“Depuis deux ans, nous n’exécutons aucun marché de la CDC, qui fournissait, avec l’AGEROUTE, 91 % de notre chiffre d’affaires”

Tensions avec la maison mère, la Caisse des dépôts et consignations, ralentissement du secteur des BTP, rupture entre Diomaye et Sonko : le directeur général de CACO (Consortium africain de conseil et d’organisation, filiale de la CDC) sort de sa réserve et crache ses vérités crues.
Parlez-nous un peu de vous. Qui est Mansour Sow ?
Je m’appelle Mansour Sow, je suis ingénieur en génie civil. Comme j’ai l’habitude de le dire, je suis un pur produit de l’école publique sénégalaise. J’y ai effectué toutes mes humanités, du primaire jusqu’au baccalauréat.
Après l’obtention de mon baccalauréat en 2007, j’ai bénéficié d’une bourse d’excellence qui m’a permis de poursuivre mes études en France, notamment à l’Université du Havre. À l’issue de mes études, j’ai eu l’opportunité d’effectuer mes premières expériences professionnelles au sein du groupe Vinci, qui est le leader mondial du BTP. Cette première immersion dans une grande entreprise de construction m’a permis de confronter mes connaissances académiques aux réalités du terrain et aux exigences concrètes des projets.
J’ai ensuite choisi de poursuivre ma spécialisation au Centre des hautes études de la construction, le CHEC, à Paris, dans l’option « Méthodes d’exécution et management d’équipes ». Je souhaitais approfondir mes compétences et acquérir une expertise très opérationnelle dans la réalisation d’ouvrages complexes. Cette formation m’a notamment permis de renforcer mes connaissances en méthodes de construction, en préparation et en organisation des travaux, ainsi qu’en gestion de projets et en management d’équipes.
À l’issue de cette formation, j’ai fait le choix de rentrer au Sénégal afin de mettre ces compétences au service de projets locaux. J’ai commencé au sein du cabinet d’ingénierie Willier Ingénierie Internationale en qualité de project manager, qui gérait le building administratif et quelques bâtiments à l’université. Cette première expérience au Sénégal m’a permis de développer une approche globale de la gestion de projets et de mieux comprendre les réalités du contexte local. Par la suite, j’ai rejoint Eiffage et j’ai eu à travailler à la construction du Train express régional.
Quelles ont été les expériences qui vous ont rendu le plus fier depuis que vous êtes rentré au pays ?
Après mon retour et une première expérience au sein du groupe Willier, j’ai rejoint Eiffage Rail sur le projet du Train express régional, le TER, en tant que conducteur de travaux en ouvrages d’art. J’y ai dirigé une équipe de plus d’une centaine de collaborateurs. Cette expérience a été particulièrement formatrice, car elle m’a placé au cœur d’un projet d’infrastructure majeur, avec des exigences élevées en matière de qualité, de délais, de coordination et de sécurité.
Par la suite, j’ai rejoint SERTEM en tant que responsable des travaux, toujours dans le cadre du projet du TER, notamment pour la construction des haltes et des passerelles piétonnes. À ce poste, j’avais la responsabilité de plus de 200 collaborateurs. Cette étape a constitué un nouveau palier dans mon parcours, avec des responsabilités techniques, opérationnelles et humaines de plus en plus importantes.
Après ce magnifique challenge avec le TER, j’ai été recruté comme directeur des travaux chez KALIA, où j’ai fait un bref passage, avant de rejoindre TACTS SA, où j’ai exercé pendant quatre ans les fonctions de directeur général adjoint, tout en assumant cumulativement celles de directeur technique. Cette double responsabilité m’a permis de conjuguer une vision stratégique de l’entreprise avec une implication directe dans les enjeux techniques et opérationnels. J’y ai notamment participé au pilotage d’une organisation de plus d’une centaine de collaborateurs.
En 2024, avec l’avènement du nouveau régime, j’ai rejoint CACO en qualité de directeur général. Aujourd’hui, je dirige une organisation de plus de 300 collaborateurs.
