Publié le 5 Jun 2026 - 15:16
ABDOULAYE WADE

Un patrimoine africain vivant

 

Panafricaniste convaincu, bâtisseur audacieux, travailleur infatigable, la vie de Wade a été magnifiée hier dans un Grand théâtre archicomble et en présence du président de la République.

 

C’est un vibrant hommage qui a été rendu par le Sénégal dans toutes ses composantes à l’un de ses fils les plus remarquables, l’ancien président de la République Abdoulaye Wade dont le centenaire a été célébré, hier, en grande pompe, au Grand théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose. Pour le président de la République Bassirou Diomaye Faye, Abdoulaye Wade n’appartient pas à sa seule famille politique ni à ses proches, c’est un patrimoine national.

À ce titre, plusieurs personnalités africaines ont participé à la cérémonie d’hommage. Parmi eux : le président de la Côte d’Ivoire Alassane Dramane Ouattara, le président congolais Félix Tshisekedi et l’ancien président Nigérian Olusegun Obasanjo…. Tous ont magnifié un homme d’une dimension exceptionnelle qui a marqué plusieurs générations. “Ce qui m’a le plus marqué, a témoigné le président Ouattara, c’est son engagement constant en faveur des valeurs démocratiques en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire, à une période où notre pays traversait une des crises les plus graves de son histoire.”

Wade chanté par les pairs

Abdoulaye Wade a, selon lui, été parmi les premiers chefs d’Etat africains à reconnaître, sans hésitation, la vérité des urnes et à soutenir le retour de la démocratie en Côte d’Ivoire. Un geste qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective ivoirienne, rapporte ADO. En sus d’être un démocrate convaincu, Wade a œuvré pour une Afrique souveraine, démocratique réconciliée avec elle-même, et ouverte sur le monde. “Son ambition pour le Sénégal s’inscrivait dans une vision de long terme, celle d’une Afrique moderne, connectée, ambitieuse et pleinement actrice de son destin.”

Cette dimension panafricaine de l’homme a été saluée par plusieurs intervenants. L’ancien ministre gambien des Affaires étrangères Mamadou Tangara est revenu sur une anecdote vécue avec Madicke Niang en 2008. “… Lors d’une audience, Madické expliquait à Wade que je suis resté au Sénégal pour assister à la journée de la diplomatie sénégalaise. Wade lui a dit : Madické vraiment vous me décevez quoi. Moi, je pense que vous devez arrêter de parler de diplomatie sénégalaise, il faut plutôt parler de diplomatie africaine. Et Mamadou, ici, peut porter cette voix”, rappelle Monsieur Tangara.

Pour lui, Wade était un des rares dirigeants qui ne se limitait pas à défendre son pays. Il voyait l’Afrique au-delà du Sénégal.

Un exemple de ténacité et de persévérance

Embouchant la même trompettte, le prédécesseur de Diomaye, Macky Sall a insisté sur son rôle majeur dans la mise en place de certains projets d’envergure comme le NEPAD, la Grande muraille verte…. “C’est un homme qui a marqué l’Afriue par la singularité de son discours, par le dynamisme de sa réflexion politique, et surtout par son ambition pour le continent africain”, a souligné l’ancien président sénégalais, qui est aussi revenu sur sa contribution majeure à la construction de la démocratie et du pluralisme en Afrique.

Pour le président Ouattara, cette dimension l’a également beaucoup marqué. “C’est un homme qui n’a jamais renoncé à ses idées, quelle que soit l’adversité en face. Pendant de longues décennies, il a incarné une opposition républicaine déterminée, mais profondément attachée au jeu démocratique. Il a démontré, qu’en Afrique aussi, l’alternance pouvait être le fruit du suffrage, du dialogue et de la persévérance politique”, a renchéri le président ivoirien pour qui, Wade est un grand démocrate, un bâtisseur, une figure majeure de la vie politique africaine.   

Le bâtisseur infatigable

Au-delà du panafricaniste, du démocrate, Wade c’était aussi le bâtisseur. Le président congolais, qui se souvient sa visite au Zaïre en 1992 en tant qu’émissaire de Diouf, sa rencontre avec son père, revient sur cet aspect qui continue d’inspirer pas mal de présidents. “Il a été l’un des premiers présidents à avoir compris que, pour que l’Afrique puisse se développer, elle doit mettre un accent sur le développement de ses infrastructures. Car ce n’est qu’en développant les infrastructures qu’on assoit les bases d’un développement national.”

De l’avis du président Tshisekedi, ces fondements qu’il a posés ont permis au Sénégal de décoller dun point de vue infrastructurel. À ce titre, Wade a marqué un tournant décisif dans le développement du Sénégal, a-t-il soutenu, confirmé par plusieurs autres intervenants dont Obasanjo qui cite en exemple le monument de la renaissance africaine qui surplombe la capitale sénégalaise.

Diomaye à l’école de Wade

Patience, amour, respect, patriotisme, voilà entre autres enseignements tirés de la vie de Wade et mises en exergue par le président Diomaye. Des enseignements qui ne laissent pas indifférent l’opinion.

