Les acteurs exigent une réforme urgente du secteur

Face à la presse, les membres des GIE Matte Teranga, And Sukkali Sunu Momel ainsi que de la coopérative forestière de Sindia ont exposé les nombreuses difficultés qui minent leur secteur. Ces travailleurs, pour la plupart actifs depuis plusieurs décennies, dénoncent la précarité persistante de leur métier, le manque de reconnaissance institutionnelle et l’absence de suivi dans le processus de formalisation de leur activité.
L’exploitation et la commercialisation du charbon et du bois constituent, selon les intervenants, un métier éprouvant, exercé aussi bien par des hommes que par des femmes pour subvenir aux besoins de leurs familles. Cependant, malgré les risques sanitaires liés à l’exposition permanente à la fumée et à la poussière, ainsi que la pénibilité du travail sur le terrain, les revenus générés ne permettent plus de vivre dignement. Chaque jour, les exploitants parcourent de longues distances pour s’approvisionner en bois et en charbon, parfois jusqu’à Koupentoum. À cela s’ajoutent des frais administratifs jugés excessifs, notamment l’achat de permis pouvant atteindre 12 500 francs CFA par document.
Selon le secrétaire général du GIE Matte Teranga, Pape Boucar Dème, bien que les commerçants de charbon soient nombreux dans la région, un seul GIE aurait été officiellement reconnu, une situation qu’il qualifie d’injuste. « Notre filière est la plus malade », a-t-il déclaré, dénonçant l’absence de moyens pour régulariser leur métier. Il affirme que depuis plus de vingt ans, les mêmes responsables dirigent les structures sans renouvellement ni assemblée générale. Malgré les démarches entreprises pour obtenir une formalisation et des agréments, les dossiers déposés auprès du ministère de l’Environnement seraient restés sans suite. Les intervenants interpellent directement le ministre de l’Environnement, Abdourahmane Diouf, ainsi qu’Alpha Bâ, en charge des coopératives, afin qu’ils reçoivent leurs représentants dans les plus brefs délais et apportent des solutions concrètes.
Des coopératives en crise de gouvernance
Amadou Diallo, représentant de la coopérative forestière de Sindia, a abondé dans le même sens. Il rappelle que la dernière assemblée générale organisée pour élire feu Yaya Diallo remonte à 2020 et qu’aucune autre rencontre statutaire n’a été tenue depuis. Une situation qui, selon lui, freine le bon fonctionnement de la coopérative et entretient la confusion dans la gestion.
De son côté, Abdoulaye Diao, président du GIE And Sukkali Sunu Momel, explique exercer ce métier depuis 1991 pour subvenir aux besoins de sa famille. Refusant l’émigration clandestine, il affirme vouloir continuer à travailler dignement au Sénégal. « Je ne veux pas prendre les pirogues pour aller en Europe. Je veux rester dans mon pays pour travailler », a-t-il insisté, appelant l’État à accompagner les acteurs du secteur vers une formalisation effective.
Les exploitants dénoncent également l’opacité dans la gestion des fonds collectés à travers les permis et cotisations. Selon eux, les montants versés chaque année représenteraient des sommes importantes qui devraient faire l’objet d’audits et d’une gestion plus transparente. Présent à la rencontre, Abdoulaye Sall Bâ, président des coopératives d’exploitation forestière du Sénégal, a indiqué que cette réunion à Thiès visait à échanger avec les acteurs de terrain afin d’identifier des pistes de solutions face aux difficultés rencontrées. Les travailleurs de la filière lancent un appel solennel aux autorités locales et nationales pour la tenue d’assemblées générales régulières, le renouvellement des bureaux, la reconnaissance officielle des GIE et la délivrance effective des agréments. Ils réclament également une réforme profonde du secteur afin de garantir de meilleures conditions de travail et une plus grande équité dans la gestion des coopératives. À travers cette sortie médiatique, les exploitants du charbon et du bois espèrent que leur voix sera enfin entendue et que des mesures concrètes seront prises pour sauver une filière qu’ils considèrent aujourd’hui comme « malade », mais essentielle à l’économie locale et à la survie de nombreuses familles dans la région de Thiès et au-delà.
Ndeye Diallo (Thiès)







