Publié le 7 Aug 2026 - 16:27
MÉDINA SOUS TENSION

Docta remercie les autorités et appelle à la vigilance collective

 

Docta et ses frères du quartier appellent à l'unité, saluent l'action des autorités et refusent toute dérive xénophobe face à la montée de l'insécurité

 

La Médina refuse de se résigner. Derrière les façades chargées d'histoire, les ruelles animées et l'identité populaire qui ont fait la réputation de ce quartier emblématique de Dakar, une inquiétude grandissante s'est installée ces dernières semaines. Les opérations menées par la Police nationale dans plusieurs secteurs sensibles, notamment à la rue 25 angle 18, ont mis en lumière l'ampleur d'un phénomène que de nombreux habitants dénoncent depuis longtemps : la progression de réseaux criminels impliqués dans le trafic de stupéfiants, les agressions et diverses formes de délinquance.

Face à cette situation, une voix respectée de la culture urbaine a choisi de s'exprimer. Amadou Lamine Ngom, plus connu sous le nom de Docta, accompagné de plusieurs figures connues de la Médina, a effectué une visite de terrain afin de constater la réalité, rencontrer les habitants et délivrer un message de responsabilité citoyenne. L'initiative n'avait rien d'une manifestation politique. Elle se voulait avant tout un acte de solidarité envers un quartier auquel ces hommes restent profondément attachés. Enfants de la Médina, ils ont souhaité montrer que les acteurs culturels ne peuvent rester silencieux lorsque leur communauté traverse une période difficile.

Quelques jours auparavant, la Police nationale avait lancé une importante opération de sécurisation. Les descentes organisées dans le secteur de la rue 25 angle 18, près du marché Tilène, ont conduit à l'interpellation de plus d'une vingtaine de personnes suspectées de troubles à l'ordre public, de vagabondage ou encore d'activités criminelles. Cette réaction rapide des forces de l'ordre a été largement saluée par une partie des populations.

Pour Docta, cette intervention démontre que les autorités ont entendu les préoccupations exprimées par les habitants. Mais, selon lui, la réponse sécuritaire ne peut produire des résultats durables sans une implication des citoyens eux-mêmes. « Aujourd'hui, on est dans une situation très alarmante, c'est pourquoi nous sommes là », déclare-t-il.

Le fondateur du Festigraff rappelle que cette visite fait suite aux nombreuses alertes lancées par des résidents de la Médina. Ces appels ont convaincu les fils du quartier de venir constater eux-mêmes la réalité sur le terrain. « Étant fils de la Médina, des frères et des sœurs nous ont alertés. Nous les remercions parce que cela nous a permis de venir ici constater la situation ».

Très rapidement, Docta tient à éviter toute confusion entre criminalité et origine des personnes impliquées. Son message est ferme ; il refuse que les événements récents servent de prétexte à la stigmatisation des communautés étrangères vivant au Sénégal. « Il ne faut surtout pas faire d'amalgame. Les honnêtes citoyens qui travaillent, qui nourrissent leurs familles, qu'ils viennent du Sénégal ou d'un autre pays africain, sont chez eux ici. Le banditisme n'appartient ni à une nationalité ni à une autre ».

Cette prise de position intervient alors que certaines réactions sur les réseaux sociaux tentent d'associer les actes de délinquance à des communautés étrangères. Pour Docta, cette lecture est dangereuse et contraire aux valeurs sénégalaises. Le pionnier du graffiti rappelle que le Sénégal s'est toujours construit sur des valeurs d'hospitalité, de solidarité et d'ouverture. Selon lui, les criminels doivent répondre de leurs actes devant la justice, quelle que soit leur nationalité, mais il serait irresponsable de transformer une question sécuritaire en conflit entre peuples africains. « Toute personne arrêtée dans ce cadre, qu'elle soit Sénégalaise ou étrangère, doit répondre devant la justice. Les tribunaux doivent faire leur travail et la population doit prendre ses responsabilités ».

Responsabilité collective

Au-delà de l'hommage rendu à la Police nationale et au commissariat de la Médina pour leur réactivité, Docta insiste sur une responsabilité collective. Pour lui, les premiers gardiens d'un quartier restent ceux qui y vivent. « Les premiers responsables, c'est nous, les riverains, les habitants de la Médina. Nous ne pouvons pas laisser une poignée de personnes mettre en danger nos femmes, nos enfants, nos frères et nos sœurs ».

Le message dépasse largement les frontières de la Médina. L'artiste appelle tous les Dakarois et, plus largement, tous les Sénégalais à signaler les actes criminels avant qu'ils ne prennent de l'ampleur. « Il ne faut pas attendre que la situation devienne incontrôlable pour dire que les autorités n'ont rien fait. Nous devons dénoncer les méfaits dès leur apparition ».

Figure incontournable du mouvement hip-hop sénégalais, Docta rappelle que son engagement artistique a toujours été lié aux questions de citoyenneté. Docta appelle les autorités à poursuivre les opérations engagées tout en travaillant avec les populations afin d'apporter des solutions durables. « Nous avons vu des recoins où des installations illégales mettent en danger ceux qui y vivent et tout le voisinage. Il est temps que cela cesse ».

L'artiste adresse ensuite un message de reconnaissance aux autorités administratives, aux forces de sécurité ainsi qu'aux citoyens qui ont osé donner l'alerte. « Nous remercions toutes les personnes qui ont alerté la Police nationale, notamment le commissariat de la Médina, pour sa réaction rapide ».

Accueillir les JOJ dans un environnement sécure

Cette déclaration prend une dimension particulière à l'approche des Jeux olympiques de la jeunesse, que Dakar s'apprête à accueillir. Pour Docta, cet événement historique représente une immense fierté pour le Sénégal et pour toute l'Afrique. Mais accueillir le monde suppose également de garantir un environnement sûr pour les habitants comme pour les visiteurs. « Pour tous les boys de la Médina, il est important d'accueillir un événement comme les Jeux olympiques de la jeunesse. Nous ne pouvons pas accepter que des problèmes d'insécurité viennent ternir cette image ».

Il invite ainsi les pouvoirs publics, les associations, les leaders communautaires et les citoyens à unir leurs efforts afin que Dakar présente le visage d'une capitale accueillante, sûre et fidèle à ses valeurs. Son intervention se conclut sur un appel à l'unité, loin des discours de haine. « Nous ne dénigrons aucun étranger et nous n'acceptons pas la xénophobie. Nous sommes un peuple de paix. Mais nous voulons que la loi soit respectée par tous ».

Ce message résume l'esprit de cette mobilisation. Entre fermeté face au crime et refus de toute stigmatisation, les fils de la Médina défendent une position équilibrée : protéger les habitants sans renier les principes de fraternité qui fondent la société sénégalaise. À travers cette visite, Docta rappelle que la culture ne se limite pas aux scènes, aux festivals ou aux murs peints de fresques colorées. Elle est aussi un engagement permanent au service de la cité.

Dans un contexte marqué par les inquiétudes sécuritaires, sa parole apparaît comme celle d'un artiste qui refuse autant l'indifférence que les discours de division. La Médina, quartier historique qui a vu naître tant d'artistes, de sportifs, d'intellectuels et de militants, entend aujourd'hui préserver son identité.

Les habitants espèrent que les opérations engagées permettront de restaurer durablement la sécurité, tout en conservant l'esprit d'ouverture et de coexistence pacifique qui fait depuis toujours la réputation du Sénégal.

FATOU BA

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