Publié le 1 Sep 2026 - 20:40
NON-SATISFACTION DE LEURS REVENDICATIONS “LÉGITIMES”

Le Sames va paralyser le système les 8 et 9 septembre prochain

 

Après avoir épuisé tous les recours pour éviter un bras de fer avec les autorités, le Sames annonce une grève de 48 heures les 8 et 9 septembre prochains.

 

Le bras de fer se profile entre le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) et les autorités. Hier, lors d’un point de presse, le secrétaire général (Sg) dudit syndicat a annoncé une grève les 8 et 9 septembre prochains, si l’État continue de garder le silence face à ce qu’il considère comme des revendications « légitimes ».

D’après le Dr Diabel Dramé, cette décision n’est ni une provocation ni un geste ordinaire. Elle relève d’un acte de « responsabilité ». « Comme vous le savez, le Sames est un syndicat responsable qui a tout mis en œuvre pour éviter la confrontation et qui, aujourd’hui, est contraint d’agir parce que, bien sûr, le silence est devenu une réponse inacceptable. Juste pour dire que le Sames entre officiellement en phase de lutte syndicale et que cette conférence de presse en constitue une première étape.

Pour rappel, notre préavis de grève a expiré depuis le 9 août dernier. Nous avons attendu, nous avons espéré et nous avons également relancé. Malheureusement, aucune réponse plausible ne nous a été servie et, aujourd’hui, cette conférence de presse est la réponse institutionnelle à ce silence qu’on a décrié tout à l’heure », a précisé d’emblée le Sg.

Selon lui, le temps de grâce a été respecté. « Certains s’interrogeront peut-être sur notre méthode et ceci nous mène à établir un fait essentiel, ce fait qui stipule que le Sames n’agit pas à la légère. Nous n’avons pas déclenché ce processus de lutte sans avoir épuisé toutes les voies de recours, les dialogues disponibles. Nous avons alerté, comme je l’ai dit tantôt, nous avons relancé, nous avons attendu, nous avons suspendu nos mouvements à la demande des autorités, nous avons participé au processus d’élaboration du pacte de stabilité sociale, nous avons respecté tout simplement nos engagements. La question n’est donc pas de savoir si le Sames a été raisonnable, elle est de savoir pourquoi les autorités, bien sûr, n’ont pas tenu leur engagement.

« Sur ce point, notre position est sans ambiguïté. Un accord signé est un engagement qui s’exécute. Un engagement pris devant les travailleurs est une parole d’honneur. Laisser ces engagements sans suite constitue une faute institutionnelle grave qui fragilise la culture du dialogue social dans notre cher pays. Nous ne lançons pas d’accusations personnelles et nous constatons des faits, et ce sont des faits qui parlent d’eux-mêmes », s’est interrogé le Dr Dramé.

Une grève de 48 heures les 8 et 9 septembre

En outre, il a précisé que si aucune réponse satisfaisante n’est apportée dans les prochains jours, le Sames engagera la phase suivante de son plan d’action. Des assemblées générales de sensibilisation des zones et des sections seront organisées à partir du 2 septembre 2026.

« Il y aura des points de presse au niveau local à travers les bureaux de zone et les bureaux de section, à partir du 2 septembre. Et ceci pour qu’on puisse réussir la grève totale de 48 heures, qui sera mise en œuvre les mardi 8 et mercredi 9 septembre 2026. Bien sûr, au cours de ces grèves, il y aura des actes qui vont l’accompagner, notamment le respect des urgences et du service minimum, avec port de brassard rouge pour l’ensemble des camarades. Une évaluation sera faite le 10 septembre et, en fonction des résultats de cette évaluation, le bureau exécutif national prendra les décisions idoines », a-t-il informé.

Le secrétaire général estime que cette lutte est celle de la « dignité » et de la « reconnaissance ». Elle doit donc, selon lui, être menée avec détermination, dans le respect des valeurs professionnelles et des obligations envers les populations.

« Ce calendrier annoncé, il reste à ceux qui détiennent la clé de sortie, notamment les autorités, d’en prendre conscience. Nous nous adressons bien sûr directement aux autorités compétentes, pour dire que le Sames n’est pas votre adversaire. Nous sommes les représentants légitimes des professionnels qui portent à bout de bras le système de santé, qui est exigeant, sous-doté et sous-valorisé, au prix, bien sûr, de sacrifices énormes. Nous vous demandons d’ouvrir sans délai des négociations sérieuses, pas de consultations de façade, comme on a l’habitude de le voir. On veut des négociations sérieuses avec des résultats probants. Pas de réunions sans suite. Des négociations, bien sûr, réelles, avec des interlocuteurs décisionnaires », a promis le Sg.

