Publié le 26 Apr 2016 - 09:30
CUMUL DE MANDATS ELECTIFS

La classe politique bannit le phénomène

 

Le phénomène du cumul de mandats électifs n’est pas béni par la classe politique nationale. Après l’affaire Aïda Mbodji, les différentes formations politiques demandent à l’Etat de sévir pour mettre fin à ce ‘’fléau’’.

 

La destitution d’Aïda Mbodji à la tête de la Présidence du Conseil départemental de Bambey a remis sur la table la question du cumul de plus de deux mandats par certains responsables. En effet, l’ancienne mairesse de Bambey exercerait trois mandats électifs à savoir : député à l’Assemblée nationale, conseillère municipale de Bambey et conseillère départementale de la même localité. Toutefois, le phénomène ne serait pas nouveau dans le landerneau politique ou certains responsables allient souvent des mandats de ministre-maire ou député-maire.

Pour le porte-parole du Pds, ‘‘le cumul des mandats est un fléau dans les démocraties où les élus ne se soucient pas de l'efficacité de la représentation politique. Il n'encourage pas la rationalisation dans l'utilisation des ressources aussi bien humaines que financières d'une nation’’. Une tendance à bannir, selon le porte-parole adjoint de l’Alliance pour la République. ‘’On devrait travailler à avoir moins de cumul parce qu’un député qui est à l’Assemblée nationale peut cumuler avec un mandat d’élu local mais je pense qu’il ne faudrait pas davantage favoriser ce phénomène’’, précise Abdou Mbow.

Pour le parlementaire, on devrait confiner les ministres dans leurs départements pour l’intérêt de la population. ‘’Le département ministériel est un poste nominatif mais assez lourd pour qu’on puisse le cumuler avec d’autres mandats sinon les populations pourraient en pâtir’’, explique le responsable ‘’apériste’’.  Babacar Gaye est d’avis qu’avec ces absences répétées, les électeurs se sentent toujours trahis par les élites qu'ils ont choisies pour la gestion de leur cité. ‘’L'absentéisme étant la chose la mieux partagée dans les conseils municipaux qui peinent à réunir leurs membres, le fossé qui nous sépare du peuple se creuse davantage’’, prévient-il.

A la Ligue démocratique (Ld), l’on estime que ce phénomène  empêche la diversité des compétences à l’intérieur d’un parti politique. ‘’Il est inacceptable qu’un seul militant puisse à la fois être ministre et maire ou député et maire pendant que d’autres militants qui sont aussi compétents soient laissés en rade’’, dénonce Moussa Sarr. Le porte-parole de la Ld est d’avis qu’il est impératif de diversifier les ressources humaines au niveau national. Il espère  que mettre fin au cumul de mandat peut permettre aux concernés d’être plus efficaces dans la recherche de solutions aux problèmes des populations. Il précise toutefois qu’il est plus difficile d’être ministre et maire, que d’être député et maire.

 ‘’La fonction de ministre avec tout le travail que cela requiert : vouloir suivre au quotidien les instructions du président de la République et du Premier Ministre  et en même temps gérer au quotidien son département ministériel pour arriver à des résultats satisfaisants, si cette personne est également maire, elle ne pourra pas s’acquitter convenablement de ses deux missions. La gestion de la mairie demande une proximité avec la population’’, croit savoir M. Sarr.

Le porte-parole du parti Bokk Gis-Gis lui, milite pour la déconcentration et la décentralisation des  pouvoirs. ‘’Il faut être plus sévère, plus regardant sur le cumul de mandats. Régler ce problème, c’est permettre  aux détenteurs de ces pouvoirs d’être plus efficaces, plus concentrés et permettre aux maximums d’acteurs de participer à la bonne marche des choses. Le plus souvent, c’est une structure qui marche au détriment de l’autre’’, renseigne Moussa Diakhaté.

Le cumul de mandats n’est pas toujours péjoratif

Quant au porte-parole adjoint du Parti socialiste, il tient à rappeler que ce sont les députés sénégalais qui ont légiféré sur la question du cumul de mandats pour l’insérer dans les codes des collectivités locales. Mais pour Me Moussa Bocar Thiam, ce phénomène règle le problème  de l’accaparement  des postes par certains responsables, afin qu’il y ait une meilleure redistribution des responsabilités à travers toutes les compétences des partis politiques. Pour l’avocat, le cumul de  mandats n’est pas toujours péjoratif. Explications : ‘’Il permet aux concernés d’avoir plus de responsabilités pour gérer les affaires locales, c’est le cas du ministre-maire. Au Sénégal dans la pratique, il n’y a pas une distribution objective non seulement des fonds de dotation mais aussi des projets. Tout dépend des relations.’’

Pour mettre fin à ce phénomène, Moussa Diakhaté de Bokk Gis Gis invite l’Etat à réactualiser la loi qui interdit le cumul de trois mandats. Alors que pour Babacar Gaye du Pds, ‘’il est nécessaire de modifier la loi 96-11 limitant le cumul des mandats afin de tenir compte de la suppression des communes d'arrondissement et la création prochaine des pôles territoires et du Haut Conseil des collectivités locales dont les membres seront élus en principe’’. Le libéral invite également l’Etat à procéder à un audit indépendant pour faire la lumière sur ces irrégularités manifestes. ‘’La situation de Mme Aïda Mbodj est loin d'être un cas isolé. A l'Assemblée nationale siègent beaucoup de députés qui cumulent plus de deux mandats électifs. L'ignorance des textes pour certains et la logique de solidarité partisane pour d'autres font que des députés cumulards ne sont pas sanctionnés’’, renseigne Babacar Gaye.

 Toutefois, le porte-parole adjoint de l’Alliance pour la République  se veut rassurant quant à la promesse du Chef de l’Etat qui vise à mettre fin au cumul de mandats. Abdou Mbow renseigne que le Président Macky Sall est toujours dans cette logique mais seulement, une réforme ne peut pas se faire du jour au lendemain. ‘’Après la première phase de l’acte 3 de la décentralisation, il y aura une évaluation et durant  la deuxième phase, il sera sûrement question de l’arrêt des cumuls’’, conclut le parlementaire. 

HABIBATOU TRAORE

 

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