Publié le 23 Jul 2026 - 12:01
RESTITUTION, RECHERCHE ET NUMÉRIQUE  

Les chantiers d’Abdou Simbandy Diatta

 

Abdou Simbandy Diatta a officiellement remplacé, hier, le Pr Mouhamed Abdallah Ly à la direction générale du Musée des civilisations noires. Le nouveau responsable place la restitution des biens culturels africains, la recherche, la médiation culturelle et la numérisation parmi ses principaux chantiers.

Le Musée des civilisations noires (MCN) a changé de direction. Abdou Simbandy Diatta a officiellement pris les commandes de l’institution, hier, mardi 21 juillet, à l’issue d’une cérémonie de passation de service avec le Pr Mouhamed Abdallah Ly, qui a quitté ses fonctions après avoir présenté sa démission. Enseignant en arts et culture et diplômé de l’École nationale des arts de Dakar, Abdou Simbandy Diatta a également occupé les fonctions de directeur général de la Culture au ministère chargé de ce secteur. I

l arrive à la tête du musée avec plusieurs chantiers annoncés, allant de la conservation du patrimoine à la modernisation de l’expérience proposée aux visiteurs. Dans son discours de prise de fonctions, le nouveau directeur a dit mesurer « la charge et la responsabilité » qui reposent désormais sur lui et son équipe. À ses yeux, la gestion du Musée des civilisations noires dépasse le simple cadre administratif et constitue une « mission de civilisation ».

Abdou Simbandy Diatta entend renforcer la participation du musée aux discussions internationales sur la restitution des biens culturels africains. La question du retour des œuvres sorties du continent durant la période coloniale devrait ainsi occuper une place importante dans son action. Le Musée des civilisations noires est appelé à contribuer à la documentation, à la conservation et à la présentation de ces patrimoines.

Le nouveau directeur souhaite également en faire un espace capable de déconstruire les représentations réductrices de l’Afrique et de mieux faire connaître l’apport du continent à l’histoire culturelle et scientifique mondiale. Cette ambition s’inscrit dans la vocation historique du musée, dont le projet a été porté dans le prolongement de la pensée de Léopold Sédar Senghor, de la Négritude et du panafricanisme. L’institution se veut un lieu où l’Afrique raconte elle-même son histoire et présente la diversité de ses civilisations.

La recherche scientifique constitue un autre axe annoncé. Le nouveau directeur souhaite renforcer le travail autour des collections du musée en associant davantage les historiens, anthropologues, conservateurs et autres spécialistes du patrimoine. Cette orientation devrait se traduire par l’organisation de colloques et de conférences, mais aussi par la production de travaux et de publications scientifiques.

L’objectif est de faire du MCN un espace d’exposition, mais également un centre de production et de diffusion des connaissances sur les civilisations noires. Le développement de la recherche devra aussi soutenir les travaux sur la provenance des œuvres et les demandes de restitution. Il pourrait permettre de mieux documenter l’histoire, les conditions de déplacement et le parcours des biens culturels africains aujourd’hui conservés hors du continent.

Abdou Simbandy Diatta veut aussi renforcer la médiation culturelle. Des programmes destinés aux écoles, aux universités et au grand public devraient être développés afin d’élargir la fréquentation du musée et de rendre ses contenus plus accessibles. L’enjeu est notamment d’intéresser les jeunes générations à l’histoire et au patrimoine africains. Le nouveau directeur souhaite, dans cette perspective, faire du MCN un espace d’apprentissage, de découverte et de transmission, au-delà des expositions présentées dans ses salles. Les nouvelles technologies devraient accompagner cette évolution.

La numérisation des services et l’utilisation d’outils interactifs ou immersifs sont envisagées pour renouveler la présentation des collections et améliorer l’expérience des visiteurs. Le musée pourrait également s’appuyer sur le numérique pour toucher les publics qui ne peuvent pas accéder physiquement à ses collections. Les modalités concrètes et le calendrier de cette transformation n’ont toutefois pas encore été précisés.

Le nouveau directeur projette, par ailleurs, de développer les collaborations avec les musées africains et les grandes institutions culturelles établies en Europe et aux États-Unis. Ces partenariats pourraient concerner les expositions, la recherche, la formation des professionnels, la conservation des œuvres et les échanges d’expertise. Pour Abdou Simbandy Diatta, le musée doit aussi être un lieu de dialogue et de réflexion sur les questions contemporaines. Au-delà de la conservation des objets, il entend donner à l’institution un rôle dans la transmission de la mémoire et la compréhension des sociétés africaines.

Le Pr Mouhamed Abdallah Ly a profité de la passation de service pour revenir sur ses 18 mois à la tête du musée. « En 18 mois, nous avons fait beaucoup de choses dans ce musée », a-t-il déclaré. Parmi les réalisations de son mandat, le directeur sortant a cité l’aménagement d’une buvette, l’installation d’une boutique de souvenirs à l’entrée du musée et l’ouverture d’une librairie. Il a également évoqué les différentes activités organisées durant cette période pour améliorer l’attractivité de l’établissement. Son successeur a salué « la qualité et la densité du travail accompli », tout en annonçant sa volonté de poursuivre les projets déjà engagés. Abdou Simbandy Diatta devra désormais traduire ses orientations en programmes précis. Restitution des biens culturels, développement de la recherche, modernisation des services, élargissement des publics et renforcement des partenariats constituent les principaux chantiers qui l’attendent à la tête du Musée des civilisations noires.

FATOU BA

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