Le mirage russe

De la Méditerranée au front ukrainien, des milliers de jeunes africains défient la mort dans l’espoir de fuir la pauvreté sur le continent, en s’engageant dans une guerre où ils sont le plus souvent utilisés comme de la chair à canon.
Donetsk, avril 2025, le Sénégal découvre un homme noir capturé au front par l’armée ukrainienne. Il s’appelle Malick Diop ; il a 26 ans ; il vient de Keur Mandoumbé dans le département de Koungheul (région de Kaffrine, centre du Sénégal). Visiblement fatigué et à bout de force, il revenait dans une vidéo rendue virale par ses geôliers, sur les raisons de son engagement dans l’armée russe. Son objectif, disait-il, était de gagner de l’argent, afin de quitter la Russie pour l’Europe. Au moment de ce témoignage, il ne voyait que sa libération.
Plus d’un an après, le discours est tout autre. Malick que nous avons interrogé le 15 mai 2026, au détour d’une visite à Kyiv (Kiev), ne veut plus entendre parler d’un retour au Sénégal. L’air bien en forme, beaucoup plus serein qu’au moment de sa capture, il déclare sur un ton qui ne laisse place à aucune équivoque : “Je préfère mourir plutôt que de retourner au Sénégal...”
Alors qu’on s’attendait à une amende honorable, un plaidoyer pour sa libération en vue de regagner sa famille qui vit un calvaire depuis plusieurs mois, on a eu droit à un récit renversant, tranchant d’avec la représentation qui est souvent faite du jeune africain innocent enrôlé de force dans l’armée russe. Regard figé, le ton déterminé, il persiste et signe : “… Je suis un prisonnier de guerre russe, je demande juste à ce que mes droits en tant que prisonnier de guerre soient respectés. Il faut arrêter de nous traiter comme des mercenaires. Nous ne sommes pas des mercenaires.”
Comme des milliers d’Africains, Asiatiques et ressortissants d’Amérique latine, Malick, présenté comme un brillant étudiant, avait rejoint la Russie pour des études en Droit. Il s’est retrouvé dans les geôles ukrainiennes suite à son enrôlement dans l’armée russe, suivi de son envoi au front. Pourquoi son refus catégorique de retourner au Sénégal ? Le bonhomme explique : “Je ne peux rien demander au Sénégal, parce que j’ai choisi de m’engager pour l’Armée russe. À la limite, j’ai trahi le Sénégal. Parce qu’il m’a donné la bourse d’étude pour la Russie. Et une fois en Russie, j’ai choisi de défendre un autre pays.”
Son cas est loin d’être isolé. Dans la salle, il y avait avec lui un Togolais et un Congolais (Congo Brazzaville) tout aussi déterminés à purger leurs peines et à retourner dans leur pays adoptif (la Russie). En apparence, ils semblent agir en parfaite conscience, sans aucune contrainte. À l’exception peut-être d’un Marocain qui, lui, avait le regard noir, perdu dans le vide comme s’il cherchait une aide qu’il avait du mal à trouver dans cette audience ; lui n’avait aucune envie de parler de sa situation. Il est resté aphone tout au long de l’entretien réalisé par visioconférence avec la facilitation du Centre ukrainien de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre.
Ce qui fait courir les jeunes
Pour en savoir davantage, nous avons rencontré à Kyiv des organisations de défense des droits de l’homme qui travaillent sur le sujet. Pour elles, la question est bien plus complexe. En vérité, confient plusieurs sources ukrainiennes dont l’organisation Truth Hounds qui a mené une enquête sur le sujet avec la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ces jeunes seraient victimes de “faux espoirs” qu’on leur fait miroiter. Ils pensent que s’ils retournent en Russie, ils pourront retrouver leurs avantages : salaires bloqués, indemnités juteuses, nationalités promises, bref la belle vie à Moscou après de bons et loyaux services…
“En sus de leurs salaires qui seraient bloqués dans des comptes, on leur a promis des passeports russes pour eux, mais aussi des papiers pour des membres de leurs familles. Ce qui fait qu’ils ne veulent pas rentrer dans leurs pays d’origine au risque de perdre tous ces avantages”, confirme un représentant du Centre de coordination pour les prisonniers, convaincu qu’une fois en Russie, ces jeunes sont renvoyés au front.