“C’est la journée nationale du garouwale”, a ironisé le journaliste Alexandre Guibert Lette. En fait, si pour Diomaye il s’agissait de rendre hommage à l’homme Wade, pour beaucoup, c’est aussi des piques à son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Pour d’autres, c’est plutôt des propos qui vont mettre mal à l’aise les anciens collaborateurs de Wade qui l’ont abandonné à un moment où le patriarche avait besoin d’eux. Chacun y est donc allé de son interprétation, selon ses convictions et intérêts.

La première de ces vertus de Wade chantées par Diomaye, c’est la patience. “Nous vivons un siècle pressé. La lenteur y passe pour une faute. L'attente pour une défaite. La constance pour un entêtement d'un autre âge. La vie du Président Wade dit exactement le contraire”, a lancé le Presient Faye.

Cette vie a été marquée par 4 participations aux élections (1978, 1983, 1988 et 1993) ; 4 défaites qui auraient pu briser un homme ordinaire, ou l'auraient jeté dans l'aigreur, dans la tentation du renoncement ou dans celle de la force, souligne le Président. “Wade en fit des marches tout en refusant, disait-il, de marcher sur des cadavres dans sa conquête. À chaque revers, il relevait son parti, refaisait ses alliances et repartait au-devant des siens”, a-t-il souligné.

Puis, après vingt-six longues années d'une obstination que rien n'avait entamée, il finit par triompher. Diomaye de s’exclamer : “Songez à ce que cela demande. Tenir un quart de siècle le regard fixé sur un horizon que tout dément. Voir partir les compagnons découragés. Faire de la patience une forme haute du courage, car il est plus difficile d'attendre sans faiblir que de céder à l'emportement d'un jour….”

26 ans de combat intense

Pour le chef de l’Etat, cette persévérance doit servir d’exemple à la jeunesse qui veut tout, tout de suite. “Cette vie enseigne une vérité plus rude et plus belle : rien de durable ne naît dans la précipitation, et les plus justes causes sont presque toujours les plus patientes”, a-t-il tranché.

L’autre vertu de Wade chantée par Diomaye c’est le respect qu’il vouait à ses adversaires. Le combat fut rude ; il connut la prison, la suspicion, les procès… “Au plus fort d'une campagne dont il pressentait déjà l'issue heureuse, il prit le temps d'aller saluer la mère de son rival, le Président Abdou Diouf…. Rien ne l'y obligeait, et c'est pour cela, justement, que le geste dit tout ! Le geste du Président Wade dit qu'on peut vouloir l'emporter sans vouloir humilier, et que le respect d'un homme survit à l'affrontement des idées.”

C’est dans la même courtoisie que les deux personnalités ont encore offert à l’Afrique et au monde un bel exemple de démocratie. Wade reçut sans esprit de revanche les félicitations de son prédécesseur. “Deux hommes que tout opposait écrivirent ensemble, ce jour-là, la plus belle page de notre histoire : celle où le pouvoir se transmet par la seule volonté du peuple et dans la grandeur, jamais par la rue ni par la force. Voilà ce que nos aînés nous ont légué, et que nous avons le devoir sacré de garder, puis de transmettre intact”, a indiqué le président de la République.

La démocratie, selon lui, n'est pas un butin que l'on arrache et que l'on garde jalousement. C'est une flamme que l'on se passe de main en main, et qu'il ne faut pas laisser s'éteindre, a-t-il poursuivi devant un tonnerre d’applaudissements.

L’adversaire n’est pas un ennemi

Selon le président Faye, la leçon qu’il faut en tirer est que l’adversaire d'aujourd'hui n'est pas un ennemi. “C'est un compatriote, souvent bienveillant, qui voit le pays autrement, et avec lequel il faudra, une fois le combat terminé, continuer d'habiter en paix la même maison- Sénégal”, lance-t-il aux hommes politiques. Les désaccords, si profonds soient-ils, demeurent des désaccords entre frères et sœurs. “On peut s'opposer sans se déchirer, et se succéder sans se détruire. Nos aînés nous l'ont appris, à nous de ne pas le désapprendre.”

Par ailleurs, Abdoulaye Wade et les anciens comme lui enseignent aux générations actuelles et futures que, quels que soient les désaccords, ce qui les unit est bien plus fort que ce qui les sépare. Le président de la République a donné l’exemple d’éminentes personnalités comme Wade, Senghor, Alioune Diop, Cheikh Anta Diop….

Leurs parcours politiques pouvaient parfois  diverger, jusqu'à les dresser l'un contre l'autre. “Mais par-dessus tout ce qui les sépara, une chose les dépassait tous : le pays d'abord, le continent d'abord, et la conviction que ce qui unit une nation pèsera toujours plus lourd que les clivages de toute nature”, magnifie le chef de l’État, soulignant que Wade a toujours placé la primauté de la patrie et l’amour de l’Afrique au dessus des considérations partisanes.

Il aura ainsi enseigné aux jeunes générations que la patience est une force et non une faiblesse, que l'on peut perdre longtemps sans être vaincu. Il aura enseigné aux jeunes que l'adversaire d'un jour n'est pas un ennemi, qu'aucune querelle, si vive soit-elle, ne mérite que l'on déchire le pays ; que rien de grand ne se bâtit sans une conviction plus grande que l'œuvre elle-même. “Vous nous avez appris que servir sa jeunesse vaudra toujours mieux que se servir d'elle”, a enchaîné le successeur de Sall.

MOR AMAR

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