Publié le 10 Nov 2021 - 21:40
SAINT-LOUIS : GREVE DES BOULANGERS

Biscuits, beignets et ‘’fondé’’ à la table du petit-déjeuner

 

Le mouvement de grève de 72 heures, décrété par la Fédération des boulangers du Sénégal est bien suivi dans la ville de Saint-Louis. De nombreuses boulangeries de la capitale du Nord n’ont pas fonctionné, ceci pour respecter le mot d’ordre du syndicat. Une grève qui a été fortement fustigée par les associations consuméristes et les populations.

 

Beaucoup de chefs de famille de la vieille cité n’ont rien vu venir. C’est une fois sur place, dans les boulangeries ou autres points de vente de pain, qu’ils ont été informés de la grève nationale de trois jours des boulangers. Une mesure qui a été vigoureusement dénoncée par les consommateurs.

Malgré la surprise et les nombreux désagréments de la grève, les mères de famille ont toutefois trouvé d’autres solutions pour combler le manque de pain au petit-déjeuner de la famille. Adji Anta Wade, la cinquantaine bien sonnée, en compagnie de ses deux filles en partance pour l’école, explique s’être bien débrouillée pour le petit-déjeuner familial sans le pain matinal. ‘’On a été pris au dépourvu. Aucune disposition n’a été prise pour acheter du pain, la veille.  Néanmoins, je me suis arrangée pour remplacer le pain par des parquets de biscuits. Mais c’est très difficile pour les enfants qui n’ont pas l’habitude.  Comme on n’a pas ce que l’on veut, on se contente de ce que l’on a.  Je leur ai demandé de s’adapter au biscuit, en attendant la fin de la grève des boulangers’’, a soutenu Mme Wéllé. 

Pour sa voisine assise sur le banc de l’arrêt des bus Tata de Tableau Walo, le pain n’est pas indispensable à la vie des Sénégalais. ‘’Certes, les populations vont ressentir la grève, mais les boulangers seront les plus grands perdants, parce que le pain n’est pas la seule alternative pour le petit-déjeuner. Les populations trouveront toujours un moyen pour pallier le pain au petit-déjeuner. Ce matin, certains parents se sont tournés vers la bouillie de mil, les biscuits et les beignets, etc. Donc, que les boulangers continuent la grève pendant des mois. Ce qui est sûr, les populations n’accepteront pas l’augmentation du prix de la baguette. D’ailleurs, les boulangers n’ont avancé aucun argument convaincant pour la hausse du prix du pain. Tout ce qui les intéresse, c’est d’imposer une baguette de 200 F aux populations fortement impactées par la crise sanitaire’’, a fustigé Isseu Diassé.

Les associations de consuméristes ruent dans les brancards

Des frustrations et des préoccupations que les populations partagent largement avec les consuméristes de la région Nord. Pour   Gamby Diagne de l’association des consuméristes Precos (Prévention des consommateurs de Saint-Louis), l’Etat doit rester fort et ne pas entrer dans le jeu de chantage des boulangers.  ‘’Cette grève ne se justifie pas. Les boulangers veulent profiter de la tension avec les meuniers et tenir en otage les populations. Ce n’est pas normal. Ils ont toujours menacé sans jamais oser franchir le rubicond de la grève.  Maintenant, c’est au tour des autorités d’être très fermes. Aucune hausse du prix de la farine n’a été constatée et les explications données par les services du commerce sont claires et nettes. Alors, que veulent les boulangers ? Le beurre et l’argent du beurre ? C’est impossible !’’, a râlé Gambyl. 

Avant de poursuivre que depuis des mois, les intrants dans la fabrication du pain n’ont connu aucune hausse, mais le prix de la baguette est resté le même.  ‘’Le sac de farine est toujours vendu à moins de 16 000 F CFA, prix conseillé, parce que l’Etat s’est passé des taxes des meuniers. Pourtant, la baguette du pain est toujours maintenue à son prix homologué, au détriment du consommateur. Autant de raisons qui nous poussent à inviter le gouvernement à ne pas céder devant la gourmandise des boulangers et des meuniers. Ils doivent être patriotes. Les temps sont durs ; pourquoi veulent-ils, à chaque fois qu’il y a des difficultés dans le secteur, que les populations payent toutes seules leurs pertes ?’’, s’est indigné le président de la Precos.

Selon le point focal de l'Ascosen à Saint-Louis, le diktat des acteurs de la farine ne peut plus continuer. Pour lui, les autorités du commerce doivent assumer leurs responsabilités, face à cette situation.

Toutefois, le défenseur des consommateurs, interpelle le gouverneur sur la protection des boulangeries non-grévistes. ‘’Que l’Etat garantisse la sécurité aux boulangers qui n’observent pas le mot d’ordre de la fédération, pour le ravitaillement des populations’’, a déclaré Zayir Fall. 

Très remonté contre l’attitude du syndicat des boulangers, le représentant de l'Ascosen invite également les consommateurs à la solidarité et dénonce toute spéculation constatée dans les quartiers.

Ibrahima Bocar SENE (Saint-Louis)

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