Publié le 19 Mar 2026 - 12:35
PROLONGATION SENEGAL VS MAROC

L'état entre en jeu

 

Quand le Maroc décide de réinventer les règles du jeu, de nouveaux joueurs jusqu'ici inaptes à y prendre part peuvent avoir leur mot à dire. Côté sénégalais, on peut compter sur l'État, de manière générale, pour faire entendre raison au duo Maroc - Confédération Africaine de Football. Alors que le Sénégal célébrait encore le triomphe de ses Lions au Maroc, une onde de choc vient de frapper le pays : la Confédération Africaine de Football (CAF) a annoncé le retrait du titre de champion d’Afrique 2025 au Sénégal pour l'attribuer au Maroc. À Dakar, on ne l'entend pas du tout de cette oreille.

 

Entre la fierté d'une victoire « arrachée » sur le terrain et la colère noire d'un gouvernement qui dénonce une corruption systémique, le football africain plonge dans une crise diplomatique et sportive majeure. Pour se faire respecter, car depuis janvier, de l'eau a coulé sous les ponts, à Dakar, on a enfin haussé le ton. Dès lors, pour le président de l'Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, cette date restera celle d’une démonstration de force et de résilience. Selon lui, ce trophée est bien plus qu’une simple ligne au palmarès : il est le miroir de l’identité sénégalaise.

« Le Sénégal n’a pas seulement gagné un trophée, il a prouvé que la persévérance, la discipline et la solidarité sont plus puissantes que n’importe quelle adversité », affirme-t-il depuis ses plateformes officielles, saluant des joueurs qui ont porté « l’âme d’un peuple debout ». Pour le parlementaire, cette victoire ne souffre d'aucune contestation technique, ayant été acquise avec une « rage de vaincre indomptable ».

Cependant, ce succès est aujourd'hui entaché par le sort des 18 supporters sénégalais toujours détenus au Maroc suite aux incidents de la finale, un dossier que les autorités lient désormais étroitement à la bataille pour l'honneur sportif.

Le « hold-up » administratif dénoncé par le Gouvernement

Le ton a radicalement changé ce 18 mars 2026. Dans un communiqué officiel d'une virulence rare, le Gouvernement du Sénégal, par la voix de sa porte-parole Marie Rose Khady Fatou Faye, exprime sa « vive consternation » face à la décision du jury d’appel de la CAF de réattribuer le titre au Maroc. Dakar ne mâche pas ses mots et fustige une lecture « manifestement erronée du règlement », aboutissant à une décision jugée « grossièrement illégale et profondément injuste ». Pour l'État sénégalais, le verdict de la pelouse est sacré et ne peut être effacé par des manœuvres de bureau.

« Le Sénégal ne saurait tolérer qu’une décision administrative vienne effacer l’engagement, le mérite et l’excellence sportive. » Face à ce qu'il qualifie de « tentative de dépossession injustifiée », l’Etat passe à l'offensive. Le gouvernement exige l’ouverture d’une enquête internationale indépendante pour « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Le pays compte porter l'affaire devant les instances juridictionnelles internationales (notamment le TAS) pour rétablir la « primauté du résultat sportif ».

Pour El Malick Ndiaye, cet épisode doit être l'étincelle d'un changement radical : « Le football africain mérite une révolution. L’Afrique du football ne doit plus subir. Elle doit décider. »

Alors que la tension monte entre Dakar, Casablanca et le Caire (siège de la CAF), une chose est certaine : le Sénégal n'entend pas rendre sa couronne sans livrer un combat juridique aussi féroce que celui mené par ses Lions sur le terrain.

Une image = mille mots

Dans ce combat pour l'honneur surtout, le Sénégal peut compter sur le premier de ses défenseurs : le président de la République lui-même. Ce mercredi, le chef suprême des armées a changé sa photo de profil Facebook. En arrière-plan de celle-ci, on perçoit nettement le trophée sur la bibliothèque, juste à côté du drapeau national.

Le message ne saurait être plus clair à l'endroit de la Confédération Africaine de Football et de la Fédération marocaine de football.

MAMADOU DIOP

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