Publié le 10 Feb 2026 - 15:09
TENSIONS À L'UCAD  

Une mort de trop

 

La situation a été particulièrement tendue ce lundi à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. La mort d'un étudiant en 2e année de médecine, qui répond au nom d'abdoulaye Ba, aura été le pic de cette journée de vives tensions.

 

Des forces de l'ordre qui font irruption sans invitation au sein même de l'université, bonjour le désordre. De façon plus claire, une telle action n'a jamais abouti à une fin heureuse comme si on était tout bonnement dans un conte de fée. Si on compte les faits, Fallou Sene, Bassirou Faye, ou encore Balla Gaye, à chaque fois qu'un étudiant est tombé au front c'est parce que les limiers ont violé les franchises universitaires. Comme toujours le front est infernal, les policiers en nombre impressionnant multiplient les jets de grenades lacrymogènes, s'en prennent aux mobylettes qui ne gênent pas pourtant leur champ visuel. Ils défoncent par moment des fenêtres, incendient des chambres d'étudiants. Bref la formule habituelle quand il s'agit de mater les occupants de ce temple du savoir, qui encore une fois, s'était transformé en un véritable champ de bataille, est appliquée. Du côté de l'armée estudiantine, on se défend comme on peut à coup de pierres, en usant de la technique de la terre brûlée, en courant, jouant à cache-cache, parfois même en dansant ; histoire peut-être de distraire l'adversaire. Mais par moment les scènes deviennent insoutenables, car certains sautent du 3e étage pour échapper à leurs bourreaux.

Et ce qui était le plus à craindre finit par arriver. La violence policière a malheureusement abouti à un ultime décès. Il se nommait Abdoulaye Ba étudiant en deuxième de médecine dentaire. L'information vient du président de la faculté éplorée. En effet, selon le président de l’amicale des étudiants en médecine, Atab Sagna, l’étudiant aurait été « battu par des forces de l’ordre dans sa chambre » avant d’être évacué vers le service médical du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), où il a reçu les premiers soins. Malgré la prise en charge médicale, Abdoulaye Ba est décédé au sein dudit service. Le décès a été confirmé par le Coud.

L'opposition politique n'a pas manqué d'y aller avec son commentaire. “Je déplore la perte d’un étudiant et les blessés, parfois grièvement atteints, et j’appelle le gouvernement à la raison, les forces de défense et de sécurité à la retenue. L’université n’est pas un champ de bataille, elle est le sanctuaire du savoir. Un pays qui frappe et affame ses étudiants compromet son propre futur. Il est donc urgent de procéder au paiement intégral des bourses, dans le respect strict des engagements pris. Gouverner, c’est tenir parole. Maintenir l’ordre, ce n’est ni réprimer la justice ni étouffer la vérité” affirme sur sa page Facebook, le président de Taxawu Sénégal, Khalifa Ababacar Sall. Selon l'ancien maire Dakar, cela démontre tout simplement que le régime de Pastef a déjà échoué. Il l'explique ainsi : “Les images de feu et de sang qui nous parviennent de Université Cheikh Anta Diop de Dakar sont le symptôme de l’échec d’un régime incapable d’honorer ses engagements et d’un État qui oppose la matraque à la légitime revendication. Après une troisième alternance démocratique au Sénégal , jamais nous n’aurions pensé revivre de telles scènes. Quand la violence remplace la parole publique, la colère devient inévitable et la responsabilité évidente”.

La voix de la Société civile, moins prolixe invite le gouvernement à établir le dialogue avec les représentants des étudiants "Les autorités étatiques au plus haut niveau, le Président Diomaye ou son Premier Ousmane Sonko doivent rencontrer les leaders du mouvement étudiant pour mettre fin à la violence qui a lieu dans les universités depuis plusieurs mois et qui a fait plusieurs blessés", commente Seydi Gassama. Plus incisif encore, Thierno Bocoum parle de tout un processus qui a découlé à la mort de ce jeune étudiant. “Affamer les étudiants, les violenter, puis, par pur cynisme, créer les conditions d’un drame humain. Voilà le visage réel d’un projet funeste que le régime Pastef fait peser sur l’avenir de nos enfants. Honte à vous”, se montre particulièrement remonté le président d’ Agir-Les Leaders.

MAMADOU DIOP

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