Des retombées économiques estimées à 629,6 milliards F CFA

Pour évaluer, de manière rigoureuse et actualisée, l'impact du grand Magal de Touba sur l'économie du Sénégal, de concert avec l'Université Cheikh Ahmadoul Khadim (Ucak) et l'Université Alioune Diop de Bambey (Uadb), en partenariat avec le Comité d'organisation du Grand Magal de Touba, une étude a été menée. Elle révèle que cette grande rencontre religieuse a généré 629,6 milliards de francs CFA pour l'économie sénégalaise en 2025.
L'économie du Sénégal migre vers la capitale du mouridisme durant le Magal de Touba. Une étude confirme cela. Elle a été menée de manière conjointe menée par l'Université Cheikh Ahmadoul Khadim (Ucak), l'Université Alioune Diop de Bambey (Uadb) et le Comité d'organisation du Grand Magal de Touba. L’édition 2025, selon les résultats, a eu un impact économique estimé à 629,6 milliards de francs CFA pour l'économie sénégalaise.
Ces résultats ont été rendus publics, lors d'une cérémonie tenue dans la ville sainte de Touba. Selon le Comité d'organisation du Magal, cette étude d'impacts économiques avait pour objectif d'évaluer, de manière rigoureuse et actualisée, l'impact du Grand Magal de Touba sur l'économie du Sénégal, en mesurant les flux financiers et les richesses générés par l'événement et en appréciant sa contribution à la dynamique de développement local et national.
Plus précisément, il s'agissait de quantifier les effets directs, indirects et induits du pèlerinage sur les principaux secteurs d'activité : commerce, transport, élevage, agroalimentaire, hébergement, énergie, santé, télécommunications et services de transfert de fonds, d'estimer la valeur ajoutée et les revenus distribués à cette occasion, et de mettre en évidence le rôle du Magal comme levier de croissance, de création d'emplois et de redistribution au sein de l'économie nationale.
Les résultats obtenus devraient fournir aux pouvoirs publics et aux acteurs économiques des données fiables, à même d'éclairer les stratégies de valorisation et d'accompagnement de cet événement d'envergure nationale et internationale.
En effet, le cinquième Recensement général de la Population et de l'Habitat (RGPH-5), Mbacké, dont Touba est la principale agglomération, est devenu le département le plus peuplé du pays avec 1 359 757 habitants, devançant Dakar. La commune de Touba Mosquée dépasse 1,2 million d'habitants, ce qui classe Touba au rang de 2ᵉ ville du Sénégal. La région de Diourbel affiche un taux d'urbanisation de 67 % (2ᵉ du pays).
D'après la même source, la 131ᵉ édition du Grand Magal (13 août 2025) a mobilisé plus de 5,1 millions de pèlerins.
S’agissant de l’impact sur l’économie, l'élevage, révèle l’étude, a généré à lui seul près de 33 milliards de FCFA (environ 150 000 ruminants vendus). Les commerçants ont réalisé près de 70 % de leur chiffre d'affaires annuel- un pèlerin dépensant en moyenne 132 000 FCFA et un ménage d'accueil investissant environ 3,9 millions de FCFA.
Le tourisme religieux a aussi généré des retombées directes, indirectes et induites importantes. Les dépenses effectuées par les visiteurs ont profité notamment aux secteurs de l'hébergement, de la restauration, du transport, du commerce de détail et des services financiers.
Stratégies économiques et financières des ménages, des dahira…
Pour faire face aux charges inhérentes au Magal, les ménages, les dahira, les pèlerins et les entreprises mettent en œuvre des stratégies de mobilisation des fonds.
Les ménages enquêtés ont mobilisé en moyenne 3,9 millions FCFA pour faire face aux dépenses liées au Magal. Cette somme est la résultante de différentes stratégies de mobilisation de ressources : épargne annuelle, tontine, thésaurisation, emprunts, aides familiales ou contributions communautaires, etc.
Les écarts-types élevés observés traduisent une forte disparité entre les ménages, certains effectuant des dépenses modestes alors que d'autres engagent des montants extrêmement importants. En comparaison avec les chiffres du Magal de 2017, les dépenses moyennes des ménages ont plus que doublé. En effet, en 2017, elles étaient estimées à 1 443 415 FCFA.
L'étude montre que les dépenses alimentaires représentent de loin la part la plus importante des dépenses des ménages (61,6 % des dépenses totales). Les montants les plus élevés de ces dépenses alimentaires concernent principalement les achats de viande, de bovins, de moutons, de poulets et de riz importé.
Ces résultats montrent l'importance des repas communautaires et des activités d'accueil durant le Magal et traduisent le rôle central de la philosophie du Magal.
Ainsi, l'événement stimule fortement les marchés alimentaires, l'élevage et les filières agricoles. En outre, les dépenses observées sur certains produits locaux comme le riz de la vallée, l'huile et l'oignon indiquent également que le Magal favorise la consommation des produits nationaux et soutient les filières agricoles locales.
Les ressources annuelles moyennes des dahira sont estimées à 27 millions de FCFA. Elles s'élèvent à 17 100 000 FCFA pour le Magal, soit environ 63,24 % du total des ressources financières. Les autres ressources financières apparaissent nettement plus faibles.
