Publié le 13 Feb 2018 - 23:54
DE GOUVERNEUR GÉNÉRAL À KHALIF GÉNÉRAL

Les enseignements à tirer de l’incident du Gamou Seydi Djamil de Louga 

 

"Les cérémonies officielles", une survivance coloniale et postcoloniale héritée des liens arrangés entre le Gouvernorat Aofien* et les autorités religieuses de l'époque. Une coutume acceptable a priori. Ce cadre d'échanges d'amabilités entre autorités spirituelles et temporelles a adopté, au fil des ans, la fonction hybride de chair religieuse et tribune politique, s'il n'est un espace de distillation de "ndigels’’  électoraux diffus. La ligne de démarcation est tellement ténue, poreuse et fluctuante qu'elle donne libre cours à moult interprétations.

C'est sous ce prisme qu'il faut analyser l'incident au Gamou de Louga, du 10 février 2018, dont les protagonistes sont Serigne Mansour Sy Djamil et le Gouverneur de région. Dans l'absolu, s'il est bien concevable que quelqu'un puisse avoir la liberté d'user de dithyrambes pour flatter l’ego d'une figure de proue du temporel ou du spirituel, pourquoi un autre n'userait-il pas de sa liberté d'opinion pour clouer au pilori l'attitude de tel ou tel autre? Quelle que soit son statut du reste.

Mais concernant le clash de Louga, notre angle d'analyse est brouillé par deux double, sinon aberrations, au moins cumuls de fonctions et de statuts ouvrant un boulevard au conflit d'intérêts. Mansour Sy Djamil est une autorité religieuse, mais aussi un chef de parti politique et non moins député à l’Assemblée nationale. Macky Sall, Président de la République, est aussi leader d’un parti politique. Dès lors, le casse-tête chinois qui nous est donné de démêler, appelle à chercher d'abord des réponses à certaines questions.

Le gouverneur représentait le chef de l'Etat, c'est sûr. Mais à quel moment devrions-nous nous  triturer les méninges pour distinguer les parties de son speech à répartir respectivement entre le Chef de l'Etat et le patron d'une structure partisane? Dans la même veine, à quel moment Serigne Mansour Sy Djamil s'est-il adressé à son adversaire politique? A son "ami"? Au président de la République? Le guide religieux aurait-il élevé la voix si le gouverneur avait  six ministres à ses côtés ? Le gouverneur a posé un acte fort. Le marabout a continué sa diatribe. Les citoyens et autres disciples poursuivront leurs commentaires débridés, en attendant le prochain Gamou ou la prochaine élection. A chacun sa religion. Dieu reconnaîtra les siens. Machiavel aussi !

  * Relatif à l’Afrique Occidentale française

Cheikh Lamane Diop, (Journaliste, analyste politique)

 

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