Publié le 2 Nov 2022 - 22:19
CROISSANCE DU PIB PROJETÉE À 10 % EN 2023

Le FMI botte en bas

 
Il y’a exactement un an, au détour de la présentation du rapport d’Africa Pulse par la Banque Mondiale, la croissance économique du Sénégal était projetée à 4,8 % en fin 2022 pour rebondir à 8,0% en 2023 avant de se raffermir à 10,5 % en 2024 pour reprendre exactement le contenu de ce document.
 
Africa Pulse est un document phare publié par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international durant leur assemblée générale annuelle du printemps, c’est un rapport analytique sur les perspectives économiques du continent.   Chaque édition consacre également un chapitre à des enjeux cruciaux de développement. 
 
Les chocs exogènes et endogènes qui traversent le continent et accentuent sa vulnérabilité, la lente reprise des économies d’Europe et d’Amériques du nord au sortir de la pandémie de covid 19 dans un contexte de hausse des taux d’intérêt de la banque centrale américaine, la crise énergétique conséquence de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont forcé le FMI à prendre le contrepied d’Africa Pulse.
 
- Ainsi en Afrique au Sud du Sahara, l’activité économique devrait ralentir pour atteindre 3,8 % cette année du fait notamment d’une variété de risques sans précédent comme l’insécurité alimentaire, le taux de change qui obère les importations et la dette, toujours selon le rapport sur les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne que le FMI a présenté à Dakar le Jeudi 27 Octobre 2022.
 
Le coup de froid est durement ressenti, avec le budget 2023 du Sénégal qui tablait sur une croissance de 10%, c’est la sincérité de nos budgets, et les prévisions de recettes générées par la croissance ou l’expansion de nos économies qui sont remises en cause.  Selon Luc Eyraud, économiste en chef pour l’Afrique au Sud du Sahara du Fonds monétaire international (Fmi), le continent  toujours dépendant  des matières premières non transformées  est sur la corde raideAnchor[1] .  Dans le meilleur des scénarios en zone UEMOA ou l'on peut espérer au mieux 3,6 % de croissance en moyenne, le Sénégal s’en sortirait plutôt mieux - pour ne pas dire miraculeusement - si notre croissance atteint 5% soit 500 points de base de moins par rapport au 10% de croissance projetée, estimation sur laquelle le budget solutions de 2023 a été établi.
 
Le jeu des yoyos des institutions de Bretton Woods sur les perspectives à moyen et long terme de nos économies n’a que trop duré, nous n’avons plus de lisibilité sur les affaires du continent et bien sur l’Afrique en souffre surtout pour les pays en quête d’investissement direct étranger pour les projets d’envergure.  Sur quel modèle statistique ou économétrique travaille le FMI pour mesurer, calibrer ou jauger nos économies.
 
Dans le court terme, il sera difficile d’attirer l’investissement et les financements privés pour transformer l’économie du continent et renforcer ainsi sa résilience.  La croissance reste faible sur le continent alors que l’Afrique subsaharienne seule concentre 60 % de l’extrême pauvreté mondiale, avec 390 millions de personnes, soit plus que les populations du Nigeria et l’Ethiopie. La détresse alimentaire et les défis climatiques sont venus s’y ajouter pendant que nos États n’ont plus de marge de manœuvre budgétaire : le continent connaît un niveau d’endettement global proche de 60 % de son PIB, le seuil le plus élevé depuis le début du siècle, selon le FMI. 
 
L’arrimage du continent à l’économie mondiale sans boussole ni gouvernail contrarie tous les efforts déployés pour sortir les populations de la pauvreté d’où l’urgence d’une gouvernance mondiale plus soucieuse de la situation inédite du continent africain qui subit de plein fouet l’atonie et la morosité économiques sur fond de crise et chocs de toute sorte.  Le Sénégal doit absolument miser sur ses revenus en hydrocarbures pour accélérer sa transformation économique c’est ça le leitmotiv.    
 
                                                                           Moustapha DIAKHATE
 
                                                                          Expert et Consultant en Infrastructures
 
                                                                           Ex Cons Special PM

 

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