Statut socioprofessionnel et appartenance ethnique des pèlerins
Les élèves et étudiants constituent la principale catégorie socioprofessionnelle des pèlerins (31,68 %). Les commerçants représentent également une proportion importante (18,83 %), suivis des travailleurs du secteur informel (11,65 %). Cette structure révèle le caractère populaire et économiquement diversifié du Magal. Elle souligne également le rôle du commerce et des activités informelles dans l'économie religieuse sénégalaise.
Les participants au Magal de Touba sont majoritairement issus de l'ethnie wolof, qui représente 53 % de l'échantillon. Les Sérères constituent le deuxième groupe le plus important avec 22,1 %, tandis que les Toucouleurs (8,6 %), les Peul (7,6 %) et les autres ethnies sont moins représentés. Cette forte présence des Wolofs s'explique par les liens historiques et culturels entre cette communauté et la ville de Touba.
Les résultats montrent une forte concentration des pèlerins dans les régions de Dakar (29,8 %) et Thiès (30,4 %). Cette configuration reflète le poids démographique et économique de ces deux régions les plus urbanisées du pays dans la dynamique du Magal. Les régions de Diourbel (10,4 %), Kaolack (7,4 %) et Louga (5,9 %) représentent également des foyers importants de participation.
À l'inverse, les régions de Kédougou, Sédhiou et Matam enregistrent des proportions relativement faibles. Ces résultats suggèrent que l'intensité de participation au Magal demeure fortement corrélée au niveau d'urbanisation, d'enclavement, aux capacités de mobilité et aux réseaux confrériques présents dans les grandes agglomérations, explique le document.
Celui-ci montre que la majorité des pèlerins participent au Magal de Touba en famille (42,9 %), suivie de ceux qui voyagent avec d'autres personnes connues (29,2 %). Par ailleurs, 26,7 % des pèlerins viennent seuls. Ces résultats traduisent l'importance des liens familiaux et sociaux dans l'organisation du déplacement vers le Magal.
Cette dynamique favorise les dépenses collectives en transport, hébergement et restauration, contribuant ainsi à renforcer l'impact économique de l'événement.
L'étude met aussi en évidence la prédominance des Mourides parmi les pèlerins interrogés, avec une proportion de 78 %. Les Tidianes constituent le deuxième groupe confrérique le plus représenté avec 17,3 %, tandis que les Khadres (1,3 %) et les Layènes (0,9 %) sont faiblement représentés. Les autres représentent une part marginale de l'échantillon.
Ces résultats confirment le caractère essentiellement mouride du Magal de Touba, tout en montrant la participation de fidèles issus d'autres sensibilités confrériques ou religieuses.
Les chiffres du trafic routier
Pour le Magal 2025, les données du trafic sur les autoroutes du Sénégal (ADS) révèlent une hausse de 10 % par an. Les recettes globales de péage s'élèvent à 864 millions sur la période du Magal. Les ADS renforcent leur dispositif sur le terrain afin d'assurer un entretien permanent sur les autoroutes : 252 effectifs permanents et 150 en renfort, soit 402 au total durant la période du Magal de 2025. Par rapport à l'édition de 2024, une hausse de 14,5 % du nombre de véhicules a été notée, portant le total du trafic à 570 872 véhicules.
Les recommandations de l'étude
L'étude préconise de consolider et renforcer le dispositif de surveillance épidémiologique des maladies, de renforcer les activités de prévention dans la lutte contre les maladies (pathologiques, forte chaleur, hygiène, …), de maintenir et renforcer les activités de sensibilisation pour une meilleure utilisation des structures d'accueil médical et intensifier l'approche multisectorielle (santé humaine, environnementale, animale et autres secteurs).
Elle invite aussi à la transformation du cuir pour structurer une filière à partir des ruminants abattus, à transformer la forte consommation en filières de production, à convertir l'activité saisonnière en emplois durables, à sécuriser l'accès à l'eau pour l'agriculture et l'élevage, à investir dans l'amélioration de la qualité de l'eau à travers une installation des unités de traitement et de potabilisation, la formalisation de la fiscalité et l'attractivité.
À propos du Magal
Prévu, cette année, le 2 août, le Magal de Touba célèbre le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, Khadimou Rassoul, le fondateur du mouridisme. L'origine du Grand Magal remonte aux événements qui entourèrent l'arrestation et la déportation de Cheikh Ahmadou Bamba par l'administration coloniale française le 10 août 1895, correspondant au 18 Safar du mois lunaire de l'an 1313.
Soupçonné, sans preuve établie, de constituer une menace pour l'ordre colonial, le fondateur du mouridisme fut exilé au Gabon où il séjourna pendant sept années. De retour au pays, il est à nouveau exilé en Mauritanie, de 1903 à 1907, puis maintenu en résidence surveillée à Thiéyène Jolof puis à Diourbel, jusqu'à la date de son rappel à Dieu survenu le 27 juillet 1927.
Là où le pouvoir colonial voyait une sanction destinée à neutraliser un chef religieux influent, Cheikh Ahmadou Bamba donna à cet événement une interprétation radicalement différente.
CHEIKH THIAM






