L’auteur répond aux accusations d’IA et reconnaît des plagiats

Dans une déclaration diffusée le 13 octobre, l’écrivain canado-haïtien défend la paternité de son roman, dont il situe les premières pages en 2017. Il présente également ses excuses pour des plagiats dans ses anciens écrits et dénonce les menaces et le harcèlement raciste dont il affirme être victime.
Thélyson Orélien prend la parole sur les accusations qui entourent son roman « C’était ça ou mourir ». Dans une déclaration intitulée « Ce roman que j’ai écrit », transmise à l’AFP le 13 octobre, l’écrivain canado-haïtien conteste avoir confié la rédaction de son livre à une intelligence artificielle. Il reconnaît, en revanche, des plagiats dans ses anciennes publications et présente ses excuses.
Cette réponse intervient trois semaines après le début d’une controverse qui a conduit à la suspension de sa tournée promotionnelle au Canada et au retrait de son roman de la sélection du prix Goncourt. « À force de me taire, je laissais les autres raconter mon histoire à ma place », explique-t-il. Dans ce texte, l’auteur revient sur son parcours, les premières versions du manuscrit et les années de réécriture qui ont précédé sa publication. Il cherche aussi à distinguer les fautes commises dans ses anciens écrits des soupçons visant son roman.
Les accusations d’usage de l’IA ont été rendues publiques le 21 septembre par le compte X « Balance ton Claude ». Le collectif affirme que le livre a été largement généré par une machine. Pour étayer cette accusation, il s’appuie notamment sur les résultats du détecteur Pangram. Dans une tribune publiée le 7 octobre dans Le Monde, Pierre-Thomas Eckert et Samuel Fitoussi, deux membres du collectif, défendent ces analyses et expliquent avoir comparé le roman à d’autres textes de l’écrivain. Selon eux, les publications antérieures à l’essor des grands modèles de langage présentent des résultats différents de celles parues après 2023. Il s’agit de l’argumentaire des accusateurs, dont Thélyson Orélien rejette la conclusion.
Une œuvre nourrie par le parcours migratoire
Pour éclairer la genèse de « C’était ça ou mourir », Thélyson Orélien remonte à 2010. Après le séisme qui frappe Haïti, il quitte son pays et passe par la République dominicaine avant de poursuivre son parcours migratoire. Cette expérience fait écho à celle de Jonas Dorléon, le personnage principal du roman, dont il raconte l’exil et les épreuves. Selon son récit, l’écriture commence toutefois plusieurs années après son départ, à l’automne 2017, sur un coin de table à Laval, au Québec. Le projet prend progressivement forme à partir de ses souvenirs, de ses expériences de migration et des histoires entendues au fil des rencontres. L’auteur décrit ainsi une fiction nourrie par son vécu, mais aussi par celui d’autres personnes confrontées au déracinement.
En 2019, il achève un premier jet de plus de 300 pages. Cette étape coïncide avec une période douloureuse : il apprend la mort de sa mère. Le manuscrit connaît ensuite un long travail de réécriture. Il supprime certaines scènes, reprend des passages, déplace des éléments narratifs et modifie des personnages. Le roman poursuit ce cheminement jusqu’à sa publication en 2026.
Haïti, le Québec, la migration et l’exil occupent une place centrale dans l’univers qu’il décrit. L’écrivain insiste sur leur présence dès les premières étapes du projet. Jonas Dorléon, affirme-t-il, existait dans son imaginaire avant que les lecteurs ne découvrent son nom. Le travail romanesque aurait ensuite consisté à lui donner une voix, une histoire et une manière propre de penser et de s’exprimer. Cette chronologie est un élément de sa défense. Le début d’un manuscrit en 2017 ne permet cependant pas, à lui seul, d’établir les conditions de rédaction de la version publiée neuf ans plus tard.
L’usage d’outils reconnu, l’écriture par IA contestée
Face aux accusations visant son livre, Thélyson Orélien maintient une position ferme. « C’est une calomnie et une hérésie », affirme-t-il. Il reconnaît avoir utilisé ponctuellement des outils pour effectuer des recherches, notamment sur des idiomes étrangers, mais rejette l’idée que ceux-ci aient rédigé les phrases du roman ou organisé son récit. Les outils évoqués ne sont pas nommés dans les passages de sa déclaration rapportés par l’AFP. L’écrivain revendique la paternité de l’ensemble du texte. Il présente son roman comme le résultat d’un travail personnel, nourri par son imagination et son expérience. Selon lui, les soupçons ne touchent pas seulement sa pratique d’auteur, mais aussi la reconnaissance de son histoire.