Comment avez-vous vécu, en tant qu’acteur, toutes les spéculations autour du TER, notamment avec les soupçons de surfacturation ?
À l’époque, nous suivions ce débat avec beaucoup de recul et de détachement, parce que nous avions une bonne maîtrise des chiffres et des réalités techniques du projet. Souvent, les gens spéculent sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment. Parmi ceux qui intervenaient dans le débat, rares étaient ceux qui avaient une connaissance approfondie des enjeux techniques et financiers. Il faut également reconnaître que les techniciens du domaine ne se permettaient pas toujours d’apporter les éclairages nécessaires, comme ce fut notamment mon cas.
Je ne peux évidemment pas affirmer qu’il n’y avait aucune surfacturation. En revanche, ce que je peux dire, c’est qu’un projet de cette envergure obéit à des exigences et à des normes contractuelles qu’il faut matériellement respecter. Prenons un exemple simple : si, initialement, un budget de 1 000 milliards est prévu pour réaliser un projet sur cinq ans et que le délai d’exécution est finalement ramené à trois ans, il est logique que le coût puisse augmenter. Il faut alors mobiliser davantage de personnel, renforcer les équipes, multiplier les rotations et recourir davantage aux heures supplémentaires. Or, ces heures supplémentaires sont nécessairement plus coûteuses que les heures normales.
À mon sens, il faut donc analyser les coûts en tenant compte des contraintes de délai, des moyens mobilisés et des exigences techniques avant de tirer des conclusions.
On parle beaucoup de la qualité des ouvrages au Sénégal. Qu’est-ce qui explique, selon vous, la dégradation prématurée de certains ouvrages publics ?
J’attribue souvent ces problèmes à l’absence d’études suffisamment sérieuses en amont. On a tendance, dans la plupart des cas, à mettre les dégradations sur le compte de l’hivernage, des camions ou d’autres facteurs extérieurs. À mon avis, l’hivernage n’est pas nécessairement la cause première de ces dégradations. Il peut simplement contribuer à mettre au jour des problèmes qui existaient déjà, mais qui étaient jusque-là moins visibles.
Un bon ouvrage repose d’abord sur des études sérieuses. Si les études géotechniques, par exemple, ne sont pas correctement menées en amont pour déterminer la nature et la qualité du sol, l’ouvrage peut être fragilisé dès lors que le sol subit des mouvements. Dans certains cas, même un choc apparemment bénin, non pas nécessairement avec un camion, mais avec un véhicule léger, peut révéler une faiblesse préexistante de la construction.
C’est pourquoi la qualité d’un ouvrage se joue avant même le démarrage des travaux, à travers la qualité des études, de la conception et du contrôle.
À qui la faute ? Est-ce au maître d’ouvrage ou au maître d’œuvre ?
Je dirais plutôt au maître d’ouvrage, notamment lorsqu’il fait le choix de réduire les coûts en négligeant certaines étapes essentielles. On cherche souvent à faire des économies sur les études et sur le contrôle, alors que ce sont précisément ces étapes qui permettent de sécuriser l’investissement. Comme je le rappelle souvent dans mes prises de parole : la non-qualité coûte plus cher.
Économiser sur les études peut donner l’impression de réduire les dépenses à court terme, mais les coûts de réparation, de reprise ou de reconstruction peuvent finalement être beaucoup plus importants.
Peut-on dédouaner totalement le maître d’œuvre qui accepte des marchés dans certaines conditions ? On cite souvent l’exemple de la route Kaolack-Fatick avec Jean Lefebvre, à l’époque ?
C’est effectivement une question très sérieuse pour les entreprises, parce qu’elle relève avant tout de leur responsabilité morale et professionnelle. Mais cette responsabilité incombe également au maître d’ouvrage, qui doit s’entourer de bureaux de contrôle et de cabinets d’ingénierie sérieux pour assurer la supervision et le suivi des travaux.
