L’État cherche 200 milliards

À travers un appel public à l’épargne lancé hier, le gouvernement compte lever 200 milliards de francs CFA pour faire face à ses obligations. Les taux d’intérêt varient entre 6,40 % et 6,95 %.
Le Sénégal a lancé hier son premier appel public à l’épargne pour l’année 2026. Objectif : mobiliser 200 milliards de francs CFA sur le marché régional. “Cette opération s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de gestion de la Dette à Moyen Terme et du Plan de financement de l’État pour l’année 2026. Elle contribue également à l’approfondissement du marché financier sous-régional”, informe le ministère des Finances et du Budget dans un communiqué.
Comme d’habitude, l’État a eu recours aux services de la société de gestion et d’intermédiation Invictus Capital & Finance pour arranger cette émission obligataire. Selon le communiqué, la période de souscription est fixée du 26 février au 19 mars 2026. “Les ressources mobilisées contribueront au financement des besoins budgétaires de l’État pour l’exercice 2026, conformément à l’autorisation parlementaire prévue par la Loi de finances initiale, et à l’accompagnement des priorités économiques et sociales inscrites dans l’agenda national de transformation”, explique-t-on dans la note.
Plus de 6000 milliards de besoin de financement
Pour l’année 2026, le ministre chargé des Finances est autorisé à contracter des emprunts à hauteur de 6 075 milliards de francs CFA, dont plus de 4 300 milliards au titre de l’amortissement de la dette, 1 245,1 milliards FCFA pour le financement du déficit issu des écarts entre recettes et dépenses, et 300 milliards au titre des arriérés, entre autres. Ces financements, selon la loi de finances, pourront être mobilisés soit sur le marché national, soit sur le marché extérieur auprès de pays ou d’organismes étrangers ou internationaux, informait la LFI 2026.
Choisie pour arranger ce premier appel public à l’épargne, Invictus Capital est revenue plus amplement sur les caractéristiques de l’opération. “Les obligations sont émises sous la forme de titres dématérialisés au porteur. Elles seront obligatoirement inscrites en comptes tenus par un intermédiaire habilité au choix du porteur. La propriété des obligations sera établie par une inscription en compte”, a précisé la société, qui ajoute que : “Les obligations seront conservées auprès du Dépositaire Central/Banque de Règlement (« DC/BR ») qui assurera la compensation des obligations entre teneurs de comptes.”
Des taux rémunérateurs
Cette opération d’un montant global de 200 milliards FCFA, renseigne Invictus, sera répartie en quatre tranches (A ; B ; C ; D). Les taux d’intérêt sont libellés comme suit : Tranche A : 6,40 % ; tranche B : 6,60 % ; tranche C : 6,75 % et tranche D : 6,95 %. “Le paiement se fera semestriellement, à compter de la date de jouissance des titres”, rapporte l’arrangeur.
En ce qui concerne le remboursement du capital pour la tranche A, il se fera in fine. Pour les autres tranches, “le remboursement du capital se fera semestriellement après un différé de : 1 an pour la tranche B ; 2 ans pour la tranche C et pour la tranche D”, informe l’agence financière.
À noter que cette offre est très avantageuse pour les nationaux et autres investisseurs établis sur le territoire sénégalais. “Les revenus liés à ces titres sont exonérés de tout impôt pour l’investisseur résident au Sénégal et soumis à la législation fiscale applicable aux revenus de valeurs mobilières en vigueur dans les autres pays, au moment du service de la dette”, informe la source, qui prévoit un délai maximum de 3 mois après la date de clôture de l’opération pour la cotation en bourse.
Les finances sous haute tension
Il convient de noter que dans ces différents recours au marché régional, le Sénégal en profite pour procéder à une gestion active de la dette. Des parties très importantes sont généralement souscrites par les banques détectrices de créances sur l’État du Sénégal. Grâce au mécanisme de gestion active de la dette mis en place par les services de Cheikh Diba, les banques souscrivent à ces obligations, libèrent une partie seulement des montants, et échangent des créances qui arrivent à échéance avec des titres publics.
Cet appel public est lancé dans un contexte marqué par l’arrivée à échéance de certaines obligations, dont les eurobonds estimés à plus de 480 millions d’euros. D’après la loi de finances, au mois de mars, l’État doit payer plus de 509 milliards de francs CFA, rien que sur la dette extérieure, contre plus de 237 milliards au titre de la dette intérieure. Des échéances qui réduisent fortement les marges de manœuvre.
MOR AMAR