Interpellé sur ce risque, le père de Malick, Sette Diop, dit espérer que ce ne sera pas le cas pour son fils, mais il a de sérieuses inquiétudes. En effet, il a été informé du cas d’un ressortissant de Kaffrine (même région que Malick), engagé avant son fils et qui aurait subi ce triste sort. “Après sa guérison (le ressortissant de Kaffrine), il est retourné en Russie et a été immédiatement renvoyé au front où il a été tué, même pas une semaine après son retour”, témoigne Monsieur Diop, confortant ainsi la version livrée par plusieurs sources.
Nous avons essayé d’entrer en contact avec cette famille pour en savoir davantage sur ce cas, mais n’avons pu obtenir ses coordonnées.
La grosse arnaque
Dans cette affaire, tout semble être un mirage : le salaire, la nationalité, les avantages, entre autres promesses incitatives. En ce qui concerne l’octroi de la nationalité, c’est généralement assorti d’un délai d’un an. Pour le salaire, les jeunes envoyés au front ne peuvent immédiatement en profiter. Et ils ont peu de chance d’en voir la couleur, puisqu’une bonne partie n’en sortent pas vivants, car utilisés comme de la chair à canon…
“Sur le papier, ils ont effectivement signé un bon salaire. Mais une fois au front, ils n’ont pas accès à leurs comptes pour vérifier. Du coup, beaucoup ne savent pas s’ils ont reçu des virements ou pas. Et ils ont de grande chance de mourir au front parce que c’est eux qu’on envoie en première ligne alors qu’ils ne sont pas des militaires”, expliquent les experts de l’organisation ukrainienne Truth Hounds.
Dans le cas de Malick, il avait signé un contrat de 6 mois renouvelable. Cela fait plus d’un an qu’il croupit en prison dans une ville ukrainienne, loin du front. Son père est revenu sur les promesses qui lui ont été faites et qui l’ont poussé à s’engager : “On lui avait dit que pour les 6 premiers mois, il ne peut avoir la nationalité. Après renouvellement, il pourra avoir la nationalité, avoir des papiers pour son père et sa mère, et choisir trois autres personnes dans la famille à qui on donnerait des papiers.” Pour la rémunération, Malick s’attendait à 5 millions FCFA par mois, assorti d’un montant de 5 millions à verser dès la signature.
Sur 28 394 étrangers, 2 982 sont des Africains
Globalement, la Russie recrute chez les étudiants, les migrants étrangers sur place et enfin à travers des campagnes de recrutement sur les réseaux sociaux. Loin de certaines représentations, l’Afrique n’est pas le seul continent concerné. Sur un total de 28 394 étrangers recensés, 2 982 sont des Africains. Plus de 5 100 ont été tués, dont 486 Africains. Ces chiffres ne tiennent compte que de ceux qui ont été formellement identifiés, avec leurs noms, prénoms, nationalités et autres données à caractère personnel. Les chiffres réels peuvent donc être bien plus importants.
Pour les Sénégalais enrôlés dans l’armée russe, on a noté environ 19, des gens qui sont formellement identifiés. 06 auraient déjà été tués, 01 (Malick Diop) en prison. Des sources contactées par EnQuête confient que les chiffres sont beaucoup plus importants. Les autorités auraient été saisies de cette tendance des jeunes Sénégalais, y compris chez les étudiants, à rejoindre l’armée russe. Mais jusque-là aucune réaction. “On sait qu’il y en a beaucoup, mais il est difficile de donner des chiffres exacts. Ceux qui s'engagent le font volontairement. Le ministère des armées n'a jamais contacté les autorités sénégalaises pour les informer”, confie une source basée en Russie.
Sur le mode de recrutement, il informe que les affiches sont sur les murs et un peu partout. “Les jeunes Africains intéressés s'engagent librement. On les considère ici comme des mercenaires”, explique notre interlocuteur.
Le silence coupable des autorités
Interpellé, l’ambassadeur du Sénégal en Russie, Sylvain Sambou, a refusé tout commentaire. “Nous ne pouvons communiquer sur ce dossier. Vous pouvez introduire une demande officielle au niveau du ministère des Affaires étrangères ou du secrétariat d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur (l’entretien a eu lieu avant le changement de gouvernement qui a supprimé ce poste), pour qu’on puisse parler de manière officielle”, s’est-il excusé. Concernant Malick Diop, il a soutenu que son cas est suivi par la représentation du Sénégal à Varsovie.
