Publié le 29 Apr 2026 - 18:08

Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)

 

« Ainsi va la vie », dit l’adage. Mais certaines vies, par leur densité, leur exigence intellectuelle et leur humilité, laissent une empreinte qui refuse de s’effacer.

J’ai connu Mame Less Camara alors qu’il était étudiant en philosophie, et que j’étais encore élève du primaire. Nous partagions déjà des moments de réflexion et de convivialité, autour du thé, avec son fidèle ami Demba Tandian, qui portait lui-même le nom de son aîné. Très tôt, il m’avait adopté, aux côtés d’Amadou Diop Sylla. Je devais avoir à peine douze (12) ans. Depuis lors, nous ne nous sommes plus quittés.

Après un premier déménagement à la Cité des Enseignants en 1990, puis, trois (3) ans plus tard, à la Cité SCAT Urbam, Mame Less est toujours resté fidèle à nos rendez-vous intellectuels du samedi soir, à partir de 17 heures : tantôt chez Demba, tantôt à l’entrée des « Tool ». Ces causeries étaient autant d’écoles informelles, où la parole libre, la pensée critique et l’écoute mutuelle régnaient en maîtres.

Philosophe de formation, diplômé après une maîtrise, il poursuivit son parcours au CESTI, avant d’entamer une carrière journalistique à Radio Saint-Louis, puis à Dakar, au sein de la Radio Télévision Sénégalaise (RTS). Mais Mame Less n’était pas un journaliste ordinaire : il était avant tout un esprit libre.

Conscient des obligations liées à son statut d’agent du service public, il choisit d’écrire sous pseudonyme. Ainsi naquit « La Chronique d’Abou Sow », publiée chaque vendredi. Cette chronique devint rapidement un rendez-vous incontournable, attendue avec ferveur par les intellectuels et les hommes de culture du pays. Elle parut d’abord dans Walf Fadjri (format magazine), puis dans WALF au format tabloïd.

Longtemps, le secret sur l’identité véritable de son auteur fut jalousement gardé. Un jour pourtant, le Président Abdou Diouf ne put s’empêcher de confier à Mame Less toute son admiration pour… Abou Sow, sans encore lever complètement le voile.

Le Président Abdoulaye Wade, lui aussi, tomba sous le charme intellectuel de ce journaliste brillant, iconoclaste et profondément humble. En 2000, il dépêcha le Ministre de la Communication, Mamadou Diop Decroix, pour lui proposer le poste de Directeur Général de la RTS. Mame Less déclina l’offre. Plus tard, il m’en expliqua les raisons, avec cette lucidité tranquille qui le caractérisait.

Malgré une brouille passagère en 2001, l’estime du Président Wade ne se démentit jamais. Il se déplaça personnellement à l’Hôpital Principal pour organiser et prendre intégralement en charge son évacuation sanitaire, y compris l’accompagnement de son épouse, Kinè, dans un geste de grande humanité.

Par la suite, Mame Less choisit le recul, la transmission et l’encadrement discret. Il accompagna la création de nombreux groupes de presse (Le Matin, Envi FM, RFM, entre autres). Avec Demba Tandian, nous l’exhortions souvent à créer un groupe de presse à la hauteur de son talent et de son rang. Il s’y est toujours refusé.

Pourquoi ? Sans doute parce que Mame Less n’aimait ni l’argent, ni la lumière. Il préférait l’essentiel à l’accessoire. Simple, profondément humain, pédagogue par nature, il est demeuré fidèle à son premier amour : la sagesse.

Comme le rappelaient les Anciens, « philosopher, c’est apprendre à vivre ». Mame Less, lui, nous a surtout appris à penser, à douter avec élégance, et à rester modestes face au Savoir.

Un grand Monsieur s’en est allé.

Grand Less, repose en paix.

Momar Talla SOCK
Administrateur Général
SOCOPAO Sénégal 

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