“La valeur d’un trophée repose sur la transparence”

Youssou Doumbia, alias Y.DEE, revient sur l’héritage des Galsen Hip Hop Awards, les défis liés à l’organisation des cérémonies urbaines et les ambitions de la prochaine édition des Galsen Urban Awards.
Dans un paysage culturel sénégalais marqué par la multiplication des cérémonies de distinction, la crédibilité des trophées est devenue une question centrale. Depuis leur lancement en 2015, les Galsen Urban Awards ambitionnent de mettre en lumière les talents de la culture urbaine et de contribuer à la structuration du secteur. Professionnel engagé dans l’organisation de l’événement, Youssou Doumbia, plus connu sous le nom de Y.DEE, défend un processus fondé sur des critères établis, une forte implication du jury et la transparence des votes. Il revient également sur les difficultés financières et logistiques rencontrées par les organisateurs ainsi que sur les innovations envisagées pour la prochaine édition.
Pour Y.DEE, une cérémonie consacrée aux cultures urbaines ne saurait se résumer à une simple remise de trophées. Elle doit valoriser l’excellence, encourager les artistes et créer une dynamique positive au sein du secteur. « Une cérémonie d’Awards urbaine est d’une importance capitale pour la valorisation de l’excellence. Elle stimule la motivation et renforce la cohésion au sein de notre organisation, de notre communauté et de notre secteur artistique », explique-t-il. Les Galsen Urban Awards s’inscrivent, selon lui, dans le prolongement des Galsen Hip Hop Awards, qui ont accompagné l’évolution de la scène hip-hop sénégalaise. Y.DEE revendique ainsi l’influence de cette initiative sur de nombreuses cérémonies apparues par la suite. « J’ose dire que ce sont les Galsen Hip Hop Awards qui ont inspiré 90 % des Awards organisés aujourd’hui », affirme-t-il.
L’organisateur estime surtout que la cérémonie a contribué à mettre en lumière plusieurs artistes devenus incontournables dans le paysage musical sénégalais. Il cite notamment Dip, Elzo Jamdong, OMG, Iss 814, Samba Peuzzi, Gun Mor et BM Jaay, tous lauréats au cours des différentes éditions. « Tous les artistes qui ont soulevé nos trophées de meilleur artiste de l’année occupent aujourd’hui le devant de la scène. Alors, je nous remercie pour cela », lance-t-il avec humour. Au-delà de la reconnaissance symbolique, les Awards peuvent également constituer un levier de développement pour les industries culturelles et créatives. Leur organisation mobilise de nombreux corps de métier : techniciens, décorateurs, communicants, artistes, photographes, vidéastes et professionnels de la production. Elle participe ainsi à la création d’activités, à la professionnalisation des acteurs et au rayonnement de la culture urbaine.
La sélection des nominés et des lauréats reste l’un des aspects les plus sensibles de toute cérémonie de récompenses. Afin d’éviter que les distinctions ne soient perçues comme le résultat de choix arbitraires ou d’intérêts particuliers, les Galsen Urban Awards disent s’appuyer sur des critères définis dès leur première édition.
« Les critères de sélection sont établis depuis 2015. Ils n’ont jamais changé, même si la composition du jury évolue au fil des années », précise Y.DEE. Ces critères varient en fonction des catégories. Le dispositif associe le vote du public à celui du jury. Les suffrages exprimés sur la plateforme officielle comptent pour 30 % du résultat final, contre 70 % pour le jury. Une pondération destinée à concilier la popularité des artistes et l’appréciation de professionnels sur la base de critères prédéfinis. Y.DEE présente ce mécanisme comme l’un des principaux gages de crédibilité de la cérémonie. « Nous avons les votes les plus transparents parmi les cérémonies d’Awards au Sénégal », soutient-il. Les membres du jury participent également à la conférence de presse et peuvent expliquer publiquement le processus de sélection et de désignation des lauréats.
Le financement, un défi permanent
Derrière les projecteurs, les trophées et les prestations artistiques, l’organisation d’une cérémonie de cette envergure exige d’importants moyens financiers et matériels. Pour Y.DEE, la mobilisation des financements constitue aujourd’hui l’une des principales difficultés. « Nous arrivons à peine à sécuriser tout ce dont nous avons besoin, car trouver des financements est devenu un véritable défi », déplore-t-il. Il pointe notamment la difficulté à convaincre certains sponsors de la portée culturelle et économique de ce type d’événement.
La logistique absorbe également une part importante du budget. Scène, éclairage, écrans, sonorisation, décoration et direction artistique nécessitent des investissements conséquents. « La logistique est le poste le plus coûteux : scène, lumière, écrans, direction artistique, décoration… », énumère-t-il. La communication représente un autre enjeu majeur. Une cérémonie peut disposer d’un concept solide, d’un plateau artistique relevé et d’un jury crédible, mais manquer son public si sa stratégie de communication n’est pas suffisamment structurée. À ces contraintes s’ajoutent les contestations des résultats, les éventuels boycotts d’artistes et le manque d’adhésion de certains acteurs du secteur.
Y.DEE porte un regard critique sur certaines pratiques susceptibles d’affaiblir la crédibilité des cérémonies de distinction. Il évoque notamment les initiatives guidées principalement par des intérêts financiers, la recherche de privilèges ou la volonté de satisfaire un cercle restreint de personnalités. La multiplication des prix et des catégories peut également, selon lui, réduire la portée symbolique des récompenses. « La valeur du trophée diminue lorsque les critères de sélection manquent de transparence », prévient-il.
D’autres éléments peuvent nuire à la qualité du spectacle : discours interminables, rythme inadapté, absence de divertissement ou manque de lisibilité dans le processus de sélection. Une cérémonie doit donc trouver le juste équilibre entre reconnaissance, spectacle et crédibilité. Les Galsen Urban Awards affirment avoir fait le choix de limiter les catégories et les prix d’honneur. « Nous avons réduit le nombre de catégories et de distinctions honorifiques. Pourtant, nous proposons la cérémonie la plus complète », avance Y.DEE. Une orientation destinée à préserver la valeur et le prestige de chaque trophée.
Vers une expérience plus immersive
La prochaine édition des Galsen Urban Awards devrait marquer une évolution dans l’expérience proposée au public. Les organisateurs entendent faire du rendez-vous un événement plus immersif, plus rythmé et davantage tourné vers le numérique. « Nous allons transformer notre rituel en une expérience immersive, inspirante et fluide, en misant sur l’émotion, le rythme et le numérique », annonce Y.DEE.
Cette transformation devrait se traduire par une direction artistique plus affirmée, un décor à la hauteur des ambitions de la cérémonie et une logistique pensée pour offrir un véritable spectacle. Les remises de trophées seront davantage alternées avec des performances musicales et artistiques afin de mieux rythmer la soirée.
Une attention particulière devrait également être accordée au choix des invités et des prestations. Y.DEE évoque, par ailleurs, la possible introduction d’un prix surprise destiné à susciter davantage d’émulation. Pour le reste, l’organisateur entretient le suspense : « Ce seront des surprises que nous ne pouvons pas dévoiler pour l’instant. » Dans un environnement où les cérémonies de récompenses cherchent à devenir de véritables rendez-vous médiatiques, les Galsen Urban Awards veulent franchir un nouveau palier : passer d’une simple remise de trophées à une expérience artistique complète.
Une ambition portée par une conviction : la valeur d’une distinction ne se mesure pas seulement au prestige de la soirée, mais surtout à la crédibilité du processus qui conduit à son attribution et à l’impact qu’elle peut avoir sur la carrière du lauréat.
Fatou Ba






