Publié le 2 Jun 2026 - 11:30
GOUVERNEMENT AL AMINOU LÔ - DÉCRET N° 2026-1130 DU 1ER JUIN 2026

Les nouveaux visages d’une équipe sans le Pastef

 

Le premier gouvernement de l'ère post-Sonko, dévoilé hier, se distingue d'abord par une absence : celle du Pastef, parti majoritaire qui a refusé d'y siéger. Autour du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, l'équipe mêle technocrates aguerris et figures issues de l'ancien régime. Tour d'horizon des principaux nouveaux visages.

 

La composition rendue publique hier marque une rupture nette. Avec trente membres dont quatre femmes et quatre ministres délégués, l'équipe se constitue sans le Pastef, le parti pourtant majoritaire à l'Assemblée. On y retrouve d'anciens ministres du gouvernement sortant, des figures de l'ancien régime et des technocrates qui font leur entrée pour la première fois. C'est ce dosage qui définit le visage de la nouvelle équipe.

Au sommet, le Premier ministre lui-même incarne ce tournant. Né à Louga en 1966, issu d'une famille religieuse, Ahmadou Al Aminou Lô est passé par le Prytanée militaire de Saint-Louis, où il décroche en 1985 un baccalauréat scientifique mention bien, avant des études d'économie à l'UCAD et une spécialisation en finance islamique. Entré à la BCEAO en 1987, il y gravit tous les échelons - trésorerie, opérations de marché, financement des économies - devient directeur national pour le Sénégal en décembre 2016, puis secrétaire général de l'institution en février 2024. Au cours de ce parcours, il a personnellement accompagné l'État dans ses émissions d'eurobonds, ses échanges avec Standard & Poor's et Moody's et ses négociations avec le FMI. Sa nomination intervient au moment où le dossier de la dette est le plus sensible.

La nomination la plus scrutée reste sans doute celle de l'Intérieur. Mouhamadou Makhtar Cissé, né le 1er janvier 1967 à Dagana, y fait son retour - il avait déjà occupé ce poste en mars 2024, succédant alors à Me Sidiki Kaba devenu Premier ministre - en remplacement cette fois de Mouhamadou Bamba Cissé. Ancien enfant de troupe du Prytanée militaire de Saint-Louis, docteur en droit et sciences politiques et titulaire d'un master en finances et gestion publiques, brièvement avocat au barreau de Dakar puis inspecteur des douanes sorti major de l'ENAM, il a intégré sur concours l'Inspection générale d'État en 2002, où il a servi huit ans.

Directeur général des Douanes (2009-2013), ministre délégué au Budget en 2013, directeur de cabinet du président de la République, puis directeur général de la Senelec qu'il est crédité d'avoir redressée, il a ensuite dirigé le ministère du Pétrole et de l'Énergie à partir de 2019. Ce parcours de haut commis de l'État, parmi les plus denses de l'équipe, l'installe à la tête d'un département de souveraineté à un an d'échéances électorales.

Parmi les autres entrées remarquées figure celle de Boubacar Camara, à l'Enseignement supérieur. Grand commis de l'État de 67 ans, à la fois juriste, douanier, marin, avocat et inspecteur général, il succède à Daouda Ngom. Formé entre l'École nationale de formation maritime, la Marine et l'École des douanes, il a dirigé la Direction générale des Douanes de 2000 à 2004, avant de décrocher un doctorat en droit à Grenoble puis le barreau de Paris en 2008. Ancien candidat à la présidentielle, il incarne l'ouverture vers des figures longtemps extérieures à la mouvance présidentielle.

La Justice revient à Me Moussa Sarr, autre nouvelle figure. Avocat inscrit au barreau depuis 2000, spécialisé en droit des affaires et chef du département contentieux de son cabinet, il enseigne le droit des affaires dans des écoles supérieures de commerce de Dakar et à l'Université de Dakar, et a présidé l'Association des Jeunes Avocats du Sénégal. Réputé pour son implication dans plusieurs dossiers sensibles et sa défense des libertés publiques, il hérite d'un département stratégique dans une période de fortes attentes sur la réforme de la justice.

Le secteur du travail accueille lui aussi un profil neuf. Mamoudou Lamine Dianté, ancien président du Haut Conseil du dialogue social, est nommé ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public. Issu du monde syndical, il hérite d'un département stratégique pour le climat social.

D'autres nominations renouvellent l'équipe sans toujours s'accompagner, à ce stade, d'éléments biographiques détaillés. Djireye Clotilde Coly devient ministre de la Jeunesse et des Sports, succédant à Khady Diène Gaye à dix jours de la Coupe du monde. Alpha Thiam, ancien directeur général de l'ADEPME, prend la Culture, l'Artisanat et le Tourisme ; Samba Diouf hérite des Télécommunications et du Numérique ; Cheikh Oumar Ba arrive à l'Agriculture, à la Souveraineté alimentaire et à l'Élevage ; Idrissa Samb est nommé à l'Emploi et à la Formation professionnelle et technique.

Au-delà des ministres de plein exercice, le décret crée quatre postes de ministres délégués, dont deux adossés au pôle économique et financier - signe de l'importance accordée à ce département dans le contexte de la dette et des discussions avec le FMI. Auprès de Cheikh Diba, Bassirou Sarr est chargé du Budget : économiste, il était jusqu'ici directeur de cabinet du ministre des Finances. Allé Nar Diop est, lui, chargé de l'Économie, du Plan et de la Coopération. Deux autres délégués complètent l'équipe : Ousmane Diagne, chargé de l'Élevage auprès du ministre de l'Agriculture, et Mame Coumba Diop, chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique. Cette dernière est la fille de Mamadou Diop, ancien maire de Dakar sous l'ère socialiste. Le premier Conseil des ministres de cette équipe est prévu le vendredi 5 juin 2026.

Mor AMAR

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