Publié le 1 Jun 2026 - 12:27
FORMATION GOUVERNEMENT  

Entre continuité et incertitudes 

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L’absence d’un nouveau gouvernement depuis maintenant dix jours continue de soulever des vagues. Partagées entre incertitudes et appréhensions, des experts exposent leurs attentes.

 

Dix jours sans gouvernement. Pour certains, cela dénote de l’amateurisme. Pour d’autres, pas de quoi fouetter un chat. Les administrations continuent de fonctionner. Les salaires ont été payés à la suite de la dissolution, aucun blocage majeur n’est à déplorer…. “Cela montre quand même que nous avons une bonne administration. Elle l’a d’ailleurs prouvé à plusieurs reprises, notamment avec les différentes alternances”, rassure Oumar El Foutiyou Ba, écrivain et conseiller en Organisation au Bureau Organisation et Méthodes, qui estime que le Sénégal a une administration aux standards internationaux.

L’absence de gouvernement, selon le haut fonctionnaire, ne saurait paralyser le fonctionnement de l’administration dans un pays aux institutions solides. Il donne l’exemple de la Belgique restée plusieurs mois sans gouvernement. La France a aussi connu récemment une situation d’instabilité qui a duré plusieurs mois. “Nous avons une administration rompue à la tâche. Le problème de ce pays c’est la maturité démocratique des politiciens”, ajoute l’ancien secrétaire général du ministère en charge de la Bonne gouvernance.

Il faut noter que dans l’acte de remerciement du désormais ex premier ministre, Ousmane Sonko, et de la dissolution du gouvernement, il était déjà indiqué que les ministres sortants sont chargés de gérer les affaires courantes. “Il n’y a donc pas de grands bouleversements. Ils ne peuvent juste pas prendre de décisions majeures”, analyse un acteur du secteur privé.

Une administration solide, mais ralentie

Pour conduire les affaires courantes, l’État peut aussi compter sur les secrétaires généraux chargés de jouer un rôle central dans le fonctionnement des différents départements. El Foutiyou renvoie au décret 2017-313 du 15 février 2017, instituant un secrétariat général dans les ministères. À son article 5, le texte précise : “En cas de changement de ministre, le secrétaire général assure la continuité de l’action administrative au sein du ministère. Il rend compte au nouveau ministre des réalisations et des projets de son prédécesseur.”

Nommé par décret, sur proposition du Premier ministre, le SG est nommé parmi les agents de l’Etat de la hiérarchie A 1 ou assimilée, justifiant d’une ancienneté de dix ans de service effectif dans l’Administration publique. Placé sous l’autorité du ministre ou du secrétaire d’État, il assiste ce dernier, dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique du département. À ce titre, il est chargé : de la coordination administrative et technique des activités des différents services du département dont il assure le bon fonctionnement ; de la préparation et du contrôle de l’exécution des décisions ministérielles, en rapport avec l’Inspection interne ; de la coordination avec les autres départements ministériels en vue de l’exécution des décisions interministérielles…

Le SG est aussi chargé de l’information du ministre sur le fonctionnement de son département, particulièrement sur la gestion administrative et financière des crédits du ministère ; du contrôle et de la présentation des actes et documents soumis à la signature du ministre ; de la gestion du courrier commun et des archives du ministère. Il assiste également aux réunions de coordination présidées par le Secrétaire général du Gouvernement. “Les SG sont la mémoire de l'administration, ils sont délégataires de signature des ministres et ont autorité sur tous les services des ministères”, renchérit le Conseiller du BOM.

Les SG, garants de la stabilité et de la continuité

Cela dit, la situation actuelle, même si elle ne compromet pas la continuité du service public, peut entraîner quelques lenteurs préjudiciables, reconnaît le fonctionnaire. “Cette situation peut ralentir l'activité économique si ceux qui expédient les affaires courantes se retiennent  , car il y a sans doute des décisions qui pourraient être lourdes de conséquences”, prévient monsieur Ba.

