Alerte contre des risques d’inondations

Du 20 au 24 avril, les services météorologiques et hydrologiques du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest, en collaboration avec le centre AGRHYMET, ont été en conclave à Ndjamena, au Tchad. À l'issue de cette rencontre, des recommandations ont été faites concernant les prévisions pluviométriques de cette année.
Elaborer les prévisions des caractéristiques agro-hydro-climatiques de l'hivernage dans la sous-région. L'objectif du conclave qui s’est tenu à Ndjamena, du 20 au 24 avril, et qui a regroupé les services météorologiques et hydrologiques du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest, en collaboration avec le centre AGRHYMET.
Pour le compte du Sénégal, renseigne un communiqué parvenu à EnQuête, l'ANACIM et la DGPRE ont pris part aux travaux. Une mise à jour est annoncée, le 6 mai prochain, pour mieux expliciter les tendances prévues au Sénégal.
Lors du conclave, la question des risques d’inondations a été largement débattue. En effet, les prévisions saisonnières 2026, bien que présageant des caractéristiques globalement favorables dans le Sahel Centre et Est, peuvent, dit-on, avoir des implications négatives dans certaines localités de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.
Dans les zones où il est attendu des cumuls pluviométriques supérieurs aux moyennes, des dates de début de saison normales à précoces, des séquences sèches moyennes à longues et des écoulements supérieurs aux moyennes, il n’est pas exclu, selon les météorologues, d’observer des situations d’excès d'humidité pour les cultures, de ruissellements érosifs et dangereux et de débordement des cours d'eau.
Ces situations, dit-on, pourraient entraîner des risques variés selon les zones, notamment des difficultés de déplacement des personnes et des animaux, ainsi que d’accès aux centres d’intérêt vitaux, économiques et sanitaires, en particulier dans les zones d’insécurité civile.
Elles présagent, de ce fait, des risques importants d’inondations, de submersion des espaces agricoles et espaces fourragers, de pertes en vies animales et humaines, de destruction d’infrastructures (notamment les routes, les réseaux électriques, les marchés, les écoles, les centres de santé, les lieux de culte, les cimetières et les biens matériels).
Ces situations peuvent en outre favoriser la prolifération des germes de maladies hydriques et diarrhéiques, la prolifération de ravageurs de cultures, la grégarisation des criquets pèlerins, des éboulements, l’ensablement des cours d'eau, la prolifération de mauvaises herbes, des pertes post-récoltes, etc.
Dans les zones où il est attendu des cumuls pluviométriques déficitaires, des dates de début de saison tardives et des séquences sèches longues, il faut s’attendre, dit-on, à une répartition inégale des pluies susceptibles de perturber les calendriers culturaux, la croissance des cultures et des plantes fourragères, ainsi que les mouvements de transhumance.
Cette situation, préviennent les experts, pourrait aussi prolonger la période de soudure, exacerber la vulnérabilité des populations et entraîner l’abandon de champs et favoriser le départ des bras valides en exode. Ces zones seraient également exposées à des risques de canicules et de vents chauds pouvant entraîner des retards et des pertes de semis, ainsi que des baisses de rendements agricoles.
Pire, cette situation pourrait exacerber l’inflation, la hausse des prix des denrées alimentaires, la dépréciation des prix des animaux et les situations de crises alimentaires et nutritionnelles.
Ainsi, la conjugaison de ces risques climatiques probables avec l’insécurité civile, la pauvreté des populations et la vulnérabilité des ménages pourrait accroître les tensions sociales, les conflits fonciers, les conflits entre éleveurs et agriculteurs, les conflits autour des infrastructures publiques et favoriser le désœuvrement des populations, le banditisme, les violences.
Renforcer les actions anticipatoires
Pour y faire face, il est recommandé de renforcer les actions anticipatoires, la veille opérationnelle et les capacités d’intervention des agences en charge du suivi des inondations et des aides humanitaires, de sensibiliser les communautés, notamment celles exposées aux risques, afin de réduire les impacts des catastrophes, de renforcer les digues de protection et d'assurer la maintenance des infrastructures routières et des barrages, en mettant l’accent sur une gestion basée sur les prévisions, de curer les caniveaux et d’assainir les agglomérations afin de faciliter l’évacuation des eaux de pluie, de renforcer la collaboration entre les services hydrologiques, météorologiques et ceux de la protection civile, pour une meilleure gestion anticipative des risques d’inondation, et d'éviter le déplacement du cheptel dans les zones à risque d’inondation et de forts ruissellements, sans surveillance adéquate.
Il sera également question de favoriser la culture de plantes adaptées à des situations d’excès d’eau dans le sol, comme le riz pluvial, de veiller à la sécurisation des personnes vulnérables, notamment les enfants, les femmes, les personnes âgées et celles à mobilité limitée, et de renforcer la communication des prévisions saisonnières et leur utilisation par les communautés, en appuyant les efforts de la presse, des plateformes de réduction des risques de catastrophes, des ONG et des Systèmes d’Alertes Précoce (SAP) des pays.
Le corolaire des inondations, ce sont les risques de maladies et d’attaques phytosanitaires, car, les zones humides et celles inondées peuvent favoriser le développement des germes de maladies climato-dépendantes (choléra, malaria, dengue, bilharziose, etc.). Or, les dates de début de saison tardive et les séquences sèches longues attendues, dit-on, pourraient occasionner une persistance de hautes températures, des soulèvements de poussière et la prolifération d’insectes nuisibles et d’autres germes de maladies respiratoires et épidémiques.
