Publié le 9 Oct 2020 - 03:36
AL HASSANE HANN, PRESIDENT DU COLLECTIF DES FAMILLES DE OUAKAM TERME SUD

‘’Ce qui s’est passé n’est rien d’autre que du banditisme’’

 

La Coopérative militaire de construction du Sénégal (Comico) a présenté des documents attestant de son droit de propriétaire. Toutefois, selon les familles déguerpies, les militaires ont usé de force pour avoir gain de cause. Le président du collectif des habitants explique, dans cet entretien, le déroulé des événements.

 

Depuis le 30 septembre, vous avez été chassés de vos maisons. Quel rebondissement y a-t-il eu entre-temps ?

Nous sommes ici suite à la conférence de presse au cours de laquelle Barthélémy Dias, le maire de Mermoz, a proposé de nous reloger. C’est une occupation provisoire. Et, parallèlement, nous avons lancé un appel pressant à l’Etat du Sénégal, au président de la République directement pour trouver une solution urgente au relogement de ces familles. Nous attendons la réaction de l’Etat du Sénégal.

Aujourd’hui, nous aurions aimé voir les structures de l’Etat habilitées à assister telles que le ministère de la Santé et de l’Action sociale. J’espère bien qu’elles viendront s’enquérir de la situation. De notre côté, nous restons sereins, nous estimons que nos droits ont été lésés, car nous sommes des ayants droit légaux. Il y a eu un coup de force qui a été perpétré contre nos familles. Nous avons été spoliés et aujourd’hui nous réclamons la restitution de tous nos droits, le plus urgemment possible.

D’un point de vue juridique, la Comico détient un document justifiant ces expulsions. A qui appartiennent, finalement, ces parcelles de Ouakam Terme-Sud ?

C’est vraiment désolant ce qui se passe. Nous sommes des résidents depuis plus de 40 ans. Si l’Etat du Sénégal envisage, à un moment donné, de morceler le site et de le donner à usage d’habitation au commun des Sénégalais, il y a une disposition des lois domaniales appelée droit de préemption. Celle-ci nous priorise sur quiconque envisage d’y habiter. C’est sur la base de cette disposition que nous avons effectué une demande de rétrocession par voie de bail. Cette demande a été bien traitée. C’est à la suite de cela que ces chefs militaires se sont saisis de la réponse pour enlever les noms des habitants et mettre les leurs. La Comico n’est qu’un alibi, car cette Comico ne peut plus avoir quoi que ce soit sur le terrain. Elle a déjà un site.

Et l’acte de vente du terrain revendiqué par la Comico est relatif à une parcelle de trois hectares de terrain nu, donc, qui n’engage en rien l’espace bâti dans lequel nous habitons. Pourtant, ses membres nous ont attaqués. Depuis 2008 que ce contentieux a éclaté, ils nous ont trainés en justice en 2009. En 2015, le tribunal les a déboutés et a demandé à l’Etat du Sénégal de radier la Comico du livre foncier, parce que c’était illégal. Eux, ils se sont réintroduits au tribunal en appel et ils ont amené cette fois-ci un acte d’achat de 3 ha de terrain nu. Nous, nous habitons sur 13 ha. Comment se fait-il que le tribunal leur délivre un document pour nous déguerpir des 13 ha de surfaces bâties ? Ce qui s’est passé n’est rien d’autre que du banditisme. Ces autorités militaires n’ont eu besoin, à un moment donné, que d’une décision de justice, n’importe laquelle. Elles ont la force et peu importe la légalité.  La presse a fait même état de procédure inachevée des militaires. A la limite, c’est un crime et l’Etat du Sénégal doit tout faire pour restaurer la légalité dans cette histoire.

Et donc, depuis le 30 septembre, il n’y a eu aucune réaction de la part de l’Etat ?

Depuis deux jours, nous entendons dans les médias que le président de la République aurait dégagé une enveloppe de 800 millions de francs CFA pour le relogement des familles. Nous, collectif des habitants, cela ne nous engage pas, parce que, pour nous, c’est une rumeur et c’est à cause de ces mêmes rumeurs que nous sommes aujourd’hui dehors. C’est sur la base des rumeurs qu’on nous a fait croire que l’Etat du Sénégal nous avait déjà donné les maisons dans lesquelles nous habitions. Nous sommes allés jusque dans les structures de l’Etat telles que les Domaines et le ministère de l’Urbanisme ; les directeurs de service nous avaient donné l’assurance que ces maisons nous appartenaient et que ce n’était qu’une question de temps. Raison pour laquelle certains d’entre nous ont commencé des réfections, d’autres ont eu à ériger des étages et aujourd’hui nous sommes dehors.

Au vu de tout ça, nous rejetons toutes sortes de rumeurs. Nous avons lancé un appel au président de la République ; nous lui avons demandé de recevoir le collectif en audience, parce que nous avons un message à lui délivrer. S’il ne peut toutefois pas nous rencontrer, qu’il délègue quelqu’un qui viendra à notre rencontre et autour d’une table nous allons traiter de cette problématique et en retour nous entendre sur des solutions que nous allons formaliser dans un document avec signature à l’appui.

EMMANUELLA MARAME FAYE

 

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