« En attribuant à une machine un texte qui est mien, qui est celui de tous les miens, on n’est pas seulement venu contester ma qualité d’écrivain mais mon humanité », déplore-t-il. Son éditeur québécois avait déjà pris position sur les limites de ce qu’il pouvait établir. Dans un communiqué du 24 septembre, les Éditions du Boréal rappelaient que leur intervention commence après la remise d’un manuscrit complet. La maison assurait n’avoir utilisé aucune intelligence artificielle durant la préparation éditoriale du livre. Elle indiquait aussi avoir aidé l’auteur à constituer un dossier sur les étapes précédentes, tout en précisant ne pas pouvoir, à ce stade, confirmer ou infirmer les accusations. Cette position distingue le travail réalisé par l’éditeur des conditions dans lesquelles le manuscrit a été conçu. La déclaration de Thélyson Orélien expose sa version de ces dernières, sans apporter à elle seule une réponse définitive aux soupçons.
Des plagiats dans les anciens écrits
La controverse ne concerne pas uniquement l’intelligence artificielle. Des enquêtes sur les anciennes publications de Thélyson Orélien ont également révélé des reprises de textes d’autres auteurs. Selon les éléments rapportés par Reuters à partir des révélations du quotidien canadien La Presse, une nouvelle publiée en 2012 comporte des emprunts à Louis Pauwels. Une chronique de 2013 reprend, quant à elle, un article du journal philippin The Philippine Star.
Ces publications sont distinctes du roman « C’était ça ou mourir ». Dans sa déclaration, l’écrivain revient sur ses premières années d’écriture. Il décrit une période de lectures abondantes, marquée par son admiration pour René Depestre, Édouard Glissant, Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau ou Jacques Stephen Alexis. Il évoque également des auteurs comme Gabriel García Márquez et Fiodor Dostoïevski, ainsi que « Le Matin des magiciens », de Louis Pauwels et Jacques Bergier, une lecture qui l’avait profondément marqué.
À cette époque, explique-t-il, découvrir un écrivain lui donnait envie de lire toute son œuvre. Certaines phrases et certaines manières de raconter l’impressionnaient particulièrement. Il reconnaît toutefois que cette admiration ne justifiait pas l’appropriation de textes. « J’ai commis des erreurs inacceptables, malgré la jeunesse et l’inexpérience », admet-il. Il présente ses excuses sans réserve. L’expression « erreurs de jeunesse » relève donc de l’explication qu’il donne à ces faits, dont la nature est celle de plagiats. L’auteur estime que les journalistes et les lecteurs sont libres d’examiner ses anciennes publications. Il conteste cependant le rapprochement entre ces fautes et les accusations d’écriture par IA visant son roman. Ses aveux sur les premiers textes ne permettent pas, en eux-mêmes, de trancher la question des conditions de rédaction du livre.
Une controverse aux conséquences éditoriales
L’affaire a déjà modifié le parcours public de « C’était ça ou mourir ». Les Éditions du Boréal ont annoncé, le 25 septembre, la suspension de la tournée promotionnelle canadienne. Le roman a également été retiré de la sélection du prix Goncourt, tandis que le prix Renaudot l’a maintenu dans sa deuxième sélection. Ces différentes décisions illustrent les réactions suscitées par les accusations au sein du monde littéraire. Thélyson Orélien affirme, pour sa part, subir des menaces, un lynchage médiatique et un harcèlement raciste. Il décrit une épreuve qui atteint à la fois son travail et sa personne.
Il ne conteste pas pour autant le droit à la critique : les journalistes peuvent enquêter, les lecteurs examiner ses anciens écrits et le public ne pas apprécier son roman. Sa demande porte sur la distinction entre ces démarches et les attaques personnelles qu’il dénonce. Il souhaite également que les soupçons visant le livre soient examinés séparément des plagiats qu’il reconnaît. L’écrivain dit ne pas avoir écrit ce roman pour obtenir des prix ou accéder à la célébrité. Il présente son ambition comme celle de raconter l’exil, la migration et les blessures du déracinement, à travers l’histoire de Jonas Dorléon. Il invite les lecteurs à découvrir ce récit et à se faire leur propre opinion sur sa valeur littéraire. Cette prise de parole apporte des aveux sur ses anciennes publications et détaille sa défense concernant le roman. La question des conditions de rédaction de « C’était ça ou mourir » reste, elle, contestée.
Fatou Ba






