Publié le 17 Jan 2014 - 18:16
L’EX-PRÉSIDENT FACE A L’ARGENT

 Abdoulaye Wade, un grand-maître courtier ?

 

L'affaire opposant l'ex-président à un de ses anciens ministres et à un «courtier d'affaires» remet au goût du jour le rapport névrotique qu'il entretient avec l'argent.

 

C’est une lapalissade de dire que Me Abdoulaye Wade entretient des rapports compliqués avec l’argent, pour dire le moins. Durant les douze années passées à la tête du pays, l’ex-président de la République, vrai guichet automatique de banque, avait fini par transformer le Palais présidentiel en une caverne d’Ali Baba. Hors du pouvoir, ce qui intrigue le plus chez lui est sa propension à user de canaux nébuleux pour alimenter des comptes ou des...individus. La dernière histoire qui l’oppose à son ancienne ministre Ngoné Ndoye et au «courtier d’affaires» Abdou Mangane en est une illustration.

Confronté à des ‘’difficultés’’ avec sa banque Maschreg Bank à Dubaï, Me Wade a «recruté» l’homme d’affaires ci-dessus cité, à qui il aurait demandé d’‘’ouvrir un compte’’ afin de lui ‘’créditer’’ un chèque de 3 milliards de francs Cfa. En toute discrétion. La suite est connue. L'opération semble avoir foiré et Me Wade accuse son «courtier» d’avoir «détourné une partie (de la somme) à des fins personnelles, soit deux millions six cent quarante-cinq mille sept cent trente euros (2 645 730 euros  soit 1 735 598 880 francs Cfa), une fois l’argent encaissé».

Cette affaire a placé sous les projecteurs un homme d’affaires que le grand public ne connaissait (presque) pas. Wade n’aurait certainement pas recouru à Abdou Mangane si son homme de confiance Alioune Aïdara Sylla était encore libre. Cet ancien député libéral avait été interpellé le 31 décembre 2012 à sa descente d’avion à l’aéroport de Dakar, en possession d’un chèque de 3 milliards de francs Cfa et d’autres documents comptables appartenant à l’ex chef d’Etat sénégalais.

Le montant était dispatché comme suit : 900 millions à Samuel Sarr pour le «remboursement d’une dette», 400 millions «empruntés» à son ancien ministre des Affaires étrangères Madické Niang, 600 millions à ce même Sylla pour «la finition des travaux des villas de Me Wade à Dakar et Touba», 50 millions à l’Institut libéral, 25 millions aux militants et à quelques responsables libéraux.

Inculpé pour ‘’blanchiment de capitaux, association de malfaiteurs et détournement de deniers publics’’, Sylla, président du conseil rural de Thilmakha, a été placé sous mandat de dépôt le 7 janvier 2013. Réputé discret, il aurait été longtemps le ‘’porteur de valise’’ de Wade qui, alors au pouvoir, a eu à lui confier plusieurs missions… secrètes. La délicatesse avec laquelle Aïdara Sylla s’y prenait avait fini par faire de lui son homme de confiance.

C’est sans doute à cause de cette même confiance que Me Wade aurait remis à son ancien aide de camp une mallette d’argent (200 millions) qu’il devait remettre à Alex Segura, ancien représentant du Fonds monétaire international (FMI) au Sénégal, en guise de «cadeau» de départ, alors que l'opposition assimilait l'acte à de la corruption pure et simple.

«Généreux» comme lui, il est difficile d'en trouver. Même dans des affaires privées, Me Wade hésite rarement, même s'il faut violer la loi. Il a agi ainsi quand il a cru bien de verser une «indemnisation» à des héritiers de la famille de Me Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel assassiné en mai 1993. Cagnotte versée alors : 400 millions de francs Cfa, en dépit de l’opposition nette de son Premier ministre, Mme Mame Madior Boye, pour qui «la responsabilité de l’Etat n’était nullement engagée» dans cet assassinat.

La même démarche avait été reconduite après l'attaque du siège du groupe Walfadjri par des talibés de Serigne Modou Kara Mbacké. Désigné comme commanditaire, il avait fait verser 400 millions au groupe de presse, en toute discrétion. Le «deal» avait été éventé par Farba Senghor, le plus fidèle de sa troupe...

DAOUDA GBAYA

 

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