Selon plusieurs sources, les jeunes africains qui s’engagent ne savent pas toujours qu’ils seraient envoyés au front. On leur dit que c’est pour des travaux civils, mais une fois sur le terrain on les jette au front et en première ligne. D’autres en revanche se retrouvent du jour au lendemain dans la gueule du loup. L’ONG Truth Hounds et la FIDH donnent en exemple un étudiant marocain parti pour faire ses études en médecine. Arrêté pour des motifs purement administratifs, il a été contraint de choisir entre la prison et l’engagement rémunéré dans l’armée. Son seul tort, c’est d’avoir changé d’appartement, sans aviser les services compétents, conformément à la législation. “Une fois arrêté pour ce motif purement administratif, on lui propose soit de signer un contrat d’engagement dans l’armée soit de rester en prison”, renseignent les experts qui l’ont interviewé en prison.
En ce qui le concerne, Malick Diop n’a pas été contraint selon son propre témoignage. Il avait signé un contrat en bonne et due forme qui prévoyait son envoi en Ukraine. Son père a apporté toutefois quelques précisions. Malick, selon lui, était un peu perturbé et envisageait même de quitter la Russie pour l’Europe. “Il avait obtenu une bourse pour l’Italie. Il lui fallait revenir au Sénégal pour les formalités du visa, mais il n’avait pas l’argent pour financer son voyage. Quand il en a parlé à une connaissance russe, ce dernier lui a conseillé l’opportunité avec l’armée. C’est comme ça qu’il a accepté de signer le contrat”, a expliqué Monsieur Sette Diop, non sans préciser que l’ami russe de Malick avait promis d’appuyer pour que son fils soit affecté dans les hôpitaux ou en tant que cuisinier.
Le point commun de tous ces jeunes, c’est d’être dans une situation de vulnérabilité, loin de leurs proches pour la plupart. Pour les inciter à s’engager, la Russie ne lésine pas sur les moyens. Elle leur promet parfois des bonus pouvant aller jusqu’à 3 millions de roubles selon leurs régions d’origine et leurs profils, soit 35 000 euros (plus de 22 millions FCFA), soutiennent plusieurs sources.
Interpellé sur ses motivations, le Congolais -codétenu de Malick- impute toute la responsabilité aux dirigeants africains et à leurs “complices” occidentaux. “Si nous en sommes là, c’est à cause des Européens qui pillent le continent. Des jeunes Africains meurent tous les jours en mer pour fuir la misère. Nous ne comptons pas retourner dans nos pays pour être confrontés à cette même situation”, fulmine-t-il enragé, précisant qu’il a une femme et une famille russe et qu’il a choisi la Russie en toute connaissance de cause.
“Dites plutôt aux gouvernants et à leurs complices occidentaux de changer de politique, parce que personne ne veut mourir dans la misère”, renchérit-il sur un ton beaucoup plus politique.
Les familles laissées en rade
Alors que les jeunes prisonniers semblent avoir hâte de retourner dans leur pays adoptif pour une raison ou une autre, la Russie, elle, ne semble pas du tout pressée de vouloir les récupérer. Depuis le début de la guerre, il y a eu au moins 75 échanges de prisonniers pour un nombre total de prisonniers échangés avoisinant les 19 000. Jusque-là, aucun prisonnier africain n’a fait partie des échanges. Comme si ces derniers n’intéressent que leurs familles. Même leurs États d’origine, pour ceux qui sont en prison en Ukraine, ne font absolument rien pour leur libération, ont confié plusieurs sources en Ukraine.
Dans le cadre de cette enquête, nous avons enregistré au moins 29 Africains dans les prisons ukrainiennes. Selon le Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, ces Africains ne sont pas traités comme des mercenaires, mais comme des prisonniers de guerre. En tant que tels, les seules voies pour les libérer c’est soit une demande du pays pour lequel ils combattaient, soit la fin de la guerre.
