Publié le 17 Jul 2025 - 21:13
RESTITUTION DES EMPRISES MILITAIRES

La fin d’une époque

 

Entamée depuis le début de l’année, suite à une annonce de la partie sénégalaise, la restitution officielle des emprises militaires occupées par les Éléments français du Sénégal est prévue aujourd’hui à la base de Ouakam. 

 

C’est la fin d’une époque. La présence militaire française au Sénégal sera, à partir d’aujourd’hui, un vieux souvenir. La cérémonie officielle marquant la fin de la restitution des bases des éléments français au Sénégal aura lieu ce jeudi au Camp Geille de Ouakam, sous la présence des plus hautes autorités militaires des deux pays. 

Entamée depuis le début de l’année, la restitution des bases entre ainsi dans sa dernière phase qui ferme définitivement la présence militaire de la France au Sénégal. Déjà au mois de mars, le EFS avaient commencé le processus de libération des emprises militaires occupées au Sénégal. Les premières étaient les quartiers Maréchal et Saint-Exupéry situés à la Baie de Hann. Ont suivi au mois de mai les quartiers Contre-amiral Protêt et en début juillet le très stratégique camp de Rufisque. 

C’est ainsi la fin d’une époque importante dans la collaboration entre les armées française et sénégalaise. Contrairement à une rhétorique bien répandue, cela fait longtemps qu’il n’y a plus d’unités combattantes françaises au Sénégal. En effet, depuis 2011, les deux États ont mis fin à la présence des forces françaises sur le territoire sénégalais, pour les remplacer par la suite avec le niveau dispositif appelé les Éléments français au Cap Vert. 

La nature de la coopération 

Dans le préambule du traité instituant le partenariat en matière de coopération militaire signé le 18 avril à Paris, les deux pays rappellent: “leur commun attachement à la Charte des Nations unies, à leurs engagements internationaux et au principe du règlement pacifique des différends internationaux”; s’engageaient “à inscrire leur coopération dans le cadre du partenariat stratégique Afrique-Union européenne adopté lors du sommet de Lisbonne des 7-9 décembre 2007, afin de construire une paix et une sécurité durables en Afrique et en Europe…” 

Ils manifestaient également leur détermination “à rendre opérationnelle l’architecture africaine de paix et de sécurité sous la conduite de l’Union africaine et à soutenir les mécanismes africains de sécurité collective et de maintien de la paix dans leurs dimensions continentale et régionales”. Dans le même sillage, la France et le Sénégal exprimaient leur souhait “d’approfondir leur coopération en matière militaire, en établissant un partenariat fondé sur les principes de respect mutuel de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale des deux Etats. 

Rappelant  leurs engagements internationaux, les Parties s’engagent ainsi à concourir à une paix et une sécurité durables sur leur territoire ainsi que dans leur environnement régional respectif. “Dans la perspective de la constitution de la force africaine en attente, les Parties peuvent décider d’un commun accord d’associer les contingents nationaux d’autres Etats africains à certaines activités initiées dans le cadre du présent traité, en concertation avec les organisations régionales concernées”, peut-on lire dans le traité. 

Une coopération vitale pour l’interopérabilité des armées 

Mais à en croire les sources, l’ambition était juste de renforcer les formations et les capacités d’interopérabilité entre les deux États. “Vous imaginez qu’on ne peut pas se découvrir sur le théâtre des opérations. Il est bon d’avoir des cadres au sein desquels on peut échanger, s’entrainer, pour l’interopérabilité de nos armées. Ces emprises jouent un rôle important dans ce sens”, confiaient certaines sources à EnQuête. A partir de Dakar, pas mal d’actions de formations étaient organisaient régulièrement entre forces françaises et leurs homologues ouest africains. 

En 2024, le bilan faisait état de 300 actions de formation organisées à Dakar, pour plus de 10 000 ouest africains dont ⅓ sont des militaires sénégalais. S’y ajoute, chaque année, les deux parties organisent un exercice majeur appelé “xarito” (amitié en wolof) avec 500 Sénégalais et 500 Français, avec un état-major conjoint, soutenaient nos interlocuteurs. 

Outre le volet Formation, la coopération concernait également les échanges de vues, d’informations et de renseignements relatifs aux risques et menaces à la sécurité nationale et régionale. “Il faut savoir qu’il n’y avait ni chars, ni blindés, ni unités combattantes pour parler d’interventionnisme”, soulignaient les mêmes sources. Relativement au volet échange de renseignements et d’informations, le traité renvoyait à un autre accord, qui devait venir renforcer le dispositif. 

Cinq emprises à la disposition des Français. 

Dans le cadre de la formation, le Camp Colonel Geille de Ouakam jouait un rôle central. De par sa taille et sa position stratégique au coeur de la capitale, cette emprise a toujours été l’objet de beaucoup de fantasmes et de commentaires. Mais dans les faits, précisaient toujours nos sources, elle abrite l’unité de coopération régionale, quelques logements et un poste de commandement. Elle était ainsi au coeur du dispositif de formation et d’entrainement dans le cadre de la coopération avec les partenaires militaires des pays de l’Afrique de l’ouest et de la Mauritanie.  

S’il y a une emprise à laquelle les Français ont toujours eu un intérêt particulier, c’est le quartier de Rufisque. Cette emprise jouait un rôle important dans les communications militaires françaises pour la façade atlantique. Selon le journal Le monde, la base de Rufisque conserve un grand intérêt pour la partie française. “Elle accueille toujours une station d’émission haute fréquence utile aux communications dans l’atlantique et notamment le golfe de Guinée. Un outil important pour la marine française”, informait le média français. 

La coopération c’est aussi des dizaines d’officiers sortis des plus grandes écoles militaires françaises 

Concernant les quartiers Maréchal et Saint-Exupéry, localisées au niveau de la Baie de Hann, ils se particularisent par leurs hangars. Ils abritaient aussi des logements et autres bâtiments administratifs. Pour le quartier Contre-Amiral Protêt, situé à la base navale au Port de Dakar, il abrite des logements et bureaux pour les marins. Pendant longtemps aussi, il y avait la vedette Protêt connue par les Sénégalais pour avoir été déployée dans des opérations civiles. 

Il faut rappeler qu’en matière militaire, la France a toujours été un partenaire privilégié du Sénégal. Au-delà de la langue que les deux pays ont en commun, plusieurs hauts gradés sénégalais ont été formés dans les plus prestigieuses écoles françaises. Selon les dernières estimations en notre possession, on compte environ 140 anciens élèves formés à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Le Sénégal représente ainsi le 1er contingent de saint-cyriens étrangers en Afrique.

 

Les vœux de Christine Fages 

A l’occasion de la célébration de la fête nationale de la France le 14 juillet, l’ambassadrice Christine Fages est revenue sur l’intérêt que son pays accordé à un nouveau partenariat dans le domaine de la coopération militaire. “Conformément aux orientations établies dès 2022 par le Président Macron, la France va restituer au Sénégal les emprises militaires des Eléments français au Sénégal, dans quatre jours.” Cette reconfiguration, poursuivait-elle, “ouvre la voie à de nouvelles modalités de coopération en matière de défense avec le Sénégal, fondées sur un respect mutuel et un principe de complémentarité garantissant la préservation des intérêts des deux pays”.

En sus, elle a montré une attention particulière à la collaboration en matière de formation. Notamment, “en renforçant l’interopérabilité de nos armées grâce à notre coopération technique, animée par le travail de nos coopérants militaires français et sénégalais.”

 

Par Mor Amar 

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