Publié le 21 Apr 2026 - 16:13
PAIX ET SÉCURITÉ

Le forum de Dakar ressuscité

 

Après une pause de deux ans, le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité a tenu, hier, sa dixième édition à Diamniadio, en présence de plusieurs personnalités, dont les présidents mauritanien et sierra-léonais. Les participants ont, pour l’essentiel, prôné le passage des discours à l’acte.

 

Diomaye reprend Macky Sall. Après une pause de deux ans, c’est le retour du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité, dont la dixième édition s’est tenue hier à Diamniadio. La cérémonie d’ouverture a été rehaussée par la présence de deux chefs d’État africains : celui de la Mauritanie, Mohamed Ould Ghazouani, et son homologue sierra-léonais, Julius Maada Bio. Devant ses homologues, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, est largement revenu sur sa vision de la paix et de la sécurité en Afrique et dans le monde. Pour lui, la paix et la sécurité sont indissociables du développement. “De même que la stabilité est indispensable pour favoriser l’éducation, la santé, la croissance économique et les investissements, le développement constitue le moyen par excellence de réduire la pauvreté et les inégalités, qui sont des sources potentielles de conflits”, a-t-il déclaré.

À ce titre, explique le président Faye, il est fondamental que, parallèlement aux réponses militaires, des programmes de développement soient mis en œuvre dans la lutte contre l’insécurité et l’instabilité. “Unis, affirme-t-il, s’adressant à ses homologues africains, nous serons plus forts pour passer d’une posture de vulnérabilité à celle de puissance économique. C’est pourquoi la centralité de l’intégration africaine doit être au cœur de nos politiques. Notre engagement doit être renforcé tant dans la conception que dans la mise en œuvre des politiques communautaires”. Pour y parvenir, Diomaye a décliné sa feuille de route avec différentes propositions concrètes. La première est la consolidation des mécanismes de prévention, d’alerte précoce et de rétablissement de la paix sur le continent. La deuxième est relative à l’opérationnalisation des différentes forces en attente, au niveau régional et continental. “Ces entités doivent agir en complémentarité avec les forces onusiennes, avec des mandats clairement définis, des financements plus stables, plus prévisibles et davantage maîtrisés par les États africains eux-mêmes”, a-t-il précisé.

La feuille de route de Diomaye

La troisième proposition de la feuille de route du président est le renforcement de la coopération et de la solidarité régionale afin de contrer l’expansion du terrorisme vers les États côtiers. Diomaye précise, dans le même sillage, la mise en place d’une industrie de défense à l’échelle continentale pour un meilleur approvisionnement en équipements militaires. La quatrième proposition porte sur “une meilleure valorisation du dividende démographique que constitue la jeunesse, à travers des investissements dans l’éducation et la formation, y compris dans le numérique, afin de favoriser l’emploi. C’est également un moyen efficace de lutter contre l’endoctrinement et la radicalisation”. Les deux dernières propositions portent respectivement sur le renforcement de la gouvernance des ressources énergétiques et minières, mais aussi sur une meilleure intégration du continent, en s’appuyant sur les mécanismes existants comme la Zlecaf et les autres cadres de coordination dans des secteurs clés tels que la santé, l’agriculture et les infrastructures, inscrits dans l’Agenda 2063.

Le chef de l’État a instruit les participants à se pencher sur ces questions existentielles, en vue d’aller vers des réponses concrètes pour le continent. “Je vous encourage donc à les aborder sans tabou, afin de faire de cette 10ᵉ édition du Forum de Dakar celle de la maturité, celle du passage à l’acte, en rendant ce cadre de réflexion plus ouvert sur le monde et plus ancré dans les réalités des populations”, a-t-il déclaré. Cette dixième édition se tient dans un contexte mondial et africain marqué par des crises multiformes. Ce qui renforce la pertinence de cette conférence lancée vers 2015. Relevant la fragilisation des grands consensus mondiaux, le chef de l’État a estimé qu’il est impératif que l’Afrique, qui subit les effets de toutes ces crises, en sus des menaces graves telles que le terrorisme, la désinformation et le changement climatique, engage la réflexion pour trouver des solutions durables.

