Publié le 30 Apr 2017 - 12:28
EXPLOITATION DES RESSOURCES MINIÈRES

Pourquoi la Guinée est considérée comme ‘’un accident géologique’’ 

 

La République de Guinée dispose d’énormément de ressources naturelles, mais elle n’en tire pas suffisamment profit. D’après Saa Pascal Tenguiano, cela s’explique par un cadre législatif et réglementaire très ‘’faible’’.

 

La République de Guinée dispose de plusieurs types de ressources naturelles : or, diamant, bauxite, pétrole. Ce pays de l’Afrique de l’Ouest compte aussi plus de 1 200 cours d’eau dont les 14 ont un ‘’statut international’’. Cependant, ce don de la nature ne fait pas encore de la Guinée un pays riche. Au contraire, il fait partie des Etats de la sous-région les plus pauvres. Selon Saa Pascal Tenguiano qui a fait hier, lors de la formation des journalistes sur la gouvernance des ressources minérales, une présentation sur les ‘’forces et faiblesses des cadres institutionnels et réglementaires de la gestion des ressources minières en Afrique de l’Ouest : Etude de cas de la Guinée’’, il y a une ‘’faiblesse’’ des institutions qui gouvernent le secteur minier.

Si la République de Guinée est qualifiée, dit-il, ‘’d’accident géologique’’ c’est parce que les ressources ne profitent pas aux populations. Pourtant, c’est dans cette partie du continent qu’on retrouve le meilleur or et diamant du monde. Depuis plusieurs années, rapporte M. Tenguiano, les investisseurs se ruent vers le secteur minier guinéen. La preuve, explique l’expert dans sa présentation, ‘’entre 2008 et 2011, 1 529 titres ont été délivrés par la Guinée à des entreprises minières’’. L’une des raisons qui explique que ce secteur est rentable, révèle-t-il, est d’abord qu’une entreprise minière qui venait juste de s’implanter dans ce pays a payé à l’Etat ses taxes en avance pour une durée de 7 ans.

Ensuite, un autre phénomène qui s’était développé dans ce pays minier est que des entreprises minières venaient chercher des titres en Guinée Conakry sans les exploiter. Pour se faire beaucoup d’argent, elles plaçaient ces titres en bourse et, en quelques mois, elles pouvaient engranger des millions de dollars. Finalement, informe Saa Pascal Tenguiano, l’Etat guinéen a compris, mais un peu tard, le système et a révisé le cadre minier. ‘’L’arsenal juridique est très large et les textes qui le régissent sont très anciens et n’arrivent plus à résoudre certains problèmes’’, déplore le consultant. En effet, ajoute toujours M. Tenguiano, le code minier, qui est praticable à toutes les entreprises minières présentes en République de Guinée, date de 1995. Il faut le réformer à nouveau pour prendre en compte les évolutions dans le monde.

Un seul spécialiste d’expertise en diamant, en Guinée

Les autres manquements dans la législation guinéenne relevés par Saa Pascal Tenguiano, dans sa présentation, sont liés à l’insuffisance des ressources humaines dans certains organes de contrôle de l’exploitation de l’or et du diamant. À tire d’exemple, cite-t-il, le Bureau national d’expertise de diamant ne dispose que de 8 fonctionnaires. Parmi ces derniers, un seul est spécialiste d’expertise en diamant. L’autre exemple donné par le conférencier est la brigade antifraude des matières. Ce corps de contrôle, dit-il, ne dispose que d’un seul élément à l’aéroport de Conakry. Pire, révèle-t-il, les fonctionnaires qui contrôlent la qualité du diamant ne sont pas formés et n’ont aucune connaissance sur ce produit.

Néanmoins,  Saa Pascal Tenguiano reconnaît qu’il y a, dans le dispositif juridique guinéen, des ‘’forces’’ qui peuvent permettre d’avoir espoir de tirer profit de l’exploitation des ressources minérales. Parmi ces dernières, il cite la ‘’coexistence entre les mines industrielles et l’artisanat minier’’, le ‘’transfert effectif  des revenus aux profits des communautés locales’’, et la ‘’publication sur internet de tous les contrats’’. Toutefois, sur ce point, signale-t-il, il y a toujours des dispositifs qui font qu’il y a beaucoup d’informations qui sont estampillées secrètes.

ALIOU NGAMBY NDIAYE (ENVOYÉ SPÉCIAL À BAMAKO)

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