Publié le 7 Apr 2026 - 15:08
DÉSORDRE AU SOMMET DE L’EXÉCUTIF

Comme dans une armée mexicaine

 

Présenté comme un camarade de promotion de Diomaye et Diba à l’École nationale d’administration, Baye Mayoro Diop, Directeur de la Coopération décentralisée, sort de l’anonymat en s’en prenant vigoureusement au Premier ministre, suscitant l’indignation généralisée au sein de Pastef.

 

C’est une nouvelle étape dans la guerre intra-majorité. S’il est fréquent de voir des responsables s’en prendre violemment au président de la République sans que cela ne suscite beaucoup de réactions, il est rarissime de voir des personnalités occupant des postes de responsabilité dans le régime qui osent s’en prendre au Premier ministre Ousmane Sonko. Directeur de la Coopération décentralisée au ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, Baye Mayoro Diop entre ainsi dans l’histoire en étant parmi les premiers pour ne pas dire le premier Directeur, à s’en prendre de façon aussi crue au Premier ministre.  Profitant de la fête de l’indépendance, le DG rebelle a déclaré sur sa page Facebook : “En ce jour solennel, je n'ai qu'une seule demande à formuler: le limogeage immédiat de ce petit PM Ousmane Sonko, qui ne vaut rien.” Face au tollé suscité par une telle déclaration, Monsieur Diop est revenu à la charge non pas pour s’excuser mais pour justifier sa sortie incendiaire. “Des amis, précise-t-il d’emblée, me demandent d'expliquer pourquoi j'ai fait ce post. J'écris ce message pour eux et pour ceux qui souhaitent entendre des arguments. Je réponds jamais aux insulteurs….”

La majorité au bord de l’implosion

Pour lui, l’explication est très simple. Elle tourne autour de deux raisons principalement. “Je demande qu'il (le PM) soit renvoyé parce qu'il ne travaille pas pour la réussite du mandat du Président mais pour son échec. Illustrations: la récente et grave déclaration que ce mandat est un mandat de transition, les meetings politiques sans fin en plein mandat et les multiples déclarations fragilisant le PR et l'Etat”, a-t-il poursuivi.  En deuxième lieu, le directeur de la Coopération décentralisée a précisé : « J'éprouve du mépris pour celui qui méprise nos Institutions. Illustrations: l'organisation par le PM, hier (3 avril), sans gêne, d'une activité au même moment où le Président de la République devait adresser un message à la Nation. Tant que ce manque de respect vis-à-vis de notre pays et du Président ne cessera pas, assure-t-il, je n'arrêterai pas de le dénoncer.”

Il n’en fallut pas plus pour mobiliser tout l’appareil Pastef qui exige son limogeage. Dans un communiqué, le Bureau communal de Pastef Diourbel (région d’origine de Mayoro) s’indigne de “propos outrageants et inacceptables…, à l’encontre de Monsieur le Premier ministre Ousmane Sonko”. De tels écarts de langage constituent, selon le BP, “une grave atteinte aux valeurs républicaines, à la décence politique et à la cohésion nationale. S’attaquer de manière aussi vile et irrespectueuse à une haute autorité de l’État ne saurait être toléré ni banalisé”. L’instance demande ainsi des excuses publiques et que des mesures idoines soient prises pour mettre un terme à ce genre de comportement.  La tournure prise par ces déclarations a poussé le ministre de tutelle, également de la région de Diourbel, à monter au créneau pour dégager ses responsabilités. Il dénonce lui aussi de propos “d’une particulière gravité, des attaques inacceptables à l’encontre de Monsieur le Premier Ministre Ousmane Sonko”.

“Le ministre condamne avec la plus grande fermeté de tels agissements, en totale contradiction avec les exigences de responsabilité, de retenue et de loyauté inhérentes à l’exercice de toute fonction publique, en particulier pour un responsable investi de hautes fonctions administratives”, indique le communiqué publié par les services de Moussa Balla Fofana. Ces prises de position, exprimées à titre strictement personnel, selon lui, n’engagent en aucune façon le ministère, ses autorités, ni l’Administration dans son ensemble.  