À titre d’exemple, l’AGEROUTE ne cesse de valoriser le travail que nous réalisons à CACO. Nous recevons régulièrement des appréciations positives de leur part sur l’amélioration de la qualité des travaux depuis notre intervention. Pour ma part, j’invite toujours mes ingénieurs à faire preuve d’exigence et d’intransigeance afin que la qualité soit irréprochable.
Il peut certes exister des compromis et des pratiques qui ne sont pas toujours orthodoxes, mais cela ne doit jamais nous empêcher de rester attachés à la qualité et à nos responsabilités professionnelles.
CACO est une filiale relativement peu connue de la CDC. Quelles sont ses missions et ses domaines d’intervention ?
CACO Ingénieurs Conseils, filiale du groupe CDC, est un bureau d’études techniques multidisciplinaire spécialisé dans l’ingénierie, l’assistance à la maîtrise d’ouvrage et la supervision des travaux. Fort d’une expertise éprouvée, CACO accompagne ses clients dans la conception, la planification et le suivi de projets dans plusieurs domaines : infrastructures, mobilité, bâtiment, eau et environnement, mais également analyse et essais sur les matériaux.
Notre mission fondamentale est d’être le bras technique, l’expert souverain et le tiers de confiance de l’État, des collectivités et des particuliers. Notre rôle est de contribuer à ce que chaque franc public investi dans une infrastructure se traduise par une qualité irréprochable, une durabilité maximale et un respect strict des coûts et des délais. Nos domaines d’intervention couvrent notamment le bâtiment, les infrastructures, l’eau et l’environnement.
Nous disposons également d’un pôle laboratoire qui figure parmi les plus performants de la sous-région. Cela nous permet de réaliser des essais sur les matériaux de construction. Aujourd’hui, nous avons beaucoup moins besoin de faire réaliser certains essais au Maroc ou en France. Nous sommes même de plus en plus sollicités dans la sous-région pour effectuer des essais et apporter notre expertise sur les matériaux de construction.
Pouvez-vous revenir sur l’apport de CACO dans les projets infrastructurels de l’AGEROUTE ?
Beaucoup de Sénégalais ne maîtrisent pas encore très bien la nature de notre relation avec l’AGEROUTE. Avant CACO, il y avait le CEREEQ, devenu aujourd’hui LNR-BTP. Le CEREEQ assurait notamment le suivi de nombreux travaux de l’AGEROUTE, en collaboration avec des bureaux étrangers tels que SIRA, EDE, entre autres.
À une certaine époque, le CEREEQ était confronté à des difficultés financières. Or, lorsqu’il existe des difficultés de paiement sur les marchés de l’État, les cabinets et bureaux d’études peuvent eux-mêmes se retrouver en difficulté. Certains cabinets avaient ainsi abandonné des chantiers. C’est dans ce contexte que l’ancien directeur général de l’AGEROUTE, Ibrahima Ndiaye, a contribué à faire intervenir CACO à travers la CDC.
Avec ce partenariat, CACO devait être directement payé par la CDC, qui se chargeait ensuite du recouvrement auprès de l’AGEROUTE. Cela permettait de résoudre une partie des problèmes liés aux délais de paiement, même lorsque l’AGEROUTE connaissait des difficultés de trésorerie ou accusait des retards de paiement. Lorsque vous êtes financièrement autonome et que vous ne dépendez pas directement du maître d’ouvrage pour être payé, vous disposez de davantage de sérénité pour exercer votre mission avec indépendance et rigueur.
Avez-vous le monopole, par exemple, sur les marchés de l’État ?
Non, pas forcément. Il existe des appels d’offres. Certains projets, notamment dans le cadre de conventions, peuvent effectivement nous être directement confiés. En revanche, les projets financés par les bailleurs de fonds sont généralement soumis à des procédures d’appel d’offres.
