Publié le 6 Nov 2013 - 12:08
AFFAIRE KARIM WADE

 Les dessous d’une enquête  

 

Le feuilleton qui oppose Karim Wade à l’État du Sénégal est encore loin d'être terminé. Si le bras de fer se poursuit, surtout au niveau de l'opinion, avec des sorties périodiques du Parquet et des avocats du fils de l'ancien président de la République, ce qui se passe dans les coulisses est encore plus intéressant. Tout n'est pas rendu public, mais le  dossier Karim Wade parle, même si les avocats de ce dernier, dans leur rôle nient tout. Ce qui est sûr, et selon des informations dignes de foi, c'est qu'on ne pourra pas faire l'économie d'un procès en bonne et due forme, dans les mois à venir...

 

Lors d’une conférence de presse tenue dimanche dernier qui a fait sensation, le Collectif des avocats de Karim Wade a dénoncé la procédure judiciaire qui maintient leur client en prison depuis plusieurs mois. Selon eux, la CREI est une ‘’juridiction d’exception’’, qui n’a pas compétence pour  juger  son client qu’il considère comme un ''prisonnier politique''. Mais tout n’a pas été dit dans ce dossier aux rebondissements multiples. Selon des sources proches du dossier, ‘’la culpabilité de Karim n’est plus à démontrer’’ et que la bataille de procédure engagée par les avocats de ce dernier n’est qu’une ''diversion'' pour sauver ''un soldat pris entre plusieurs feux''.

Accusation et aveux...

Il est en effet reproché à l’ancien ministre d’État d’enrichissement de près de 700 milliards à travers ses 5 sociétés créées, avec usage de prête-noms. Parmi ces sociétés, il y a l’Aviation Handling service (AHS) et Start immobilier dont il est «actionnaire majoritaire» mais dont la gestion avait été confiée à son ‘’ami d’enfance’’ Patrick Joseph William. Cette société immobilière disposerait d’ailleurs d’une importante surface foncière constituée de 5000 m² dans le hangar de l’aéroport de Yoff et 3000 m² dans la Bande verte aux Almadies. Karim Wade serait aussi derrière le (défunt) groupe de presse CD Média (CDM) dirigé par son ami Cheikh Diallo.

Mais la nouveauté dans cette affaire, c’est la manière dont Karim Wade aurait été ''piégé''. Selon nos interlocuteurs, si Karim Wade a nié au début les faits qui lui sont reprochés, les ‘’témoignages contradictoires‘’ de la notaire Patricia Lake Diop, nièce d’Abdoulaye Wade, et de ses amis l’auraient enfoncé par la suite. Car, la notaire a affirmé devant les enquêteurs avoir bien monté ces entreprises pour le compte de Karim Wade. Ce dernier lui aurait demandé de ne pas révéler le statut de ses entreprises à ses «amis» qui ne se doutaient alors de rien. ''Devant les enquêteurs, William disait qu’il était actionnaire à 70% d'AHS alors que Cheikh Diallo a revendiqué les 30% de CDM. Ce dernier a même dit que les 30 millions de francs Cfa lui ont été prêtés par la notaire. Ce qui est en porte-à-faux avec les déclarations de Me Patricia Lake Diop qui a révélé que le fils de l'ancien président est «actionnaire à 100% de ces entreprises'', confient des sources proches du dossier.

''Et quand les magistrats ont montré à Karim Wade les documents, il a compris qu’il est cerné. Devant 14 personnes dans la salle, il aurait bien déclaré : ''J’aurais dû dire la vérité', poursuivent nos interlocuteurs.

Me El Hadj Amadou Sall : ''Les vrais menteurs...''

Mais les avocats de Karim Wade émettent sur un tout autre son de cloche. Interpellé sur de supposés aveux, révélés par des sources bien au fait de l'enquête, l'avocat Me El Hadj Amadou Sall dégage en touche. ''Ceux qui disent que Karim Wade a déclaré avoir menti sont de vulgaires menteurs. C'est de la fumisterie'', a-t-il rétorqué, joint par EnQuête. Il a ajouté que la justice et l’État du Sénégal ont été interpellés sur des faits précis, à savoir que les accusations ne reposent sur rien et qu'aucune preuve précise ne vient avaliser les accusations posées. Me Sall a presque envie de parler comme Idrissa Seck qui déclarait de façon récurrente que jusqu'à l'extinction du soleil, aucune preuve de malversations de sa part ne saurait être apportée dans l'affaire des Chantiers de Thiès.

La piste libanaise...

Et pourtant, le corpus des actes d'accusation contenus dans la seconde mise en demeure servie en mi-septembre, suivie d'une nouvelle inculpation (mi-octobre), est bien lourd. Nos sources révèlent que sur les 99 milliards découverts dans le compte de Karim Wade à Monaco, par la CREI, il ne resterait que ''12 millions d’euros'', soit 7 milliards de francs Cfa et non 4 milliards, comme  annoncé  dans la presse. Nos sources confient qu'une bonne partie de cet argent aurait été transférée dans un  compte à Beyrouth, au Liban. Ce qui explique, disent-elles, l’''agitation'' des avocats de Karim Wade ces derniers temps. ''Sachant que l’État du Sénégal s’apprête à demander une collaboration avec le Liban, ils (les avocats de Karim) ont engagé une bataille médiatique, pour brouiller les pistes. Mais les gens seront étonnés lorsqu’ils découvriront la vérité» dans cette affaire, confient des sources proches du dossier.

En route vers un procès...

En tout état de cause, selon des confidences de personnes bien informées, Karim Wade ne pourra pas échapper à un procès, mi-2014. Compte tenu de l'évolution du dossier, il serait en effet très peu compréhensible que l'affaire soit rangée dans les tiroirs. La Commission d'instruction de la CREI ne peut pas non plus  infliger une nouvelle mise en demeure pour une nouvelle inculpation, pour prolonger la garde de Karim. ''Ce ne serait plus crédible'', lance une source proche du dossier. On va donc aller au fond des choses. Et sans doute à ce moment-là, toute la lumière jaillira...

DAOUDA GBAYA

 

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