Raconter l’Afrique autrement

Du Sénégal au Burkina Faso, Ndiaga Diarra Fall a construit un parcours à plusieurs visages. Comédien, réalisateur, producteur, metteur en scène, chanteur et formateur, l’artiste de 52 ans fait du cinéma un espace de transmission et de regard sur les réalités sociales africaines.
À 52 ans, Ndiaga Diarra Fall compte plus de trente ans de pratique artistique. Une longévité construite entre le Sénégal et le Burkina Faso, mais surtout autour d’une même passion : raconter des histoires. Ses premiers pas, il les fait notamment à Diourbel, où il multiplie les répétitions et se forme auprès de Hassan Traoré et Lamine Ségnane. Comédien, il participe à plusieurs séries et sketchs. Mais derrière les apparitions à l’écran, la réalité économique du métier le rattrape. Après avoir participé, selon son témoignage, à 18 séries et sketchs, il affirme n’avoir perçu qu’environ 150 000 F CFA. L’expérience nourrit une réflexion sur les conditions de travail dans le secteur et contribue à pousser l’artiste vers d’autres horizons.
Le Burkina, nouveau terrain de jeu
Le choix du Burkina Faso n’est pas totalement étranger à son histoire. Sa famille y a vécu pendant 35 ans. Il s’y installe il y a six ans, attiré par un environnement qu’il considère comme plus favorable au développement de ses projets. « Le choix s’est imposé face à la saturation du milieu sénégalais et au manque de moyens », explique-t-il. À Ouagadougou, sa carrière prend une nouvelle dimension. Il réalise sept films, dont certains sont diffusés en salles et sur TV5. Il développe également ses activités de production et de formation à travers Ndiack Sub Production, qu’il dirige. La transmission devient progressivement une autre composante de son travail. Ndiaga Diarra Fall revendique avoir formé plus de 250 personnes. Une façon, pour lui, de partager une expérience acquise sur plus de trois décennies.
Le cinéma comme miroir de la société
Pour l’artiste, le cinéma ne se résume pas au divertissement. Il doit interroger la société et donner une place aux voix que l’on entend peu. Ses histoires puisent ainsi dans les injustices sociales, la violence, la résilience, la solidarité ou encore les rapports familiaux. Dans « Nadja », il raconte le parcours d’une jeune fille confrontée à la violence familiale et qui finit en prison après avoir tué son père alcoolique.
Ses personnages, explique-t-il, sont souvent inspirés de situations réelles, de rencontres et d’histoires recueillies auprès des communautés. La caméra devient alors un moyen de regarder le quotidien sans l’éloigner de ses aspérités. Cette recherche de vérité traverse également son travail de comédien. Son expérience devant la caméra nourrit son regard de réalisateur et sa connaissance du terrain l’aide à construire des personnages ancrés dans leur environnement.
Le cinéma n’est pourtant pas son seul moyen d’expression. Auteur-compositeur et chanteur, Ndiaga Diarra Fall revendique 117 morceaux. En 2020, en pleine période de confinement, il sort l’album « Magal Gui », composé de dix titres. « Maman », « Mes enfants » ou encore « Boul Dém » portent une écriture tournée vers la famille, les valeurs sociales et la spiritualité. La musique reste pour lui davantage une passion qu’une activité guidée par les impératifs commerciaux. Un autre espace de création et de transmission.
Une carrière entre deux pays
Entre Diourbel et Ouagadougou, Ndiaga Diarra Fall revendique aujourd’hui une identité profondément ouest-africaine. Son parcours l’a convaincu que les histoires africaines peuvent circuler au-delà des frontières. Son regard sur le Sénégal reste néanmoins critique. Il estime que le manque de professionnalisme et de formation freine encore certaines productions. À l’inverse, il considère que le Burkina Faso accorde une place plus importante à la formation et à la structuration du secteur. Il n’exclut pas un retour au Sénégal. Mais pas immédiatement. Il veut d’abord poursuivre son expérience burkinabè et consolider ses projets. « Je veux prouver qu’on peut réussir en Afrique, avec l’Afrique et pour l’Afrique », affirme-t-il.
La formule résume une trajectoire qui dépasse désormais la seule ambition personnelle. Après plus de trente ans de carrière, plusieurs films, des dizaines de créations musicales et plus de 250 personnes formées, Ndiaga Diarra Fall veut continuer à créer, mais aussi à transmettre. Entre cinéma, théâtre et musique, il poursuit ainsi son chemin entre deux pays, avec la même ambition : raconter une Afrique qui se regarde elle-même, à travers ses histoires, ses blessures et ses espoirs.
Fatou Ba






