La solidarité comme projet de civilisation à Diamalaye

À Diamalaye, la solidarité n’est ni un simple idéal religieux ni un slogan moral. Héritée du Message universel de paix de Limamou Laye Al-Mahdi, elle structure la vie sociale, façonne les comportements et fonde les relations humaines sur la dignité, l’amour et le partage, faisant de cette communauté un véritable modèle de refondation éthique et spirituelle.
Dans la vision du Guide suprême Limamou Laye Al-Mahdi (PSL), la paix ne saurait être un simple idéal moral ou un slogan religieux. Elle est conçue comme un projet global de refondation de l’être humain et de la société. Une paix qui s’incarne dans les comportements, les relations humaines et l’organisation collective. C’est cette philosophie qui a présidé à la fondation de la société de Diamalaye, pensée comme un modèle social reposant sur des valeurs spirituelles fortes, où la solidarité constitue l’un des piliers centraux. Selon Cheikh Makhtar Lo Gaye, membre du comité scientifique de l’Appel des Layennes, Diamalaye n’est pas seulement un espace géographique, mais un projet de société visant à restaurer le lien entre l’homme et son Créateur, tout en refondant les relations humaines sur des bases éthiques. La solidarité y est conçue comme une nécessité vitale : elle assure la cohésion sociale, protège la dignité humaine et garantit la stabilité du projet communautaire.
La dignité humaine comme socle
Premier fondement de cette société : la dignité humaine. À Diamalaye, la valeur d’un individu ne se mesure ni à sa richesse, ni à son origine, ni à son statut social, mais à son affiliation à Allah. Cette vision s’appuie sur le verset coranique : « Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. » Elle abolit les hiérarchies artificielles et pose une égalité fondamentale entre les êtres humains. Pour Cheikh Makhtar Lo Gaye, la plupart des grandes injustices de l’histoire (esclavage, colonisation, discriminations) trouvent leur origine dans une négation de cette dignité. Lorsque l’homme cesse de voir en l’autre un être digne par essence, la solidarité disparaît. C’est pourquoi Limamou Laye Al-Mahdi a fait de “l’affiliation à Allah” l’axe central de Diamalaye : elle fonde la dignité, qui devient elle-même le moteur éthique de la solidarité.
Le conseil sincère comme règle de vie
Deuxième principe structurant : le “bon conseil”, ou an-naṣîḥa. À Diamalaye, la relation à l’autre n’est pas guidée par l’émotion, la rancune ou la réaction impulsive, mais par une éthique fondée sur la patience, la bienveillance et la réforme morale. Le membre de cette société, appelé “Baay Laay”, agit selon les principes, non selon les offenses subies. Il s’inscrit dans une logique de dépassement de soi, inspirée aussi bien par le Coran que par la tradition prophétique, qui recommande de pardonner, de donner à celui qui prive et de renouer avec celui qui rompt. Cette éthique se traduit dans les faits. Limamou Laye Al-Mahdi, malgré les attaques dont il faisait l’objet, continuait à aider ses détracteurs, allant jusqu’à réparer la maison de l’un de ses oncles qui l’offensait régulièrement. Ses successeurs ont prolongé cet héritage, rappelant que la miséricorde doit englober aussi bien ceux que l’on aime que ceux que l’on n’aime pas. Le conseil sincère devient ainsi un outil de cohésion sociale et de transformation morale.
L’amour, matrice de la solidarité
Troisième principe : l’amour comme fondement spirituel de la solidarité. Le Guide suprême a voulu bâtir Diamalaye sur le modèle des “gens du Paradis”, caractérisés par l’absence de rancœur, de conflits et de paroles blessantes. Dans cette société idéale, les relations sont portées par un amour sincère et une fraternité spirituelle. À Diamalaye, la solidarité est le prolongement naturel de cet amour. Celui qui aime son frère ne peut rester indifférent à sa souffrance. Le Prophète (PSL) l’exprimait clairement : « Vous ne croirez pas tant que vous ne vous aimerez pas. » La solidarité devient alors un critère éthique, permettant de mesurer la fidélité de la société à cet idéal spirituel.
Quatrième principe : l’engagement collectif pour le bien et la résistance organisée contre le mal. Le bien, selon Limamou Laye Al-Mahdi, ne peut produire d’effet durable s’il reste cantonné à des initiatives individuelles. Il doit devenir un mouvement collectif. De même, le mal ne peut être contenu que par une opposition communautaire consciente. Cette vision s’est traduite par des actions concrètes : entraide dans les champs, assistance aux plus démunis, organisation collective contre la pauvreté et la marginalisation. Seydina Issa Rouhou Lahi a, dans cette logique, mis en place des comités de pairs et encouragé l’habitat collectif, convaincu que la solidarité matérielle est aussi un acte spirituel. À Diamalaye, l’aménagement de l’espace, la protection sociale et l’entraide sont considérés comme des formes d’adoration.
Cinquième principe : la purification des ressources par le don. Dans la pensée mahdiste, la zakât n’est pas seulement une obligation financière, mais une philosophie de vie. Elle concerne aussi bien l’argent que le savoir, les compétences et l’expérience. Tout ce que l’homme possède est un dépôt dont il doit rendre compte en le mettant au service des autres. Celui qui sait doit enseigner, celui qui peut doit aider, celui qui a doit partager. Cette logique transforme la société en un tissu solidaire où les forces circulent du fort vers le faible, du savant vers l’apprenant. L’histoire de Baye Seydi Thiaw Laye, qui céda plus de 360 hectares à l’État pour répondre au besoin de logements à Dakar, reste l’un des symboles les plus forts de cette philosophie. Sur ces terres naîtront plus tard les Parcelles Assainies, devenues un témoignage vivant de cette générosité.
Une boussole pour l’avenir
À Diamalaye, la solidarité n’est ni un discours, ni un idéal abstrait. Elle se vit au quotidien, à travers la dignité humaine, le conseil sincère, l’amour, l’engagement collectif et le partage des ressources. Elle structure la société et façonne les comportements. Pour Cheikh Makhtar Lo Gaye, le message de Limamou Laye Al-Mahdi n’appartient pas au passé. Il propose une réponse aux crises contemporaines, marquées par l’individualisme, l’exclusion et la perte de sens. En plaçant le “nous” au-dessus du “moi”, Diamalaye offre un modèle de société fondé sur la justice, la générosité et la responsabilité partagée. Plus qu’un héritage spirituel, la société de Diamalaye apparaît ainsi comme une invitation adressée à l’humanité : renouer avec ses valeurs, réparer ses liens et redécouvrir, à la lumière du Message universel de paix, le sens profond de la fraternité humaine.
Par Cheikh Thiam