Il a conclu en appelant à un agenda clair et à des engagements contraignants, assortis de délais. Car, dit-il : « Chaque jour qui passe sans réponse est un jour de plus durant lequel les médecins qualifiés envisagent de quitter le secteur public pour plusieurs raisons que j’ai évoquées. Un jour de plus durant lequel les populations n’ont pas accès aux soins qu’elles méritent, alors que ça ne devrait pas être le cas. »

Par ailleurs, le Sames a demandé au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique de rendre publics les résultats de la mission d’information parlementaire liée à l’affaire « Softcare », qui avait tenu en haleine tout le pays il y a quelques mois.

À propos des revendications du Sames

La plateforme revendicative du Sames s’articule autour d’exigences qu’il juge claires, légitimes et réalistes. Elle porte d’abord sur l’élaboration d’un statut particulier pour le corps médical, intégrant les dimensions administrative, juridique et financière. Le Sames exige notamment le recrutement obligatoire des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes appelés à servir dans le secteur public, le relèvement de l’âge de la titularisation à 40 ans, l’avancement systématique dans la fonction publique, ainsi qu’un régime indemnitaire équitable et une pension de retraite revalorisée à hauteur de 80 % du dernier salaire.

Il réaffirme également l’urgence d’une gestion transparente, démocratique et équitable des ressources humaines. Le recrutement automatique à la fin de la formation, l’intégration prioritaire des contractuels exerçant dans les zones difficiles, la prise en compte des années de contractualisation, la clarification des plans de carrière et la définition de règles objectives de mobilité et de nomination aux postes de responsabilité sont présentés comme des impératifs pour restaurer la confiance et renforcer la performance du système de santé.

Le Sames exige, en outre, une refondation de la formation médicale, pharmaceutique et odontologique. Les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes en spécialisation doivent bénéficier d’un cadre académique, pédagogique et social digne, avec des droits clairement reconnus, des conditions d’études améliorées, une protection sociale effective et des perspectives de carrière cohérentes.

Sur le plan des infrastructures, des équipements et de la logistique, leur organisation exige l’accélération de la réforme de la carte sanitaire. Chaque département doit pouvoir disposer d’un établissement public de santé de niveau 2, chaque région doit être dotée d’équipements lourds tels que des scanners et des IRM, et toutes les structures sanitaires doivent bénéficier d’ambulances adaptées, de laboratoires fonctionnels et d’un réseau performant de maintenance hospitalière.

Concernant la politique nationale de santé, le Sames demande le renforcement durable des ressources humaines, l’arrêt des affectations intempestives sans remplacement, l’implication effective du Sames dans toutes les instances de décision concernant le corps médical, la création d’unités de soins palliatifs dans les hôpitaux, l’évaluation de la réforme des comités de développement sanitaire, ainsi qu’une meilleure accessibilité financière aux soins pour les populations.

Ses revendications générales portent également sur le respect intégral des accords de 2022, l’extension des indemnités à tous les médecins du public et du parapublic, le paiement des passifs dus aux ayants droit, la révision des textes relatifs aux actes médico-administratifs, la régularisation des paiements en instance, la prise en compte des cinq années supplémentaires dans le calcul de la pension de retraite, ainsi que l’amélioration de l’accès au logement pour les membres du corps médical.

En outre, le Sames attire l’attention sur les revendications spécifiques concernant plusieurs structures et catégories : l’Agence de réglementation pharmaceutique, la Sen-Pna, le Samu national, l’Agence nationale de la Sen-Csu, les collectivités territoriales, les étudiants en spécialisation, les internes en médecine et en pharmacie, ainsi que la section Coud/Sames. Partout, les mêmes préoccupations reviennent : précarité, retards de paiement, absence de plan de carrière, déficit de protection sociale, non-application des accords et manque de reconnaissance du rôle essentiel des professionnels concernés.

Par ailleurs, le Sames exprime son indignation face à la persistance du retard dans le paiement des primes de stage des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes en spécialisation. Enfin, il fustige la tentative de supprimer des primes octroyées légitimement et légalement après d’âpres luttes dans les structures hospitalières, à travers une note circulaire en date du 19 août 2026.

Enfin, il demande, une fois de plus, le partage des résultats de la mission d’information parlementaire sur l’affaire « Softcare », dont les travaux ont pris fin le 5 avril 2026 après prorogation par le Bureau de l’Assemblée nationale.

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