C’est pourquoi, il est recommandé de renforcer les capacités des systèmes nationaux de santé et des plateformes nationales de réduction des risques de catastrophes, d’assainir les villes et d’éviter le contact avec les eaux contaminées, de prévenir les maladies en vaccinant les populations et les animaux, de prévenir les épizooties à germes préférant de bonnes conditions humides ou sèches, de renforcer la vigilance contre les ravageurs des cultures comme le criquet pèlerin et la chenille légionnaire d’automne, au vu des conditions humides attendues dans le Sahel Centre et Est, et de renforcer la veille sur la fièvre de la vallée du Rift, au vu du caractère excédentaire des pluies dans le Sahel Centre et Est.
Les experts recommandent aussi de renforcer la diffusion des informations d’alerte sur les maladies à germes climato-sensibles, en collaboration avec les services de météorologie, d’hydrologie et de la santé, des ONGs, des radios communautaires, etc.
Risques de sécheresse
Concernant le risque de sécheresse, dans les zones où il est prévu des séquences sèches longues et des dates de fin de saison précoces pouvant entraîner des déficits hydriques et affecter la croissance et les rendements des cultures et des plantes fourragères, il est recommandé de prévenir la prolifération de la chenille mineuse de l’épi du mil, d'assurer une gestion rationnelle des ressources en eau de surface pour satisfaire les différents usages et prévenir les conflits, de promouvoir le déploiement de techniques climato-intelligentes adaptées à la sécheresse et de stratégies de réduction des risques de baisse de production, notamment : le choix d’espèces ou variétés tolérantes au déficit hydrique, l’irrigation de complément, la grande irrigation, l’utilisation efficiente des conseils agrométéorologiques et le développement d’autres activités génératrices de revenus.
Il est également conseillé de favoriser le transfert des risques pour protéger les producteurs contre les pertes de récoltes, à travers la souscription à des assurances agricoles indicielles, d'assurer une diffusion régulière et à temps opportun des informations météorologiques, climatiques et hydrologiques ainsi que des conseils spécifiques aux utilisateurs et aux décideurs, tout au long de la saison des pluies, et d'interagir avec les services nationaux et régionaux de Météorologie, d’Hydrologie et d'Agriculture pour obtenir des informations spécifiques et des conseils adéquats.
Faire face aux conflits
Concernant les risques de conflits, dans les zones où il est prévu des dates de début de saison tardives, des séquences sèches longues et des dates de fin de saison précoces pouvant entraîner des déficits de production agricole et fourragère, il est recommandé de renforcer les capacités de production à la base, en promouvant l’utilisation de stratégies adéquates d’adaptation, d’augmentation des revenus et de résilience des systèmes agro-sylvopastoraux de production, de créer et entretenir des conditions d’une gestion inclusive, entre autres.
Ceci, dit-on, renforcera le rattachement des populations à leur terroir et diminuera les migrations et départs massifs en exode. Le conclave recommande aussi de développer des infrastructures de base et de promouvoir des actions d’amélioration des moyens d’existence des communautés en vue de sécuriser les travaux agro-pastoraux, notamment dans les zones d’insécurité civile.
Comment mieux tirer profit de la saison des pluies
Les services météorologiques et hydrologiques du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest se sont aussi penchés sur la manière de mieux tirer profit de la saison des pluies, au regard de la configuration globalement hétérogène de la saison en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Ils recommandent aux agriculteurs, éleveurs, gestionnaires des ressources en eau, projets, ONG et aux décideurs politiques de valoriser les situations d’excès d’eau, à travers l’exploitation adéquate des plaines inondables et des eaux de surface, de mettre en place des dispositifs de collecte et de conservation des eaux de pluie pour la continuité des usages agricoles et domestiques en saison sèche.
Ils demandent aussi d’investir davantage dans les cultures à hauts rendements adaptées aux conditions d’humidité et aux dates de démarrage et de fin de saison prévues, notamment dans le Sahel Centre et Est (riz, canne à sucre, tubercules, etc.), de soutenir le déploiement de techniques agrométéorologiques permettant d’augmenter les rendements des cultures et des plantes fourragères, de renforcer les dispositifs d’information, d’encadrement et d’assistance agro-hydrométéorologiques aux producteurs, de renforcer les actions de veille sur le criquet pèlerin, notamment dans les pays de la ligne de front.
Il sera aussi essentiel de faciliter aux producteurs l’accès à des semences améliorées et à des intrants agricoles adaptés à leurs besoins pour une meilleure valorisation de la saison des pluies, de motiver les producteurs et productrices à mieux exploiter les superficies cultivables, notamment les zones à accès difficile, de sécuriser les revenus des producteurs agricoles en promouvant la souscription à des assurances agricoles indicielles, et de renforcer les mécanismes de coordination interministérielle afin de répondre plus efficacement aux impacts liés aux conditions agro-hydro-climatiques.
Il est également recommandé aux utilisateurs des différents secteurs d’être attentifs aux mises à jour de ces prévisions saisonnières qui seront faites par AGRHYMET CCR-AOS et les services météorologiques et hydrologiques nationaux, tout au long de la saison des pluies.
CHEIKH THIAM







