"L'Afrique est aujourd'hui le terrain de jeu des grandes puissances"

"Le banquet des minerais." C'est le 4e livre du Colonel des douanes Amadou Tidiane Cissé. La cérémonie de présentation et de dédicace dudit livre a eu lieu hier. Lors de cette rencontre, qui a enregistré la présence de plusieurs personnalités politiques, religieuses, sportives et hommes d'affaires du pays, l'auteur a confié que Le banquet des minerais est le constat d'un paradoxe.
Pour étayer ses propos, il souligne que l'Afrique a la table la plus riche du monde : cobalt, coltan et cuivre de la RD Congo et de la Zambie, lithium du Zimbabwe et du Mali, terres rares de la Tanzanie, manganèse du Gabon, bauxite et fer de la Guinée. Pourtant, selon lui, ce sont la Chine et les États-Unis qui tiennent les couverts. Les Africains sont les plus grands oubliés de ce banquet, se désole-t-il.
"Collette Berkmann considère les pays africains riches en or, comme le Mali, le Soudan, le Burkina et les autres, comme des bijouteries sans gardien. L'Afrique est aujourd'hui le terrain de jeu des grandes puissances. La Chine contrôle la quasi-totalité des minerais verts de la transition énergétique. Cette domination des chaînes d'approvisionnement en ressources stratégiques lui confère une arme redoutable dans la guerre commerciale qui l'oppose à la Chine. Les Chinois ont mis en place un projet pharaonique baptisé Initiative la Ceinture et la Route. Le projet est d'autant plus important, aux yeux de Pékin, que le président Xi Jinping l'a inscrit dans la constitution de 2017," confie colonel Cissé. Qui fait remarquer que la ligne de chemin de fer du Tazara (longue de 1870 km) a été rénovée par Pékin.
La dette africaine vis-à-vis de la Chine est estimée à 170 milliards de dollars. La Chine est le premier créancier de la Zambie, mais également le principal investisseur. En janvier 2026, le gouvernement zambien a même autorisé les entreprises chinoises à payer leurs impôts en yuans.
Les Américains, poursuit-il, cherchent à rattraper leur retard sur la Chine et à sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement en terres rares et en minerais critiques en général. « Washington a ainsi décidé de geler le Foreign Corrupt Practices Act, une loi fédérale qui poursuivait les entreprises américaines pour des faits de corruption commis à l'étranger. Ils viennent de conclure un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Le président américain a récemment décidé de suspendre une aide sanitaire de 320 millions de dollars à la Zambie, destinée aux personnes séropositives, si un accord bilatéral sur les minerais critiques n'est pas trouvé. La Zambie est le deuxième pays producteur de cuivre en Afrique », confie l’auteur.
Dans ce sens, Colonel Amadou Tidiane Cissé révèle que le couloir de Lobito (projet multimodal routier et ferroviaire), qui relie le Congo au port angolais Lobito, a été modernisé par Washington pour sécuriser ses chaînes d'approvisionnement. Que le groupe minier CHIMAF (cuivre et cobalt) est passé sous le giron de l'américain VIRTUS MINERALS, matérialisant l'accord signé en décembre 2025 entre les États-Unis et la RD Congo, visant à faciliter l'accès des investisseurs américains aux ressources stratégiques congolaises.
Dans la même veine, indique-t-il, la fintech Kobold Metals, contrôlée par Jeff Bezos et Bill Gates, a pris possession de la mine de lithium de Manono, considérée comme le plus grand gisement au monde avec 132 millions de tonnes, avec un investissement de 1 milliard de dollars. Ce n’est pas tout, au Ghana, souligne l’auteur, l'américain Piedmont Lithium a investi dans le secteur minier après un contrat de fourniture de 125 000 tonnes de lithium au fabricant américain de véhicules électriques Tesla.
Energy Fuels a, elle, investi dans l'exploitation de terres rares à Madagascar, après un investissement de 700 millions de dollars dans le zircon. « Le Pentagone a fait une participation historique de 400 millions de dollars dans la société MP Materials afin d'empêcher toute perturbation de ses programmes militaires et d'éviter sa dépendance vis-à-vis de la Chine », renseigne Colonel Cissé.