L’autre option qui ne semble pas être écartée par les défenseurs des droits humains, c’est la voie diplomatique dans le cas où les pays d’origine en font la demande. La difficulté avec Malick c’est que lui-même ne veut pas que le Sénégal s’implique. “Si la personne concernée dit qu’il ne veut pas que son pays d’origine intervienne, celui-ci n’a pas d’instrument pour influencer d’après le droit humanitaire international. Mais ici, on sait que la plupart des prisonniers se sont engagés sous contrainte et ils courent des risques s’ils retournent en Russie. Il faut donc des solutions au cas par cas”, explique un des experts de Truth Hounds.
Par ailleurs, il est reproché à la Russie de ne pas assister les familles. Le père de Malick Diop confirme tout en précisant qu’il ne s’est jamais rapproché de la Russie pour demander quoi que ce soit. “J’ai jusque-là tout confié à l’État du Sénégal. Je crois que c’est l’État qui doit parler à la Russie et à l’Ukraine s’il le faut, pour que Malick soit libéré. Nous leur avons confié le dossier depuis le début, mais je dois dire que ça n’a pas beaucoup évolué. Nous sommes juste rassurés qu’il se porte bien en prison”, a-t-il insisté.
Il n’y a pas longtemps, les services du ministère sénégalais des Affaires étrangères l’ont toutefois contacté et lui ont conseillé d’introduire une demande de soutien, pour bénéficier de l’appui de la Russie, en tant que ayant droit. Cela fait 5 mois que Sette Diop (le père de Malick) a déposé son dossier, mais aucune avancée notoire n’a été enregistrée. “Il y a un mois, l’ambassade du Sénégal à Moscou m’a contacté pour me dire que les dossiers sont complets mais qu’il y a un souci avec la banque à cause des sanctions contre la Russie. Ils m’ont suggéré de trouver une personne de confiance basée en Russie, qui pourrait aider à recevoir l’appui”, rapporte-t-il, espérant que les choses vont se décanter.
Selon les derniers chiffres produits par le Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, le Kenya, l’Egypte, le Cameroun et le Ghana figurent parmi les pays les plus représentés dans l’armée russe avec respectivement 772, 420, 387 et 337 combattants.
De tous ces pays, le Kenya est un des rares à prendre très au sérieux la question. Le pays a eu à entreprendre des démarches pour sommer la Russie d’arrêter les recrutements de ses citoyens pour aller se battre dans cette guerre lointaine. Il a aussi livré des chiffres sur le nombre de Kenyans engagés dans ce conflit. Selon les services de renseignement du pays, il y aurait au moins 1 000 ressortissants kenyans dans les rangs de l’armée russe.
Pour la sous-région ouest africaine, outre le Ghana, on note pour le Nigeria 215 combattants, environ 73 pour le Mali, 60 pour la Gambie, 27 pour le Niger, 19 pour le Sénégal, entre autres. Des individus recensés par les autorités ukrainiennes et organisations de de défenses de droits de l’homme européenne, qui sont très en deçà de la réalité.
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Mystère sur des recrutements ukrainiens
Si l’engagement des jeunes africains aux côtés de l’armée russe est assez bien documenté, il y a peu d’éléments probants sur leur enrôlement dans l’armée ukrainienne. EnQuête a essayé de chercher si dans les prisons russes, il y a des prisonniers de guerre ukrainiens d’origine africaine. Les questions envoyées à l’ambassade de la Russie au Sénégal dans ce sens sont restées sans réponses.
Pour le Président du Mouvement international russophile, Souleye Anta Ndiaye, il n’y a aucun doute que l’Ukraine recourt également aux mercenaires : “Aussi bien la Russie que l’Ukraine recrutent des mercenaires. Personnellement, j’ai rencontré à Moscou même un jeune nigérian qui voulait rejoindre l’Ukraine, parce que paraît-il ils paient mieux.”
Selon le Russophile, ces jeunes ne sont motivés que par l’argent, ils ne connaissent rien des enjeux de cette guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres du continent. “Ce sont des jeunes à la quête de conditions de vie meilleures. Alors dès qu’une porte s’ouvre, les plus audacieux s’engouffrent dedans”, analyse le spécialiste de la Russie qui invite les États à prendre leurs responsabilités.