À nos débuts, nous n’avions pas encore dix ans d’expérience en tant que cabinet. Nous étions donc naturellement désavantagés dans certaines procédures, puisque l’expérience constitue souvent un critère important dans l’attribution des marchés. Aujourd’hui, même si de nombreux cabinets interviennent sur les marchés, nous maintenons notre partenariat sur plusieurs programmes stratégiques avec l’AGEROUTE.
À la naissance de CACO, certains cabinets privés craignaient justement une concurrence déloyale, puisque l’État reste le principal client sur le marché. Est-ce toujours le cas ?
Cette préoccupation existe toujours.
Mais l’objectif de CACO n’est pas forcément de se positionner comme un concurrent direct des cabinets privés. Dans tous les grands pays, il existe des cabinets publics de référence qui jouent un rôle stratégique dans le développement national. Au Maroc, par exemple, on peut citer Novec ; en Côte d’Ivoire, une structure comme BNETD joue également ce rôle ; en France, Egis constitue une référence dans le domaine de l’ingénierie. L’idée est que ces structures puissent porter les projets stratégiques et, lorsque cela est pertinent, travailler en complémentarité avec d’autres bureaux d’études.
À mon sens, CACO ne devrait même pas avoir vocation à entrer systématiquement en compétition avec les autres cabinets. Nous devrions plutôt nous concentrer sur les projets stratégiques de l’État, des collectivités et de la CDC, et laisser les autres bureaux se positionner sur les autres segments du marché. C’était d’ailleurs la vision initiale qui avait présidé à la création de CACO : disposer d’un outil technique national capable d’accompagner les pouvoirs publics sur les projets stratégiques et de contribuer au renforcement de notre souveraineté en matière d’ingénierie.
Comment se portent aujourd’hui les finances de l’entreprise par rapport à ce que vous avez trouvé sur place ?
Bon, c’était très difficile à l’époque. Certains soutenaient que la boîte devait plutôt fermer. Par la suite, il y a eu le contexte économique très difficile, avec les projets à l’arrêt… Je peux citer l’exemple du PSD, le Programme spécial de désenclavement. L’AGEROUTE nous doit d’ailleurs toujours trois milliards de francs CFA dans le cadre de ce programme. Il y a aussi les autres chantiers qui sont exécutés, mais avec des paiements qui ne sont pas fluides. Mais nous avons su tenir, malgré ces difficultés. Aujourd’hui, nous avons comblé le gap et nous payons régulièrement les salaires…
N’est-ce pas la CDC qui doit payer en cas de retard ? Est-ce que la CDC joue son rôle ?
C’est le schéma qu’on avait imaginé au début, mais cela ne s’est jamais passé comme ça. En gros, c’est l’AGEROUTE qui paie. On émet une facture de la part de la CDC ; on l’envoie à l’AGEROUTE, qui paie directement.
Avez-vous été impacté par le ralentissement dans le secteur du BTP ?
Forcément ! On est un cabinet qui accompagne les maîtres d’ouvrage et les particuliers. S’il n’y a pas de marché, on ne travaille pas. C’est ce qui fait d’ailleurs que j’essaie de m’ouvrir un peu à la sous-région pour essayer de trouver de nouvelles opportunités de marchés. Nous essayons aussi d’explorer davantage les pistes avec le secteur privé. Les gens pensent que nous travaillons uniquement avec l’État, alors que la plupart de nos clients sont dans le privé. C’est d’ailleurs pourquoi nous arrivons à tenir, malgré les difficultés économiques.
Peut-on avoir une idée de l’évolution du chiffre d’affaires ?
Le chiffre d’affaires a quand même sensiblement diminué. Vers 2022-2023, on arrivait à faire 6, voire 7 milliards de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, nous tournons autour de trois milliards. En sus des difficultés que j’ai évoquées, nous n’avons plus, depuis deux ans, aucun marché de la CDC. Or, l’AGEROUTE et la CDC représentaient 91 % de ce chiffre d’affaires.
Votre maison mère elle-même ne vous donne pas de marchés depuis deux ans… Comment est-ce possible ?
