Publié le 31 Oct 2013 - 04:30
TRAQUE DES BIENS MAL ACQUIS

Le mantra d'Aminata vole en éclats

 

Après avoir respiré au rythme de la traque des biens mal acquis, le gouvernement a réaffirmé par les actes sa volonté de tourner une page dont le défaut principal s'appelle incertitude par rapport à des résultats escomptés. Un choix entre réalisme et incohérence qui s'est traduit par un discours de politique générale sans mention des BMA.

 

C’était dit depuis longtemps, redit souvent, rabâché au coin de toutes les chaumières : la traque des biens supposés mal acquis (BMA) est quasiment devenue une relique dans le dictionnaire révisé des mots qui fâchent et dont l'évocation fait tâche. Naguère en bonne place au pied du Mur des lamentations du peuple qui avait fini de dégager Wade et ses ouailles, le dossier des BMA semble avoir été définitivement lapidé et écrasé pour ne plus perturber le sommeil de ses concepteurs eux-mêmes exécutants d'une demande forte des Sénégalais en ce sens.

Dans sa déclaration de politique générale du lundi 28 octobre, le Premier ministre Aminata Touré a superbement mis le sujet sur la touche, se sentant sans doute plus à l'aise dans le principe de prise en charge des destinées du Sénégal à travers des actions moins mortifères et désormais jugées plus rentables, politiquement s'entend. Le virage est certes fondamental au regard des premiers pas “guerriers” de la gouvernance Macky Sall, mais il concrétise néanmoins des trahisons et des incohérences qui pourraient trouver leurs explications dans des cachotteries politiciennes inavouables.

Aujourd'hui, quelles que soient les difficultés du gouvernement à mener à bien et à terme la traque des biens supposés mal acquis, la relégation rampante de ce dossier dans les archives mémorielles de l'Etat traduit une incohérence insurmontable.

Comment concevoir en effet qu'un tel sujet, alpha et oméga de la politique du président de la République pendant plus de douze mois, ait pu perdre ainsi l'estime de l'ex-garde des Sceaux (et bien sûr du président de la République) jusqu'à ne plus figurer dans un discours d'orientation aussi solennel que la DPG ? Le réalisme politique est passé par là, notamment avec l'arrivée à la Justice d'un pourfendeur des juridictions d'exceptions, Me Sidiki Kaba. Qui se fera un malin plaisir, lui le cheveu tombé dans la soupe, d'accompagner la mort en douce du projet.

Au fond, deux vérités simples pour - raient émaner de cette posture présidentielle et gouvernementale : l'impression de devoir se battre contre des moulins à vents et, subséquemment, la non garantie de résultats probants. La traque de biens mal acquis est aujourd'hui un domaine glissant pour une raison essentielle : c'est qu'à l'intérieur même du système qui prétend organiser cette traque, il existe des connexions avérées entre voleurs et receleurs, entre déposants et banquiers, entre prête noms et gestionnaires de fonds... Moralité : un voleur blanchi est susceptible d'avoir été protégé pour échapper aux fourches caudines de la justice.

Alors, le gouvernement a-t-il finalement raison de sacrifier ainsi une lutte qui pullule d'incertitudes ? On compte sur l'avenir pour le savoir, mais sans garantie là aussi.

MOMAR DIENG

 

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