Publié le 6 Nov 2018 - 09:24
HOMMAGE A MOUSTAPHA KA

Adieu l’aîné !

 

Avec la disparition de Moustapha Kâ, Le Sénégal vient, sans aucun doute,  de perdre l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire de ses politiques culturelles pour le développement.  

 

Brillant philosophe, il avait été, avec d’autres agents du Ministère de la Culture, choisi par le Président Léopold Sédar Senghor et son premier Ministre Abdou Diouf pour subir une formation en France afin de  constituer la première promotion de « Conseillers aux affaires culturelles » mis au service du gouvernement.

Il s’agissait alors, aux yeux de ces illustres dirigeants de mettre à la disposition du pays des fonctionnaires « culturels » d’élite, polyvalents,  qui seraient une sorte de synthèse des différents corps issus de l’Ecole nationale d’Administration.

Appelés à ancrer la prise en compte par  les politiques publiques de la transversalité de la Culture, ils étaient,  à la fois, Administrateurs civils, Conseillers en diplomatie culturelle  et  Conseillers en développement  économique impulsé par la Culture.

Homme d’une discrétion exemplaire, Moustapha Kâ  vouait une admiration sans borne à son mentor Abdou Diouf, dont il s’inspirait du modèle de réserve et d’équilibre.

Ministre de la Culture pendant les années difficiles des « Programmes d’Ajustement Structurel » (PAS), il avait réussi à faire oublier la morosité ambiante en créant de grands évènements  qui mobilisaient autour de la Culture et de ses enjeux.

On lui doit à ce titre l’organisation de la Biennale des Lettres, dont est issue la Biennale de l’Art africain contemporain ou, encore, l’institution des  Grands Prix du Président de la République pour les Arts et les Lettres.

Homme politique réputé pour son efficacité et son sérieux Moustapha Kâ a été Vice-Président de l’Assemblée Nationale et Maire de Passy.

En tant qu’édile il avait placé, comme l’on s’y attendait, la Culture  au cœur de ses ambitions, lançant entre autres le célèbre « Festival des récoltes de Passy » pendant  lequel la population articulait son diversité  culturelle séculaire  et sa volonté de lutter pour une abondance économique et un épanouissement social durables.

Ce haut fonctionnaire modèle était, en toute lucidité, le chantre d’une décentralisation approfondie.  

 Ainsi, après avoir reçu du Président Abdou Diouf des directives dans ce sens, Moustapha Kâ a-t-il  été à l’origine du Colloque sur les Convergences culturelles au sein de la nation sénégalaise, qui fut un appel au dialogue des cultures ayant pour rampe la sublimation de l’identité.

En effet, je le dis avec fierté,  Moustapha Kâ partageait avec moi l’amour d’un terroir magnifique plongeant à la fois dans le  Djinguili, le Jonick  et le Niombato.  Source féconde dont nous nous sommes abreuvés  de l’histoire et de la Culture, qu’il connaissait et aimait profondément.

C’est un honneur incommensurable d’avoir pris les destinées du Département de la Culture presque trente ans  après ce prestigieux ainé.

Je me souviens avec une profonde émotion de notre riche conversation, en septembre dernier, durant laquelle nous avions parlé des grands défis auxquels notre pays doit faire face. Dont, bien sûr, celui d’une  préservation et d’une promotion sans cesse améliorées de son patrimoine culturel.

A sa famille biologique, à la population de Passy et à toute la communauté culturelle, tout en partageant la douleur de séparation avec celui qui fut pour elles un don de Dieu, je présente mes condoléances les plus émues.

Que le Tout Puissant lui accorde un repos éternel et bien mérité dans son royaume céleste.

 Abdou Latif Coulibaly

Ministre de la Culture

 

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