Solutions régionales : forces et faiblesses

Le président de la République a aussi interrogé le dispositif existant pour adresser ces problèmes complexes. Il a, à cet effet, rappelé que l’Union africaine et les communautés économiques régionales comme la Cedeao ont démontré leur capacité à intervenir par le déploiement de forces de maintien de la paix. Mais ces architectures, selon lui, ont des limites : des mandats parfois flous, des financements incertains, des capacités opérationnelles insuffisantes et surtout une déconnexion trop fréquente entre les décisions prises ailleurs et les réalités vécues sur le terrain. “Il est donc urgent de réorienter nos réponses collectives pour les rendre plus agiles, plus efficaces et plus ancrées dans les besoins réels des populations”, souligne le président de la République. L’Afrique, estime-t-il, ne doit plus se contenter d’être le centre des convoitises des grandes puissances, ni des rivalités énergétiques et minières. Elle ne doit pas non plus rester spectatrice de la recomposition en cours des équilibres mondiaux. Elle doit en être un acteur dynamique et à part entière, a plaidé le chef de l’État, qui a aussi insisté sur la nécessité pour les pays africains de définir eux-mêmes leurs priorités et leur agenda, notamment dans le domaine de la gouvernance des ressources. “Du lithium au cobalt, du pétrole au gaz, de l’uranium à nos ressources halieutiques, toutes ces richesses ne doivent plus alimenter uniquement les industries d’ailleurs. Elles doivent propulser celles du continent, selon la règle : ‘extraire chez nous, transformer chez nous et vendre à un prix juste’. C’est cela le moteur de notre transformation structurelle”, a plaidé le président de la République. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, même avec une pleine souveraineté, aucun pays ni aucun continent ne peut triompher seul face à ces menaces sécuritaires. La réponse ne peut être que collective

Pour des solutions concrètes

Pour cette année, les participants ont insisté sur la nécessité d’aller vers des solutions concrètes, et de ne pas seulement s’arrêter aux constats faits lors des éditions précédentes. Le président de la Sierra Leone a particulièrement insisté sur ce point. “Ce forum doit aller au-delà du diagnostic. Il doit produire des solutions africaines — conçues en Afrique, par des Africains et pour des Africains”, a déclaré le président Maada Bio.

Président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la Cedeao, il est revenu avec force sur la nécessité de renforcer la confiance des populations envers leurs dirigeants. Rappelant son expérience de soldat confronté à la guerre civile, il affirme : “Ce que j’en ai appris est simple : aucune doctrine sécuritaire ne peut fonctionner si la confiance entre l’État et les citoyens est rompue. La restauration de cette confiance est la base de toute paix durable. La bonne gouvernance est une stratégie de sécurité. Des élections transparentes, le respect de l’État de droit et des institutions responsables sont essentiels”, prêche le dirigeant.

Julius Maada Bio a aussi mis sur la table trois propositions fortes pour aller vers des solutions concrètes. La première est de gouverner avec intégrité et renforcer des institutions respectueuses de l’ordre constitutionnel. La deuxième est d’investir dans nos populations, notamment les jeunes et les femmes, qui sont les véritables architectes de la paix. La troisième est de renforcer la solidarité régionale. “Notre unité n’est pas une option, elle est une nécessité pour notre survie”, souligne le président en exercice de la Conférence des chefs d’État. Julius Maada Bio a aussi insisté sur la nécessité d’accorder une attention particulière au renforcement des communautés frontalières par des opportunités concrètes.

Le président Ghazouani a abondé dans le même sens en insistant sur l’impératif d’aller vers des solutions. Pour lui, face à cette instabilité endémique qui compromet toute possibilité de développement, une réponse exclusivement sécuritaire ne saurait suffire. Il faudrait une approche plus globale. “À cet égard, plusieurs axes d’action apparaissent essentiels : améliorer la gouvernance politique, économique et sociale ; apaiser la vie politique par le dialogue et le consensus ; renforcer l’État de droit ; consolider des systèmes démocratiques capables d’assurer une alternance pacifique ; garantir un accès équitable à des conditions de vie dignes, indispensables pour prévenir les inégalités, les fragilités et les risques d’instabilité ; et investir résolument dans la jeunesse à travers l’éducation, la formation et l’emploi.”

Le président mauritanien est aussi revenu sur la nécessité de mutualiser les réponses et de renforcer l’intégration pour juguler le fléau. “Il est impératif de consolider les mécanismes de coordination continentale, notamment à travers l’Union africaine, en modernisant ses instruments juridiques, en renforçant son architecture de paix et de sécurité, et en optimisant des dispositifs tels que le système continental d’alerte rapide ou la Force africaine en attente. Toutefois, si la stabilité constitue un socle indispensable, elle ne saurait être durable sans un second pilier fondamental : l’intégration africaine”, a-t-il précisé.

MOR AMAR

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