanente du cœur.
Le sermon développe ensuite la dimension sociale de la solidarité : l’entente, la coopération, la visite mutuelle et la concertation sont des actes sociaux à fondement spirituel. Ils ne peuvent exister sans un amour fondé sur Dieu et Son Messager, et non sur des intérêts éphémères. Le discours s’achève par une mise en garde contre l’attachement excessif au bas monde. Le placer « derrière soi » ne signifie pas renoncer à l’effort matériel, mais libérer le cœur de sa domination. Celui qui met le monde devant lui en devient l’esclave ; celui qui le met derrière lui en fait un serviteur. En qualifiant ce monde de trompeur, l’Imam rappelle que le salut réside dans la légèreté de l’attachement et la constance de l’orientation vers Allah.
Cheikh THIAM