Je préfère ne pas m’épancher sur cette question. Ce sont peut-être des problèmes politiques, mais voilà. Depuis deux ans, nous n’avons exécuté aucun marché de la CDC.
Pouvez-vous revenir sur les perspectives de l’entreprise ?
Aujourd’hui, nous avons toujours nos ambitions. Notre rêve est de devenir un cabinet-conseil incontournable au Sénégal et dans la sous-région. On vise toujours à être le bras technique, le tiers de confiance de l’État, des collectivités et des particuliers. Nous maintenons le cap ; nous redoublons d’efforts pour gagner davantage de marchés. Et franchement, on gagne des marchés ; cela se passe bien pour l’essentiel. Il y a aussi notre laboratoire, qui est bien positionné dans la sous-région, avec notamment les essais sur les matériaux…
Nous essayons aussi de garantir que chaque franc du contribuable dépensé dans une infrastructure respecte les normes de qualité requises, ainsi que les coûts et les délais. Et c’est notre sacerdoce. Nous sommes intransigeants sur ce plan, ce qui nous a valu parfois de perdre des parts de marché, mais ce n’est pas un problème.
Parlez-nous un peu de votre engagement politique… Pastef est-il votre première formation politique ?
J’ai toujours été apolitique. Avec l’avènement d’Ousmane Sonko, j’ai commencé à suivre la politique au Sénégal, sans pour autant m’impliquer, parce qu’à l’époque j’étais encore à l’étranger. J’ai commencé à analyser, à observer et je critiquais beaucoup le régime d’alors. Vers 2018, j’ai commencé à m’intéresser à Pastef, pas forcément à la personne d’Ousmane Sonko, mais à l’idéologie de Pastef. Je me suis rendu compte de nos convergences de vue sur plusieurs points. C’est comme ça que j’ai commencé à me rapprocher du parti sans m’engager totalement.
Le déclic, c’était vers 2020, après une discussion avec un ami de l’APR. Il m’a reproché de ne pas m’engager politiquement, laissant ainsi de la place aux médiocres. Je me suis dit qu’il avait parfaitement raison : on doit pouvoir faire de la politique, mais autrement. C’est ainsi que j’ai commencé à m’engager.
Est-ce que vous vous identifiez toujours à cette idéologie de Pastef ?
Comme je l’ai dit, j’étais tombé sous le charme du discours, un discours qui collait parfaitement avec mes convictions. Malheureusement, je me rends compte que beaucoup d’entre nous n’y croyaient pas du tout et que le pouvoir a dévoilé leurs vrais visages. Comme je le dis : certains battent campagne en poésie, mais gouvernent en prose…
Moi, j’ai vu des pratiques qui m’ont beaucoup déçu depuis que nous sommes arrivés au pouvoir. Je n’aurais jamais cru que certains d’entre nous seraient capables de s’adonner à certaines pratiques qui ne diffèrent en rien de celles du régime de Macky Sall. C’est cela, la réalité. On se rend compte qu’il y a des opportunistes dans tous les groupes. Entre les dires et les actes, il y a souvent un écart énorme.
Aujourd’hui, de quel camp vous situez-vous entre Pastef et Kiiraay ?
Je l’assume avec responsabilité. Moi, je suis loyal au président de la République, parce que c’est lui qui m’a nommé. Cela n’a rien à voir avec une volonté de conservation d’un quelconque privilège. Même si l’on me disait qu’il allait quitter demain le pouvoir, je le soutiendrais jusqu’à la dernière minute. Comme je vous l’ai expliqué, nous ne faisons pas de politique pour des privilèges. L’engagement politique, pour nous, c’était une responsabilité morale, un devoir citoyen.
