Publié le 18 Jun 2013 - 07:04
IRAN – NOUVEAU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Rohani, réformateur sous tutelle

 

A la veille du scrutin, des sondages effectués par le ministère de l’intérieur savaient que les deux candidats réformateurs, Hassan Rohani et Aref étaient en tête. Le Guide savait donc qu’il y avait une bonne chance que celui qui resterait dans la course soit élu. Rappelons que s’il a écarté Hachémi Rafsandjani, sans parler de l’ex président réformateur Khatami dont on ne pouvait prononcer le nom, ou encore les ex candidats à l’élections présidentielle, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, toujours en résidence surveillée, il a "choisi" de laisser Hassan Rohani se présenter.

Le guide s’entend bien avec ce conservateur modéré, apparatchik de la république islamique qui n’a jamais contesté son pouvoir. Il n’a pas été tenté d’altérer le cours des élections puisque cette fois, il a soigneusement choisi les "candidats réformateurs". Le coup de force du régime a eu lieu au cours de la sélection des candidats, pas au cours du vote. De plus, la victoire d’un candidat qui a la faveur de la jeunesse réformiste lui permet de faire rentrer celle-ci dans le giron idéologique de la république islamique. C’est un sursis pour le régime qui depuis les élections contestées de juin 2009 traverse une grave crise politique (1). Enfin la république islamique n’a plus les moyens économiques de son intransigeance dans le dossier nucléaire.

Avec un taux de chômage estimé entre 20 à 30%, une dévaluation de 80% du Rial, sa monnaie, l’Iran accuse durement le coup des sanctions internationales. Les exportations de pétrole, source majeure de revenus, ont chuté de 40% en 2012. Mis au ban du système bancaire international, Téhéran ne peut plus rapatrier ses pétrodollars, évalués à 5 milliards de dollars par mois. Or Rohani est le candidat qui pendant la campagne s’est montré le plus prêt à un changement d’attitude vis à vis de la communauté internationale.

Pourquoi le guide suprême a-t-il pris le risque de laisser élire le candidat Hassan Rohani à la tête du pays ?
Bien sûr. La jeunesse réformatrice en a fait son champion sans illusions mais elle espère au moins qu’il pourra faire libérer Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les candidats réformateurs des précédentes élections. Elle veut aussi croire le nouveau président sur parole lorsqu’il a promis que les jeunes filles n’auraient plus rien à craindre des milices des mœurs des bassidjis. Mais Rohani, baptisé "Cheick de l’espoir" par la jeunesse, n’a jamais franchi une des lignes rouges du régime. Il va donc devoir livrer un numéro d’équilibriste entre les pressions exercées par ses électeurs et celles du Guide. Rappelons aussi que c’est sous la présidence du réformateur Khatami que les manifestations estudiantines de 1999 ont été réprimées dans le sang. D’autre part, Rohani, malgré son surnom de "mollah diplomate", n’est pas l’homme de compromis que l’on croit sur le dossier nucléaire. N’a-t-il pas déjà déclaré qu’il était contre l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium ? Le président sortant Ahmadinejad a d’ailleurs rappelé pendant la campagne qu’il n’avait aucune latitude sur ce dossier entièrement entre les mains du Guide.

Champion de l’intransigeance, celui-ci a déclaré la semaine dernière au cours de la cérémonie d’anniversaire de la mort de Khomeiny que "certains pensent que nous devons faire des concessions sur la question nucléaire à nos ennemis pour apaiser leur colère… Ils ont tort !" Pendant ce temps, le président en exercice se félicitait des progrès de la construction d’un réacteur à eau lourde, utilisant de l’uranium comme combustible à la centrale d’Arak, qui à l’entendre serait opérationnelle début 2014. Une percée qui si elle était avérée mettrait l’Iran au rang des nations pouvant produire du plutonium et donc une bombe nucléaire. Et certains analystes pessimistes de conclure que l’élection du modéré Rohani à la présidence de la république islamique permet à celle ci de gagner du temps dans sa course à l’obtention de la bombe.
 

SARA DANIEL (NOUVEL OBSERVATEUR)

 

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