Publié le 2 Oct 2020 - 20:37
CONVOCATION SOULEYMANE TELIKO

Vers un ‘’boycott’’ des magistrats

 

Pour barrer la route à ce qu’ils considèrent comme une tentative de déstabilisation ourdie par la chancellerie contre l’UMS, les magistrats du Comité de ressort de Dakar affûtent leurs armes. Exigeant le départ de l’actuel ministre de la Justice, ils n’écartent pas de renvoyer toutes les audiences, si jamais leur président Souleymane Téliko doit comparaitre devant la formation disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature.

 

La guerre semble inéluctable. Elle s’annonce rude, entre la chancellerie et les magistrats réunis au sein de l’Union des magistrats sénégalais (UMS). Et la déclaration du Comité de ressort de Dakar, parvenue hier à ‘’EnQuête’’, en est une parfaite illustration. Condamnant fermement une ‘’démarche malintentionnée du ministre de la Justice’’, le comité de ressort ‘’réaffirme son soutien indéfectible à monsieur Souleymane Téliko, Président de l’UMS’’.

En outre, le Comité exige : ‘’L’arrêt immédiat de la procédure disciplinaire engagée’’ contre leur président. Mieux, les magistrats de Dakar sont montés d’un cran, en exigeant ‘’le départ sans délai du garde des Sceaux, Ministre de la Justice, monsieur Malick Sall’’. 

Outre cette radicalisation, le Comité de ressort de Dakar invite le Bureau exécutif de l’UMS à adresser des lettres de dénonciation à toutes les missions diplomatiques accréditées au Sénégal et à l’Union internationale des magistrats (UIM).

De plus, les magistrats appellent tous leurs collègues ‘’à se constituer, d’ores et déjà, aux côtés des avocats choisis et de procéder, le cas échéant, au renvoi de toutes les audiences le jour de la comparution de monsieur Souleymane Téliko’’. Dans la même veine, le comité a demandé au bureau exécutif ‘’de cesser, dès à présent, toute forme de collaboration avec le ministre de la Justice’’.

Enfin, il a invité le Bureau exécutif de l’UMS à ‘’convoquer, dans les plus brefs délais, une assemblée générale extraordinaire’’.

L’ire des magistrats a été provoquée par la déclaration du ministre Sall, le 28 septembre 2020, annonçant la saisine de la formation disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature, pour statuer sur l’affaire concernant Souleymane Téliko, Président de l’UMS. Pour le Comité de ressort de Dakar, ‘’les actes répétés de sabotage et de tentative de déstabilisation observés depuis plusieurs semaines, et dont l’unique responsable n’est autre que le ministre Malick Sall, constituent une attitude incompatible avec le fonctionnement normal du service public de la justice’’.

Point de presse, cet après-midi

Après le Comité de ressort de la capitale, l’Union des magistrats sénégalais va entrer aujourd’hui même dans la danse. L’organisation a, en effet, prévu d’organiser cet après-midi un point de presse, dans un hôtel de la place.

Pour rappel, cette affaire Téliko intervient dans un contexte marqué par l’affectation du président du tribunal départemental de Podor, Ngor Diop. Quelques jours avant cette affectation aux allures de sanction, ledit magistrat s’était illustré dans une affaire impliquant un dignitaire religieux dans cette partie nord du pays. Malgré les pressions de toutes sortes, M. Diop avait refusé de céder et avait même prononcé la condamnation contre le dignitaire. Ce qui n’avait pas plu à certaines autorités.

Estimant que cette affectation-sanction n’a pas été faite dans les règles, l’UMS avait pris la résolution de traduire l’acte devant la Chambre administrative de la Cour suprême pour demander son annulation. Ce qui, visiblement, n’était pas au goût de la tutelle.

Dans ce sillage, le premier président de la Cour d’appel de Kaolack, membre simple de l’UMS, à travers un communiqué vulgarisé par les services même du ministère de la Justice, annonce sa démission fracassante de l’organisation. Ont commencé alors les déballages au sein de la magistrature, jusqu’à la convocation du président de l’Union des magistrats sénégalais devant l’Inspection générale de l’administration de la justice (Igaj). Même si Téliko a surtout été entendu sur ses sorties dans lesquelles il commentait des décisions rendues par ses pairs, beaucoup d’observateurs n’ont pas manqué de faire le link avec sa posture radicale, dans l’affaire Ngor Diop.

MOR AMAR

 

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