Comme j’ai l’habitude de le dire à mes collaborateurs et à mes amis, le poste que j’occupe m’a appauvri. Ceux qui me connaissent le savent très bien. Je ne serais donc pas là à m’agripper à des postes ou à faire des compromissions. Nous accompagnons le président par devoir républicain, parce que nous sommes convaincus qu’il a de l’ambition pour ce pays, que c’est quelqu’un qui aime profondément ce pays, qui met le Sénégal au-dessus de ses propres intérêts, qui tient à la paix et à la concorde nationale. C’est quelqu’un qui connaît le sens de la responsabilité et le sens de la République. Il n’acceptera jamais qu’on détruise ce pays. Je suis avec lui parce que nous partageons toutes ces valeurs.
Qu’est-ce que ça vous fait quand vous voyez certains le traiter de traître ?
C’est totalement faux. La vérité est que c’est le président qui a été trahi. Quand les gens me disent qu’il a trahi, je leur demande simplement sur quoi ils se basent pour dire qu’il a trahi. Sur quoi ? Certains n’ont aucune réponse ; d’autres évoquent les dires d’un homme. Comment peut-on arbitrer sur la base d’une seule version ? Ce n’est pas juste.
Le président de la République a tout fait pour élire un homme pendant plusieurs années ; il lui a été très loyal, quitte à faire des choses contraires à ses propres principes. Il l’a fait pendant dix ans. Lui, au bout de deux ans, certains l’ont lâché, certains lui ont toujours refusé son autorité. C’est pourquoi je dis que c’est le président qui a été trahi. Il faut qu’on arrête de dire qu’il a trahi, ce n’est pas vrai. Maintenant, nous sommes en politique, chaque camp défend les intérêts de son propre camp.
CACO, que vous dirigez, est une filiale de la CDC dirigée par Fadilou Keïta, fidèle d’Ousmane Sonko. Est-ce que ce conflit n’impacte pas le fonctionnement de la boîte ?
Malheureusement, oui. Il y en a qui pensent que, quand on est en politique, il faut se combattre. Moi, j’estime qu’on devrait pouvoir travailler en parfaite intelligence, dans l’intérêt exclusif de la Nation. J’ai subi beaucoup d’épreuves ; on a essayé de nous étouffer, de nous étrangler, mais on reste résilients et debout. Toujours droits dans nos bottes. La meilleure réponse qu’on peut d’ailleurs apporter aux détracteurs, c’est de travailler pour avoir de bons résultats. C’est ma philosophie.
On a l’impression que ça ne va pas du tout entre vous et votre patron, Fadilou Keïta ?
Non, il n’est pas forcément mon patron, contrairement à ce que beaucoup pensent. On est une société anonyme avec son propre conseil d’administration. Si on a un patron, c’est le conseil, bien qu’on soit une filiale. C’est juste le gentleman’sagreement qui faisait qu’on agissait comme s’il était notre patron. Quand les problèmes ont démarré, j’ai mis un terme à certains compromis qui ne reposaient pas forcément sur la réalité. Je ne répondais plus à certains types de requêtes ou d’injonctions. Je ne suis pas dans un lien de subordination.
La date des élections n’est toujours pas fixée par le président. Kiiraay a-t-il peur de Pastef ?
Non, pas du tout. Nous ne pouvons pas avoir peur. Ce qui se passe, à mon avis, c’est simplement que nous avons des citoyens beaucoup plus exigeants, et c’est une excellente chose. Mais il faut respecter les prérogatives de chacun. La convocation du collège électoral relève du domaine de l’exécutif. Et celui-ci le fera à bonne date. Le temps des agitations politiques n’est pas celui des institutions.
Avez-vous des ambitions pour les élections locales ?
Quand on est dans la politique, on a forcément des ambitions. Mais moi, aujourd’hui, je reste concentré sur mes missions à CACO, tout en restant à la disposition de ma localité. Le moment venu, si les camarades ou la population me le demandent, j’en prendrai acte et je répondrai avec responsabilité à cette demande. Mais, à ce stade, je ne peux pas dire si je participerai aux élections locales ou non.
Par Ablaye Touré et Mor Amar






