Moussa Bocar Thiam visé, le dossier Diouf Sarr en suspens

L’Assemblée nationale a été saisie par le ministère de la Justice pour examiner des projets de résolution visant à traduire devant la Haute Cour de justice deux anciens ministres du régime de Macky Sall : Moussa Bocar Thiam et Abdoulaye Diouf Sarr. Si la commission des lois a validé la procédure concernant l’ex-ministre de la Communication, celle visant l’ancien ministre de la Santé a été suspendue, faute de dossier complet.
Les députés ont été convoqués pour examiner les projets de résolution de mise en accusation des anciens ministres Moussa Bocar Thiam et Abdoulaye Diouf Sarr. La saisine émane du ministère de la Justice et s’inscrit dans le cadre de la politique de reddition des comptes engagée par les autorités actuelles. Ainsi, hier, la commission des lois de l’Assemblée nationale a tenu une séance consacrée à l’étude de ces résolutions. À l’issue des travaux, les membres de la commission ont adopté à l’unanimité la résolution visant Moussa Bocar Thiam, ouvrant ainsi la voie à un examen en séance plénière. En revanche, le dossier concernant Abdoulaye Diouf Sarr n’a pas été examiné. Selon des sources parlementaires relayées par la presse, les pièces transmises ont été jugées incomplètes, empêchant l’ouverture formelle du débat.
L’ancien ministre de la Communication et des Télécommunications est mis en cause dans le cadre de l’aménagement du Parc des technologies numériques (PTN) de Diamniadio, rebaptisé « Sénégal Connect Park ». Des enquêtes menées après de départ du régime de Macky Sall ont fait état d’un marché évalué à plusieurs milliards de francs CFA, dont le paiement aurait été effectué alors que les travaux n’auraient pas été exécutés. Des collaborateurs de l’ex-ministre ont déjà été incarcérés dans le cadre de cette affaire, et le dossier est également examiné par le pool judiciaire financier.
Moussa Bocar Thiam conteste vigoureusement les accusations. Dans une déclaration publiée hier sur sa page Facebook, il affirme être « le seul ministre poursuivi sans rapport de la Cour des comptes, de l’Inspection générale d’État, de la Centif ou de l’Inspection générale des finances » mettant en cause sa gestion. Il estime que les poursuites « n’ont aucune base légale ». L’ancien ministre annonce son retour au Sénégal pour « faire face » à la procédure, se disant confiant quant à l’issue judiciaire. ‘’Comment un ministre peut être poursuivi pour détournement de deniers publics pour des fonds privés reçus par une entreprise privée et pour des travaux de route réceptionnés par les organes concernés? Je prends immédiatement des congés professionnels au sein de mon cabinet international dans le Golfe pour venir au Sénégal faire face à ce régime à l’agonie qui cherche des contre feux face à l’assassinat de l’étudiant Abdoulaye BA, l’incompétence et l’asphyxie économique du peuple.
Ancien Agent judiciaire de l’Etat, avocat aux barreaux de Paris et du Sénégal, il faudra un dossier solide pour me mettre en prison dans une affaire où tous les acteurs sont libres. Vous perdez votre temps’’, nargue-t-il. ‘’Aucun magistrat ne peut décerner un mandat de dépôt à mon encontre. La reconquête du pouvoir est irréversible, sachez que rien ne nous arrêtera, ni ne nous intimidera. Le Fouta sait pourquoi je suis visé. La diaspora a compris vos manigances. Les Sénégalais ne donnent aucun crédit à vos poursuites « bidon »’’, ajoute-t-il.
Le cas d’Abdoulaye Diouf Sarr s’inscrit dans un tout autre contexte. Ministre de la Santé durant la pandémie, il était en fonction au moment de la mise en œuvre du Fonds de riposte et de solidarité contre les effets de la Covid-19 (Force Covid-19), doté d’environ 1 000 milliards de francs CFA. Un rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2022 a relevé des irrégularités et des manquements dans la gestion de ce fonds, notamment des dépenses non justifiées et des entorses aux procédures administratives. Plusieurs anciens responsables ont été visés par des poursuites sur la base de ces conclusions. Cependant, Abdoulaye Diouf Sarr soutient que le rapport « ne lui impute aucune infraction financière ». Dans une réaction rendue publique le 19 février dernier, il affirme attendre « l’ouverture formelle de la procédure afin de connaître les griefs précis » qui fonderaient une éventuelle mise en accusation. Il dit aborder cette étape « dans un esprit de responsabilité et de respect des institutions ».
La procédure soulève également un débat juridique. Depuis la décision du Conseil constitutionnel du 24 juillet 2025, certaines dispositions relatives à la saisine de la Haute Cour de justice ont été déclarées contraires à la Constitution, alimentant les interrogations sur le cadre exact de la procédure. ‘’Le nouveau règlement intérieur de l’Assemblée ne permet pas aux députés de saisir la haute Cour de justice puisque le conseil constitutionnel, dans sa décision n°2/C/2025 du 24 juillet 2025, a déclaré contraire à la constitution l’article 134 dudit règlement afférent à la haute Cour de Justice", a d’ailleurs précisé Me Moussa Bocar Thiam. Pour les partisans de la majorité, il s’agit d’une étape normale dans la lutte contre l’impunité et la consolidation de l’État de droit. Pour les intéressés et leurs soutiens, la démarche relèverait davantage d’une instrumentalisation politique.
La prochaine étape sera déterminante : le vote en séance plénière de la résolution concernant Moussa Bocar Thiam. Quant au dossier Abdoulaye Diouf Sarr, il pourrait être réintroduit à l’Assemblée si les éléments jugés manquants sont fournis.







