Publié le 10 Apr 2025 - 19:57
Vers l’autosuffisance, la fin des importations de pommes de terre et d’oignons

Une décision stratégique à accompagner

 

La récente décision de l’État de suspendre les importations de pommes de terre et d’oignons marque un tournant majeur dans la politique agricole du pays. Elle est accueillie comme une excellente nouvelle, dans la mesure où elle traduit une confiance renouvelée dans notre capacité à répondre aux besoins du marché intérieur par la production locale. Une telle orientation suppose qu’une étude sérieuse ait été menée pour quantifier la consommation nationale, mesurer la production disponible et confirmer que les conditions sont réunies pour assurer l’approvisionnement sans recourir aux importateurs.

Mais cette décision va bien au-delà d’un simple acte administratif. Elle sonne comme un signal fort envoyé à l’ensemble des acteurs économiques. Pour les structures qui évoluaient dans le segment de l’importation, l’heure est à la réinvention. Le marché ne tolère pas l’immobilisme : seuls ceux qui s’adaptent survivent. Cette conjoncture peut devenir une opportunité, en favorisant une reconversion vers la transformation, la logistique, le conditionnement ou encore l’accompagnement technique des producteurs locaux.

Cela dit, cette nouvelle orientation ne pourra être pérenne que si elle s’accompagne de mesures d’accompagnement cohérentes. L’État a l’obligation de veiller à la maîtrise des prix, afin d’éviter que cette restriction des importations n’entraîne une hausse des coûts pour le consommateur final. Des mécanismes de régulation doivent être mis en place pour prévenir toute forme de spéculation ou de déséquilibre dans l’offre.

Autre chantier fondamental : les infrastructures de conservation. Il ne suffit pas de produire en quantité ; encore faut-il pouvoir conserver les récoltes dans de bonnes conditions. L’absence de chambres froides, d’entrepôts modernes ou de plateformes logistiques adaptées conduit souvent à des pertes post-récolte importantes. Investir dans ce secteur est crucial pour assurer une disponibilité régulière des produits tout au long de l’année.

Deux autres obstacles freinent encore l’ambition agricole nationale : la disponibilité foncière et l’accès au financement. L’accès à la terre reste compliqué pour bon nombre de jeunes entrepreneurs ou de coopératives qui souhaitent se lancer. Il est impératif de simplifier et sécuriser l’accès au foncier, tout en garantissant la transparence et la stabilité des attributions. De même, le financement agricole reste difficile, faute de produits financiers adaptés et de garanties suffisantes. L’État, les banques et les institutions de microfinance doivent s’unir pour créer des outils souples et accessibles, en phase avec les réalités de ce secteur.

Dans ce contexte, la formation devient un levier essentiel. Le travail du 3FPT (Fonds de Financement de la Formation Professionnelle et Technique) est à saluer. Grâce à des programmes sur mesure, il contribue à professionnaliser les acteurs agricoles, à diffuser les bonnes pratiques, et à préparer une nouvelle génération d’agro-entrepreneurs. Ces efforts doivent être renforcés et déployés à plus grande échelle.

La recherche agronomique, quant à elle, doit être érigée en pilier stratégique. Elle seule permet d’innover, d’adapter nos cultures aux contraintes climatiques, et d’améliorer les rendements tout en respectant l’environnement. Un pont solide entre chercheurs et producteurs est indispensable pour vulgariser les innovations et faire évoluer les pratiques sur le terrain.

Enfin, la réussite de cette politique passe par une organisation structurée des filières agricoles. Cela nécessite une coordination intelligente de tous les maillons de la chaîne : production, transformation, stockage, distribution, jusqu’à la commercialisation. Des interprofessions solides et représentatives permettront de mieux réguler le marché, de garantir la qualité des produits et d’ouvrir des débouchés durables.

En somme, la fin des importations de pommes de terre et d’oignons n’est pas une fin en soi. C’est le début d’un nouveau cycle qui exige rigueur, vision et engagement collectif. Si elle est bien accompagnée, cette transition peut devenir un véritable levier de souveraineté alimentaire, de création d’emplois, et de transformation économique durable.

Souleymane Jules Sene.  Manager de Agro Business Sénégal, 
souleymaane.sene@gmail.com

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