“S’il le faut, les États doivent utiliser la force pour empêcher les jeunes d’aller se faire mercenaires dans ces conflits, parce que ça ne produit rien de bon. Ces jeunes vont soit être tués soit être conditionnés quand ils sortent de la guerre. De part et d’autre ils servent de chair à canon, c’est ça la vérité”, soutient Monsieur Souleye Anta Ndiaye.
Du côté de l’Ukraine, on ne nie pas le recrutement d’étrangers dans l’armée, mais cela se fait en toute transparence, à travers une plateforme ouverte à cet effet dénommé la légion internationale pour la défense de l’Ukraine. Selon les sources diplomatiques contactées, ceux qui s’engagent dans cette légion le font de manière volontaire et dans le respect des conditions strictes qui ont été exigées.
“Voilà ce qui nous différencie de la Russie, tout est fait de manière transparente, dans des langues que comprennent ceux qui s’engagent. Et tout ce qui arrive à ces volontaires, nous le communiquons à leurs États”, se défend la source diplomatique, qui peste : “Ce n’est pas comparable avec la Russie qui trompe des innocents en leur faisant croire que c’est pour des activités civiles, qui leur fait signer des contrats qu’ils ne comprennent pas.”
EnQuête a essayé par tous les moyens d’avoir la version de la Russie, à travers sa représentation diplomatique à Dakar, mais sans succès. “Je ferai de mon mieux pour vous recontacter très prochainement”, avait réagi Mme Maria Pomerantseva, le lundi 08 juin 2026. Il nous a finalement été recommandé d’écrire via une adresse accessible sur le site de l’ambassade pour avoir une réponse officielle.
Après avoir passé par cette voie, la réponse suivante nous a été servie : “L’Ambassade souhaite vous informer qu’elle ne se charge pas du recrutement. De plus, aucun visa n’est délivré aux citoyens sénégalais se rendant pour participer à l’opération militaire spéciale. Pour toutes les questions mentionnées dans votre lettre, nous vous prions de bien vouloir vous adresser au Ministère de la Défense de la Fédération de Russie. Nous vous remercions de votre compréhension.”
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Malick Diop : de Kounghueul à Donetsk Né en 2000 à Keur Mandoumbé, dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine centre du Sénégal), Malick Diop a fait tout son cursus scolaire à Kounghueul. Après le baccalauréat, il est orienté à l’université de Bambeye au département de Droit. En 2023, il réussit à décrocher une bourse grâce à la coopération russe. Destination : la Russie pour un projet d’études en Relations internationales. Il était plutôt bien parti avec de bonnes notes en première année et pour le 1er semestre de la 2e année, avant de connaître quelques perturbations. Si l’on en croit son père, Malick avait quelques difficultés et envisageait même de quitter la Russie pour l’Europe. Il avait réussi à décrocher une bourse pour l’Italie et devait revenir au Sénégal pour les formalités du visa. “N’ayant pas l’argent pour financer son voyage, il en a parlé à une connaissance russe qui lui a parlé de cette opportunité avec l’armée”, rapporte Monsieur Diop, qui se rappelle les conditions dans lesquelles il a été informé par son fils : “Un jour, il m’a appelé pour me dire qu’il s’est engagé dans l’armée. J’étais surpris, mais il m’a dit que c’était déjà fait et il ne pouvait plus revenir en arrière. Plus tard, environ 20 jours après, il m’a informé que sa formation est terminée et qu’il doit aller en Ukraine, mais que c’est pour servir dans les hôpitaux ou comme cuisinier.” En mars 2025, en plein ramadan, le combattant a rappelé son père pour lui signaler son injoignabilité à partir de cet instant. “Vous ne pourrez pas me joindre, parce que les chefs récupèrent nos téléphones. Mais je pourrais vous joindre à chaque fois que de besoin. Ne vous inquiétez surtout pas et priez pour moi”, avait-il confié à son père. Tout porte à croire qu’il était déjà pris par l’armée ukrainienne, après quelques jours seulement sur le front. Aujourd’hui, de nombreux étudiants et sénégalais se trouvent dans la même situation, mais toutes nos tentatives de faire réagir l’État ou les représentants des Sénégalais en Russie sont restées infructueuses. Nos colonnes restent ouvertes pour toutes les parties et acteurs concernés. |
Mor Amar