Dans la même perspective, le président du mouvement Dundu, Mouhamadou Madana Kane, a insisté sur les ralentissements que cette absence prolongée de gouvernement peut entraîner. Cette situation, selon lui, va forcément impacter le fonctionnement de l’administration. “Certains services sont presque à l’arrêt. Les gens iront au bureau, mais on ne parlera que du prochain gouvernement ; certains directeurs s’interrogent sur leur avenir parce que s’il y a un nouveau ministre, ils risquent de perdre leurs postes, c’est tout à fait humain et c’est la réalité”, dit-il, espérant que le nouveau gouvernement ne va pas tarder à voir le jour.

Dans le fond, il n’y a pas de crise, mais l’administration marche au ralenti.  

Gestion des finances publiques : rupture ou statuquo

Pour le moment, la grande préoccupation pour beaucoup d’observateurs reste la composition du futur gouvernement. Qui va entrer ? Qui va rester ? Y aura-t-il des responsables de Pastef ? Quelle réaction du parti majoritaire au parlement et de son leader Ousmane Sonko ? Le sort de certains départements ministériels comme les finances fait aussi l’objet d’une attention toute particulière. Est-ce que ce département va fusionner avec l’Économie comme auparavant ? Diomaye 2 va-t-il maintenir le statuquo avec un département des Finances et du Budget d’une part, un département de l’Économie, du Plan et de la Coopération de l’autre ? Autant de questions qui se posent avec acuité et sur lesquelles les Sénégalais attendent des réponses.

Les marchés n’ont en tout cas pas attendu pour exprimer leur inquiétude. Madana Kane explique : “Les marchés l’analysent comme de l’incertitude, surtout avec ces divergences entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale. Tout ça, ce sont des risques que les marchés perçoivent négativement.”

Dans un contexte où le Sénégal doit faire face à de nouvelles échéances relativement au paiement de la dette, le banquier prévient sur les risques éventuels pour la levée de fonds sur les marchés. “Aujourd’hui, s’il y avait une émission de bons ou obligations du trésor, on peut présager que ça ne serait pas souscrit, parce que les gens vont attendre qui sera à la tête de ce département, est-ce qu’il y aura une restructuration ?…. Il y avait déjà les difficultés, mais cela risque de s’exacerber”, avertit Monsieur Kane, curieux de savoir quelle sera la position du nouveau gouvernement par rapport à cette lancinante question de la restructuration.

Sonko s’est-il débiné face à l’imminence de la restructuration ?

Jusque-là, ils sont nombreux les experts à soutenir que la dette du Sénégal est insoutenable. Mais pour le gouvernement de Sonko, cette dette était bien soutenable et ne nécessitait pas la restructuration. Ce qui met mal à l’aise quelqu’un comme Cheikh Diba. “S’il accepte la restructuration au cas où il est maintenu, il va se contredire, parce que pendant tout ce temps, il nous a dit que la restructuration coûte plus cher que ce qu’ils sont en train de faire. À moins d’être un technocrate qui ne se préoccupe pas des contrecoups politiques, le futur ministre risque d’avoir des problèmes sur cette question”, souligne le président du mouvement Dundu.

D’ailleurs, analyse-t-il, cela pourrait avoir joué un rôle dans le départ du désormais ex PM. “Moi je considère que le premier ministre s’est débiné. Il sait ce qui l’attend et il s’est débiné. Comme il a réfuté catégoriquement la restructuration, vu qu’on n’a pas le choix, il préfère ne pas être comptable de ces décisions, je ne vois pas une autre explication politique à son départ”, soutient le spécialiste qui  estime que Sonko est bien conscient de la situation.

Pour rappel, selon le plan de trésorerie prévisionnel de la LFI 2026, l’État devrait payer plus de 220 milliards de francs CFA au mois de juin au titre de la dette extérieure, plus de 361 milliards de francs CFA pour la dette intérieure. Pour juillet, c’est plus de 256 milliards de francs CFA au titre de la dette extérieure contre plus de 375 milliards pour la dette intérieure. Pour le mois d’août, le gouvernement du Sénégal devrait payer plus de 226 milliards de dette extérieure contre 90 milliards pour la dette intérieure…

Alors que de nombreux observateurs semblent préoccupés et troublés par cette situation, les politiques eux se soucient plus de la recomposition politique en cours.

MOR AMAR

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