Monsieur Fofana rappelle que le respect dû aux institutions de la République, aux autorités légalement établies, ainsi qu’aux principes de discipline, de neutralité et de réserve, constitue une obligation fondamentale pour tout agent public. “À cet égard, il est porté à la connaissance de l’opinion que l’intéressé a été convoqué, depuis septembre 2025, à plusieurs reprises par le Ministre et le Secrétaire général, aux fins de rappels à l’ordre et de notification des sanctions encourues”, a révélé l’autorité qui se désolidarise fermement.

Retour sur les confidences de Diomaye sur les attaques contre sa personne

Si les attaques de Baye Mayoro dépassent l’entendement dans une République normale, il est aussi bon de rappeler que les partisans du PM sont les premiers à traiter le chef de l’État de tous les noms d'oiseaux. Parmi les plus féroces dans leurs attaques, il y a le député Cheikh Bara Ndiaye. Il est aussi récurrent de voir de hauts responsables du régime l’accuser en des termes à peine voilée d’être celui qui protège directement ou indirectement des voleurs de deniers publics et des criminels.  Le PM lui-même est allé jusqu’à demander au président de la République de le laisser gouverner s’il n’est pas en mesure d’assumer toute son autorité. “Le Sénégal n’a aucun problème. Il a juste un problème d’autorité. Et il faut qu’on prenne nos responsabilités par rapport à cette situation. Qu’on me laisse gouverner, et on verra si les choses vont continuer ainsi”, disait-il.

Recevant les députés de la majorité présidentielle, le président de la République s’était d’ailleurs prononcé sur ces nombreuses attaques contre sa personne. Aux députés qui l’informaient des critiques reçues quand ils ont décidé de répondre à son invitation, il rétorque selon le député Abdoul Ahad Ndiaye : “On dirait que c’est aujourd’hui que vous avez entendu des propos outrageants et ça vous fait mal. Et moi, qu’est ce que je dois ressentir depuis le début de ces histoires ? Ou est ce que vous pensez que je n’entends pas ce qui se dit tous les jours sur moi. Et même si je ne l’entends pas, mes proches vont l’entendre et ils vont forcément me les remonter.” Ces témoignages ont été faits lors d’une émission sur la chaîne YouTube 313.  Quoi qu’il en soit, il urge, selon de nombreux observateurs, de mettre un terme à ce désordre qui commence

Qui est Baye Mayoro Diop ?

Directeur de la Coopération décentralisée au ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, Baye Mayoro était jusque-là un illustre inconnu. Il vient de sortir de l’anonymat de manière fracassante.

Selon certaines informations reçues par EnQuête, il serait de la même promotion que Bassirou Diomaye Diakhar Faye et Cheikh Diba, à l’Ecole nationale d’administration. Originaire du village de Sambé, à environ 16 km de Diourbel, il avait fait diplomatie et a servi notamment à Addis Abeba et en Italie.

D’après nos sources, c’est pendant la crise de 2021-2024, durant les temps de braise qu’il a commencé à s’engager politiquement. “C’est en tout cas pendant cette période que j’ai découvert son engagement politique”, souligne une source. Grâce à cet engagement et à sa proximité avec le PR, il a été promu en tant que directeur de la Coopération décentralisée. Pour beaucoup, Monsieur Diop jouit d’une protection du chef de l’État pour se permettre de telles attaques contre le premier ministre.

À Pastef Diourbel, le dirigeant a très tôt tenu à marquer sa différence, en choisissant sa propre voie. Dès le début, il s’est singularisé en mettant en place un mouvement dénommé Pastefou Diourbel. “C'est ce qui est à l'origine de son désaccord avec le Pastef de Diourbel divisé en deux clans”, renchérit notre interlocuteur.

Si son engagement en politique est relativement récent, l’ancien pensionnaire du département de philosophie de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’UCAD était très connu dans le mouvement estudiantin, en particulier chez les ressortissants du Baol. Ancien président de l’Amicale des étudiants de Diourbel, il était très actif et connu dans le milieu scolaire et universitaire. “Je l'ai connu en classe de terminale. Il faisait le tour des lycées pour expliquer les choix pour les orientations. A l'époque, il était le président de l'Amicale des étudiants de Diourbel. C’est quelqu’un de très disponible”, témoigne une source.

Mor Amar

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