Le journaliste accusé d’offense au chef de l’Etat
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Hier, le journaliste Adama Gaye a été arrêté par la Division des investigations criminelles (Dic). Gardé à vue pour offense au chef de l’Etat et diffusion d’écrits contraires aux bonnes mœurs, le journaliste pourrait être déféré au parquet, aujourd’hui.
Le journaliste Adama Gaye est dans de beaux draps. Depuis hier, il est dans les liens de la détention. Le journaliste, connu pour ses critiques acerbes à l’endroit du régime, a été cueilli chez lui hier à l’aube, d’après son avocat Me Cheikh Khoureyssi Bâ. Qui informe sur les modalités de cette arrestation : ‘‘Adama Gaye cueilli à l’heure du laitier... A 5 h 15, agissant sur ordre du procureur, la Dic (Division des investigations criminelles) a frappé à sa porte. Je suis avec lui en ce moment, dans l’attente d’un face-à-face avec les enquêteurs. Adama est infrangible’’, a-t-il révélé dans un post sur sa page Facebook.
Il a été, par la suite, conduit à la Division des investigations criminelles (Dic). Après plusieurs heures d’audition, les enquêteurs lui ont notifié sa garde à vue aux environs de 14 h. Ce, en attendant son déferrement au parquet pour les faits d’offense au chef de l’Etat et de diffusion, via les réseaux sociaux, de propos jugés contraires aux bonnes mœurs.
Selon nos sources, il a passé la nuit au commissariat du Plateau. Les mêmes sources ajoutent que le journaliste a été interpellé suite à un post sur sa page Facebook. Un post jugé offensant à l’endroit du président de la République qu’il cite dans une affaire de mœurs et publié alors que le mis en cause était à l’étranger.
C’est pourquoi nos informateurs renseignent qu’il a fait l’objet d’un soit-transmis reçu, puisque le procureur de la République aurait donné l’ordre de l’interpeller depuis juillet. Quoi qu’il en soit, des sources judiciaires renseignent qu’Adama Gaye a contesté certaines des publications qu’on lui impute. Il en a assumé d’autres, mais il aurait déclaré qu’il y a une exagération des faits, puisqu’il n’a jamais eu l’intention d’offenser le chef de l’Etat.
Quoi qu’il en soit, son conseil confie qu’il sera probablement déféré au parquet aujourd’hui pour les faits d’offense au chef de l’Etat et de diffusion d’écrits contraires aux bonnes mœurs. C’est dire que ce sont les articles 80 et 256 du Code pénal qui sont visés et qu’Adama Gaye risque de faire l’objet d’une information judiciaire et de lourdes sanctions, en cas de culpabilité. En fait, l’article 80 dispose : ‘’Tout individu qui aura reçu, accepté, sollicité ou agréé des dons, présents, subsides, offres, promesses, ou tous autres moyens, en vue de se livrer à une propagande de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves, à jeter le discrédit sur les institutions politiques ou leur fonctionnement, ou à inciter les citoyens à enfreindre les lois du pays, sera puni d’un emprisonnement d’un an au moins et de cinq ans au plus, et d’une amende double de la valeur des promesses agréées ou des choses reçues ou demandées sans que ladite amende puisse être inférieure à 100 000 F.’’
Quant à l’article 256 qui réprime le délit de diffusion d’écrits contraires aux bonnes mœurs, il dispose : ‘’Sera puni d’un emprisonnement d'un mois à deux ans et d'une amende de 25 000 à 300 000 F, quiconque aura affiché, exposé ou projeté aux regards du public, distribué ou remis en vue de leur distribution par un moyen quelconque, tous imprimés, tous écrits, dessins, affiches, gravures, peintures, photographies, films ou clichés, matrices ou reproductions photographiques, emblèmes, tous objets ou images contraires aux bonnes mœurs.’’
Reçu par Wade, jeudi dernier
Indépendamment de ces motifs, Adama Gaye avait commencé une nouvelle offensive dans sa croisade numérique pour la transparence dans les ressources pétrolières et gazières. Un long post au vitriol posté ce dimanche contre ‘‘l’organisation d’un cycle d’attribution de licences d’exploration de nos blocs en hydrocarbures restants’’ à un certain N. E. Eyong ‘‘dont le parcours professionnel est parsemé de troubles judiciaires et d’escroqueries criminelles’’. D’après lui, l’affaire devrait être conclue ce 9 octobre. Dans ce post où il se présente comme membre de l’Association internationale des négociateurs de pétrole et de gaz, M. Gaye a appelé les forces vives de la nation à s’opposer à ‘‘ce bradage’’.
Par ailleurs, le journaliste a été reçu jeudi dernier par l’ancien président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade. Les organisations de défense des droits humains, dont Reporters sans frontières (Rsf) ont appelé à sa libération.
FATOU SY