Publié le 2 Aug 2026 - 00:43
SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS

L’Afrique de l’Ouest face à un défi de santé publique et de développement

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Les maladies d’origine alimentaire causent chaque année plus de 1,5 million de décès dans le monde et entraînent des pertes économiques considérables. Face à cette menace, l’expert en sécurité sanitaire des aliments au Bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, Dr Mamadou Ndiaye, appelle à renforcer la prévention tout au long de la chaîne alimentaire.

 

« Sécurité sanitaire des aliments et alimentation de rue ». C'est autour de ce thème qu'a été organisé, hier, le 10e numéro des Mercredis de l'Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD), en partenariat avec la FAO. Invité de cette rencontre, le Dr Mamadou Ndiaye, expert en sécurité sanitaire des aliments au Bureau sous-régional de la FAO pour l'Afrique de l'Ouest, a dressé un tableau préoccupant des maladies d'origine alimentaire et de leurs conséquences sanitaires, économiques et sociales.

S'appuyant sur les dernières estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il a indiqué que l'institution a considérablement élargi sa base de données en évaluant 42 dangers alimentaires majeurs – bactéries, virus, parasites et contaminants chimiques – dans 194 pays sur la période 2000-2021.

Selon Dr Mamadou Ndiaye, les maladies liées aux aliments contaminés provoquent 1,52 million de décès par an dans le monde et engendrent 310 milliards de dollars de pertes économiques. « Les estimations de 2026 reposent sur une méthodologie élargie couvrant 42 dangers alimentaires, contre 31 dans l'édition de 2015, ce qui limite les comparaisons directes.

Toutefois, elles montrent clairement que le fardeau demeure sous-estimé, puisque plusieurs dangers n'ont pas encore été intégrés », a-t-il expliqué. Parmi les nouveaux risques pris en compte figurent notamment les métaux lourds, le rotavirus et Trypanosoma cruzi, le parasite responsable de la maladie de Chagas. Pour l'expert, l'évolution des habitudes alimentaires, les pressions environnementales, la mondialisation des échanges et les inégalités dans les systèmes alimentaires accentuent l'exposition des populations aux aliments dangereux. Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes ainsi que les personnes immunodéprimées figurent parmi les catégories les plus vulnérables. « La Région africaine et celle de l'Asie du Sud-Est concentrent à elles seules près des trois quarts des maladies d'origine alimentaire et 60 % des décès enregistrés dans le monde », a-t-il rappelé.

Selon lui, ce fardeau sanitaire dépasse désormais celui de plusieurs maladies infectieuses majeures, avec davantage de décès que la tuberculose, le VIH/sida ou encore le paludisme. Dr Mamadou Ndiaye a indiqué que les bactéries, virus et parasites responsables des maladies diarrhéiques représentent la majorité des dangers identifiés. Les contaminants chimiques, notamment les aflatoxines, les métaux lourds ou encore le cyanure présent dans le manioc, constituent également une menace croissante en raison de leurs effets chroniques sur la santé.

En Afrique de l'Ouest, les maladies d'origine alimentaire concernent principalement cinq grandes catégories de produits : les denrées d'origine animale (viande, lait et œufs), les produits de la pêche, les fruits et légumes frais, les céréales et légumineuses, ainsi que l'eau utilisée lors de la production, de la transformation et de la préparation des aliments. Pour l'expert, la sécurité sanitaire des aliments consiste avant tout à garantir que les aliments mis à la disposition des consommateurs ne présentent aucun danger pour leur santé. « L'alimentation doit nourrir, protéger et favoriser la santé humaine. Elle ne doit jamais être une source de maladie », a-t-il insisté.

Un enjeu économique autant que sanitaire

Au-delà de leurs conséquences sur la santé, les maladies d'origine alimentaire entraînent des dépenses médicales importantes, une baisse de la productivité, de l'absentéisme scolaire et professionnel, des pertes commerciales pour les entreprises ainsi qu'une diminution de la confiance des consommateurs. Dr Ndiaye a rappelé qu'selon la Banque mondiale, ces maladies coûtent chaque année plus de 110 milliards de dollars aux pays à revenu faible ou intermédiaire. Ce montant comprend 95,2 milliards de dollars de pertes de productivité et près de 15 milliards de dollars de dépenses de santé. « Ces chiffres montrent que la sécurité sanitaire des aliments n'est pas seulement une question de santé publique ; c'est également un enjeu majeur de développement économique et de lutte contre la pauvreté », a-t-il souligné.

Dans le contexte africain, le spécialiste estime que la sécurité sanitaire des aliments ne doit plus être considérée comme une simple obligation réglementaire. Elle constitue désormais un levier de valorisation des produits locaux, de création de valeur ajoutée et d'accès aux marchés nationaux, régionaux et internationaux. « Le premier marché d'un produit local est le consommateur local. Lorsqu'il est convaincu qu'un produit est sain, conforme, traçable et fabriqué dans de bonnes conditions d'hygiène, il est davantage disposé à l'acheter, parfois même à un prix plus élevé », a-t-il expliqué. Selon lui, les exigences des supermarchés, des hôtels, des restaurants, des cantines scolaires et des programmes publics d'alimentation renforcent progressivement cette logique de qualité.

Dr Mamadou Ndiaye a également rappelé que la sécurité sanitaire des aliments s'inscrit désormais dans le concept « One Health » (Une seule santé), qui établit une interdépendance entre la santé humaine, animale, végétale et environnementale. « La prévention doit intervenir tout au long de la chaîne alimentaire, de la production jusqu'à la consommation », a-t-il indiqué. Il a enfin insisté sur la nécessité de distinguer les notions de danger et de risque, souvent confondues. Selon les données de l'OMS, la charge des maladies d'origine alimentaire en Afrique reste principalement liée aux contaminants microbiologiques, suivis des contaminants chimiques, notamment les aflatoxines et les métaux lourds. Les secteurs les plus concernés correspondent d'ailleurs aux principales filières d'intervention de la FAO en Afrique de l'Ouest : l'élevage, le lait, l'aviculture, la pêche, les fruits et légumes, ainsi que les cultures de maïs, d'arachide, de sorgho, de millet, de riz et de manioc.

CHEIKH THIAM

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