Le trafic urbain totalement paralysé par la grève

Depuis le déclenchement de la grève de 72 heures dans le secteur du transport routier, Saint-Louis tourne au ralenti. Entre pénurie de véhicules, flambée des tarifs alternatifs et difficultés quotidiennes, les usagers s’adaptent tant bien que mal, tandis que les appels à une sortie de crise se multiplient.
Depuis hier, la ville de Saint-Louis fait face à une paralysie partielle de son système de transport. À l’origine de cette situation, une grève de 72 heures lancée par des syndicats du transport routier, dénonçant notamment les tracasseries policières, les visites techniques de certains types de véhicules centralisées à Dakar, l’interdiction de la circulation interurbaine au-delà d’une heure du matin, des taxes jugées excessives et des conditions d’exercice devenues intenables, entre autres. Dès les premières heures de la matinée, les conséquences ont été immédiates. L’absence de bus, de taxis et de minibus a provoqué de longues files d’attente sur les principaux axes routiers. De nombreux usagers, contraints de trouver des solutions alternatives, ont opté pour la marche ou des moyens de transport de fortune.
Dans les quartiers périphériques et les villages environnants de Saint-Louis, les difficultés sont encore plus marquées. « J’ai mis plus de deux heures pour rejoindre mon lieu de travail, contre 30 à 35 minutes habituellement », témoigne Awa Ndiaye, employée dans une boutique du centre-ville. Comme elle, des milliers de travailleurs ont accusé des retards importants, certains renonçant même à se déplacer. Face à cette pénurie de moyens de transport, les usagers se sont tournés massivement vers des solutions alternatives. Les motos Jakarta, en particulier, connaissent une activité exceptionnelle. « Depuis hier, je ne m’arrête presque pas », confie Baye Abo, conducteur de moto, évoquant une demande continue à toute heure. Cette forte sollicitation s’accompagne toutefois d’une hausse notable des tarifs, parfois doublés ou triplés selon les trajets.
Motos Jakarta et charrettes assurent la desserte
Les charrettes, longtemps reléguées au second plan, font également leur retour en force. Utilisées pour les courtes distances ou le transport de marchandises, elles constituent une solution de secours pour de nombreux Saint-Louisiens. « Les gens n’ont pas le choix », explique Cheikh, charretier au grand marché de Sor. Si cette situation représente une opportunité économique pour certains, elle suscite aussi des inquiétudes. Plusieurs usagers dénoncent une flambée abusive des prix et l’absence de régulation. D’autres pointent les risques liés à la sécurité, notamment avec des motos et des charrettes souvent surchargées.
Du côté des syndicats, le mouvement est assumé. « Nous comprenons la gêne occasionnée, mais cette grève est une question de survie pour notre secteur », affirme M. Diop, responsable syndical, appelant les autorités à prendre des mesures urgentes. Dans ce contexte tendu, les défenseurs des consommateurs montent au créneau.
Amadou Bilal Fall, secrétaire administratif de l’association « Les consommateurs d’abord », alerte sur les conséquences sociales de la crise. Il dénonce notamment les retards et les absences au travail, les pertes économiques pour les petits commerçants, ainsi que la hausse jugée abusive des tarifs alternatifs.
S’il reconnaît la légitimité du droit de grève, il appelle toutefois à une prise en compte des réalités des populations. « Les consommateurs ne doivent pas être les victimes collatérales de conflits sectoriels », insiste-t-il, plaidant pour des mécanismes de régulation en période de crise. En attendant une issue, la ville s’organise dans l’urgence. Entre solidarité, débrouille et résilience, les populations tentent de maintenir leurs activités quotidiennes. Mais à Saint-Louis, une chose est sûre : sans solution rapide, la crise des transports pourrait laisser des traces durables.
IBRAHIMA BOCAR SENE, SAINT-LOUIS







