Un adulte sur quatre menacé de perdre ses terres ou son logement

Malgré des avancées en matière de gouvernance foncière, plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent dans la crainte de perdre leurs droits sur leurs terres ou leur habitation dans les cinq prochaines années.
Plus d’un milliard de personnes dans le monde, soit près d’un adulte sur quatre, sont aujourd’hui en situation d’insécurité foncière. C’est ce que révèle le rapport intitulé « L’État des régimes fonciers et de la gouvernance des terres », présenté comme le premier état des lieux mondial complet sur la manière dont les terres sont détenues, utilisées et gouvernées. Soutenu par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), le document met en lumière des progrès réels, mais encore insuffisants, face à l’ampleur des défis.
Selon le rapport, les États détiennent légalement plus de 64 % des terres à l’échelle mondiale, un chiffre qui inclut les terres coutumières reconnues, mais souvent dépourvues de titres formels. Un peu plus d’un quart des terres sont détenues à titre privé, par des individus, des entreprises ou des entités collectives, tandis que le statut d’environ 10 % des terres reste inconnu. Dans le détail, près de 18 % des terres mondiales, soit environ 2,4 milliards d’hectares, appartiennent à des particuliers ou à des entreprises. Concernant les terres agricoles, qui représentent environ 37 % des surfaces terrestres, une forte concentration est observée : 10 % des propriétaires exploitent près de 90 % des terres cultivées. Malgré l’adoption de cadres nationaux et internationaux au cours des vingt dernières années, notamment en Afrique, les progrès demeurent lents. À ce jour, seuls 35 % des terres dans le monde disposent de droits de propriété, de tenure ou d’usage officiellement documentés.
Plus d’un milliard de personnes en situation de précarité
Le rapport souligne que plus de 1,1 milliard de personnes se considèrent en situation d’insécurité foncière, estimant probable ou très probable la perte de leur logement ou de leurs biens dans les années à venir. Pour Maximo Torero Cullen, économiste en chef de la FAO, cette insécurité constitue l’une des formes d’inégalités les plus préoccupantes. « Elle se traduit par une baisse de la productivité, une résilience affaiblie et une nutrition dégradée. Des droits fonciers sécurisés permettent des investissements durables et font la différence entre la survie à court terme et la sécurité alimentaire à long terme », a-t-il indiqué. Le rapport met en évidence une forte diversité des systèmes fonciers à travers le monde. En Afrique subsaharienne, 73 % des terres sont détenues selon des régimes coutumiers, mais seulement 1 % bénéficient d’une reconnaissance officielle, la majorité restant juridiquement sous contrôle de l’État. En comparaison, 32 % des terres sont détenues à titre privé en Amérique du Nord, 39 % en Amérique latine et 55 % en Europe, hors Russie où les terres publiques dominent.
Les inégalités d’accès à la terre touchent particulièrement les femmes et les peuples autochtones. Ces derniers occupent environ 5,5 milliards d’hectares, soit 42 % des terres mondiales, mais seuls 1 milliard d’hectares disposent de droits clairement documentés. Dans la quasi-totalité des pays, les femmes sont moins susceptibles que les hommes de posséder des terres ou de bénéficier de droits fonciers sécurisés, que ce soit pour le logement ou l’agriculture. Une situation qui souligne l’importance de formaliser les droits à travers des documents juridiques. Longtemps marginalisés, les systèmes fonciers coutumiers gagnent aujourd’hui en reconnaissance. Gérés principalement par les peuples autochtones, les pasteurs et les communautés tribales, ils couvrent des espaces essentiels tels que les forêts, les prairies, les zones humides et les zones de pêche. Environ 4,2 milliards d’hectares de terres coutumières ont été cartographiés, soit plus de 32 % des terres émergées de la planète, hors Antarctique. Ces territoires jouent un rôle crucial dans la préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Selon la FAO, ces terres contiennent environ 45 gigatonnes de carbone « irrécupérable », dont la libération aggraverait considérablement le réchauffement climatique.
Des pressions croissantes sur les terres
Malgré leur importance, les terres coutumières sont de plus en plus menacées par les activités humaines : expansion urbaine, agriculture industrielle, exploitation minière, pétrolière et gazière. Paradoxalement, certaines solutions climatiques, telles que les projets d’énergies renouvelables, les biocarburants ou les mécanismes de compensation carbone, contribuent également à accentuer la pression sur ces espaces, notamment lorsqu’ils ne bénéficient pas d’une reconnaissance ou d’une protection juridique suffisante. Face à ces enjeux, le rapport appelle à un engagement politique renforcé et à la mise en place de politiques foncières inclusives, capables de garantir des droits sécurisés pour tous et de soutenir une transition écologique équitable et durable.
CHEIKH THIAM







