L’importance de cet événement pour Thiès

La ville de Thiès accueille ce 4 avril la célébration de la fête de l'indépendance nationale du Sénégal. Président du mouvement Thiès D’abord, Maître Habib Vitin dresse l’état des lieux de cette préparation, parle de l’importance de cet événement pour la ville, du sentiment des populations, mais aussi des manquements, entre autres.
La ville à deux gares accueille à nouveau cette célébration, 47 ans après une réussite en 1979. En 2024, il était prévu d’organiser la fête de l’Indépendance Thiès 4-4-44. Mais des tensions et des ruptures entre dirigeants et populations ont empêché cette manifestation, notamment à cause des querelles politiques entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck. Ainsi, la décision de Diomaye de tenir la 66e édition de la fête de l’Indépendance dans la ville du maire Babacar Diop est un acte fort, aux yeux des populations.
"C'est un sentiment de reconnaissance, un sentiment de joie et de bonheur que je partage avec l'ensemble de la population de Thiès. Et nous sommes d’autant plus heureux et contents qu’aujourd’hui, cela fait plus d’une dizaine de jours que notre ville est sous les projecteurs, tant sur le plan national qu'international", salue le Président du mouvement Thiès D’abord. Maître Habib Vitin souligne que c’est une vitrine, des images fortes lancées à travers le monde.
Cet acteur de la scène politique annonce une forte mobilisation pour accueillir le Chef de l’État, qui a pris cette décision. "Nous sommes tous d'accord qu'elle est une fête nationale, qu'elle est une fête de l'armée. Mais elle ne pourra être belle et réussie qu'avec une forte mobilisation de la population. Au-delà de la préparation technique, logistique et militaire, qui relève de l’armée, et sous la coordination du gouverneur de la région, les travaux d’embellissement et de nettoiement sont en cours. Aujourd’hui, le défi, c’est la mobilisation", déclare Maître Habib Vitin, soulignant que le mouvement Thiès D’abord prend l'engagement de se fondre dans la population, de manière unie.
Une belle vitrine
En quoi cet événement est-il une chance particulière pour le développement ou l'image de la ville de Thiès ? Maître Habib Vitin déclare : "Le fait que plusieurs jours durant, tous les chemins mènent à cette région, que l'ensemble des médias soient braqués sur elle, met aujourd'hui plus que jamais en lumière les atouts de notre région".
Il soutient que Thiès est un pôle industriel, minier, halieutique, touristique, culturel et religieux. Des atouts qui seront à coup sûr montrés par les médias. Ce qui est important, ne serait-ce qu'en termes de potentialité d'investissement économique. "C'est un moment de guerre sociétale parce que le 4 avril, pour moi, s'articule autour de trois aspects. Le premier, c'est naturellement la mémoire… C’est également un moment où on doit faire le bilan et se projeter", dit M. Vitin.
Par rapport à l’organisation, il estime que les délais sont très courts. "L'armée, du fait de son professionnalisme et de sa rigueur, peut rapidement déjouer les contraintes par rapport aux délais très courts. Mais tel n'est pas le cas généralement des collectivités locales", dit-il. Ainsi, il estime normal qu'il y ait souvent des contrariétés, des imperfections, des incompréhensions et des impairs par rapport à ces initiatives. Mais, dit-il, ce qui est important, c'est qu'au-delà des controverses, les gens puissent se retrouver.
"Je pense qu'après un temps de flottement, nous l'avons tous constaté ici à Thiès, par rapport aux maires, ils se sont ressaisis. Et aujourd'hui, ensemble, on essaie d'aller très loin", note Maître Habib Vitin. Pour lui, Thiès a rendez-vous avec l'histoire, avec la nation, avec elle-même. "Nous devons nous battre pour que cette fête-là soit réussie. Ne serait-ce que pour rendre hommage à ces personnalités qui ont œuvré et travaillé pour la vie de Thiès (Léopold Sédar Senghor, Ousmane Ngom, Idrissa Seck, Talla Sylla)", dit-il, invitant tout un chacun à appuyer à la hauteur de ses moyens et à essayer de contribuer.
Par ailleurs, il estime qu'on pouvait s'arranger pour qu'il y ait un minimum de retombées économiques pour les acteurs économiques de la ville et de la région. Par rapport à l'embellissement de la ville, il note que les artistes, notamment plasticiens, auraient dû être sollicités. "Je prends l'exemple des artisans, on aurait pu créer des stands sur les grandes avenues permettant d'exposer leurs produits et qu'ils puissent également profiter de l'engouement parce que Thiès va recevoir énormément de monde pendant plusieurs jours", souligne M. Vitin. Qui regrette que "les acteurs culturels ne se sentent pas bien concernés". Bien que Maître Habib Vitin trouve cela dommage, il constate que le coup est déjà parti et qu’il faut identifier toutes ces imperfections, les exposer clairement et travailler pour pouvoir les éviter la prochaine fois.
"Aucun maire n'arrive à réaliser de projets structurants"
Maintenant, à ses yeux, le plus important, c’est ce que la ville peut attendre du président de la République. En effet, il reste convaincu que le 4 avril ne doit pas être une parenthèse festive. "Sur la base des plaidoyers des maires et des acteurs politiques, je pense que le président de la République mettra tout ça sur la table pour qu'il puisse nous apporter très rapidement des solutions aux difficultés et contraintes de notre ville", croit Maître Habib Vitin, indiquant que si les maires ne peuvent pas tout dire, les acteurs politiques le feront.
Maître Habib Vitin est convaincu que le secret, la clé du développement local de Thiès, c'est l'intercommunalité. Cependant, dit-il, c'est un outil qui n'est pas du tout utilisé. Il dénonce un échec à Thiès. "On n'a pas d'image forte, on n'a pas un symbole fort. Et ce symbole fort, ce serait de voir nos quatre maires dans une cérémonie, assis, que ce soit une conférence de presse, que ce soit une activité menée ensemble. Malheureusement, on n'a pas pu avoir cela. Et ça, c’est un manque d'esprit de convergence, de mutualisation", peste Maître Habib Vitin.
Pour lui, l'intercommunalité ne doit pas être laissée à l'appréciation des maires. À l’en croire, l’acte 4 de la décentralisation devrait permettre de rendre cette intercommunalité obligatoire à un moment donné, ne serait-ce que pour l'intérêt des populations. M. Vitin invite à réfléchir à la création d’une communauté urbaine. "Aucun maire n'arrive à réaliser de projets structurants. La seule solution, c'est que ces maires-là puissent vraiment mutualiser leurs moyens", déplore-t-il.
BABACAR SY SEYE







