La communauté au chevet de 155 prisonniers sénégalais

Les Sénégalais de Mauritanie ont institué, depuis quelques années, à l’occasion du mois de ramadan, une journée de solidarité destinée aux détenus et autres personnes nécessiteuses. Cette année, cette journée de solidarité a été organisée le 4 mars 2026 dernier en collaboration avec l’ambassade du Sénégal. Un rituel respecté non seulement par les Sénégalais de Nouakchott, mais aussi de Nouadhibou et de Rosso.
Ils sont environ 155 détenus dont 90 à Nouakchott, 36 à Nouadhibou et 29 à Rosso, à bénéficier des dons en nature composés de denrées de première nécessité mais aussi d’habits. Pour y parvenir, la communauté et l’ambassade avaient mobilisé d’importantes sommes d’argent. À Nouakchott, plus de 800 000 ouguiyas (ancienne monnaie - 80 000 MRU) ont été collectées pour l’ensemble de cette opération. L’ambassade du Sénégal a elle aussi contribué à hauteur de 400 000 ouguiyas ancienne monnaie (40 000 MRU). Des sommes qui ont servi à l’achat de denrées comme le riz, le sucre, l’huile, l’oignon, la pomme de terre, le lait, les pâtes alimentaires, des habits, et d’autres produits d’hygiène.
Comme à l’accoutumée, une partie de ce don a été remise à l’administration pénitentiaire en guise d’assistance pour la nourriture des détenus de la prison civile de Dar Naim, celle des femmes au quartier d’Arafat et de PK18 en banlieue de Nouakchott, où sont incarcérés les détenus pour trafic de migrants.
Ces différentes opérations en cette période d’abstinence montrent, si besoin en était, que la privation de liberté n’est pas synonyme d’oubli. Ces Sénégalais font bien partie de notre communauté et doivent bénéficier des œuvres de bienfaisance à l’occasion de ce mois béni de ramadan.
Des dispositions prises pour la circonstance
Comme à l’accoutumée, l’administration pénitentiaire et judiciaire a pris des dispositions pour faciliter le bon déroulement de l’opération. Hamidou Cissokho, directeur régional des prisons de Nouakchott, sur place à la prison de Dar Naim où l’opération a démarré, a indiqué que « cette journée revêt un caractère humanitaire et trouve tout son sens en ce mois béni de ramadan ». Pour Mohamed Abdallahi, directeur de la réinsertion, « cette assistance des détenus sénégalais par l’ambassadeur du Sénégal et la communauté montre tout l’intérêt qu’accorde l’ambassade à ses compatriotes privés de liberté ». Il a exprimé sa satisfaction de voir l’ambassadeur et ses compatriotes apporter toute l’assistance nécessaire. Il a en outre soutenu que la Mauritanie et le Sénégal vivent en symbiose et cet acte le montre à suffisance.
Pour sa part, Son Excellence, Monsieur Maguette SEYE, l’Ambassadeur du Sénégal, accompagné d’une forte délégation, a exprimé la solidarité de toute une communauté à accompagner ses compatriotes qui sont dans les lieux de détention. Rejoignant le directeur de l’insertion, il a adressé ses remerciements aux autorités mauritaniennes, notamment celles de l’administration pénitentiaire et judiciaire. À l’endroit de ses compatriotes, il a soutenu que ce mois béni de ramadan constitue un mois d’abstinence, de pardon, d’entraide et de solidarité. C’est la raison pour laquelle la communauté et l’ambassade se mobilisent à chaque fois pour matérialiser ces actes de piété et de bienfaisance, afin d’exprimer leur solidarité aux détenus tout en leur rappelant que ce qui leur est arrivé relève du destin.
Même son de cloche à la prison des femmes où 13 de nos compatriotes sont incarcérées. Il a souligné la sensibilité de la femme. Car, dit-il, la femme est une famille, une école en ce sens que c’est elle qui est la fidèle gardienne de la famille. Une pensée spéciale a été adressée à madame Deguène, accusée de meurtre. Le diplomate a, comme tous ses prédécesseurs, soutenu que le problème est pris en charge par les autorités compétentes sénégalaises dans l’optique de trouver une solution.
À la prison de PK18, l’ambassadeur du Sénégal et le directeur de la réinsertion ont tenu le même discours de regret pour ce qui est arrivé à ces Sénégalais privés de liberté. Toutefois, martèlent-ils, c’est le destin. Pour le directeur de la réinsertion, la prison n’est qu’un lieu de privation de liberté certes, mais c’est aussi un moment de réflexion pour changer de comportement et de mentalité dans le respect des lois et règlements du pays. Il a également indiqué que certains détenus peuvent bénéficier de grâce présidentielle si leur situation le permet.
Trafic de stupéfiants, vol, trafic de migrants, prostitution : les infractions les plus fréquentes
Les détenus sénégalais, dont certains n’ont pas pu retenir leurs larmes face à leur destin, ont demandé à leur ambassadeur de les assister pour diligenter leur jugement. Certains, comme M. Fall, sont en attente de jugement depuis deux ans pour vol de téléphone, tout comme Yamar, qui attend également son sort depuis deux ans. Quant à G. Kane, accusé de vente de drogue et de vin, il a écopé de 15 ans de prison ferme. La plupart de nos détenus sont accusés soit de mœurs légères pour certaines femmes, de trafic de stupéfiants, de vol, mais surtout de trafic de migrants, dont 43 croupissent en prison.
En tout cas, le tableau lugubre de nos compatriotes dans les prisons s’affiche ainsi : 34 à la prison de Dar Naim, 13 femmes à la prison d’Arafat et 43 à celle de PK18, soit un total de 90 détenus à Nouakchott. À Nouadhibou, seuls 36 détenus séjournent en prison, dont 5 femmes. Ils sont accusés de trafic de migrants, de drogue, de mauvaises mœurs. À Rosso, 29 prisonniers sénégalais attendent leur liberté. Ils sont principalement accusés de vol de bétail et de trafic de migrants.
À Nouakchott, certains d’entre eux qui ont pris la parole n’ont pas manqué de solliciter l’État du Sénégal à travers l’ambassadeur et les autorités mauritaniennes compétentes pour accélérer les procédures judiciaires afin qu’ils puissent connaître leur sort. Ils ont à cet effet dénoncé certaines conditions de détention et les lenteurs administratives devant aboutir à leur jugement.
M. Diallo, l’un des plus anciens, Thierno, Mansour, pour ne citer que ceux-là, ont apprécié le geste noble de la communauté et de l’ambassade en ce moment de ramadan, mais ont souhaité l’amélioration de leurs conditions de détention et mieux, leur liberté. Car, des peines allant de 5 ans à 15 voire plus sont prononcées contre eux.
Répondant à ces différentes interpellations des détenus, l’ambassadeur Sèye a soutenu que ses services travailleront en collaboration avec les autorités mauritaniennes en vue de trouver des solutions idoines à cette situation. Car, dit-il, cela rentre dans le cadre de leurs missions d’assistance et de protection des Sénégalais. D’ailleurs, ses services compétents se rapprocheront des autorités judiciaires mauritaniennes dans le cadre de l’amélioration de la situation carcérale de ses compatriotes, mais surtout demander à ce que les dossiers en souffrance au niveau de la justice soient traités avec la plus grande attention, compte tenu de l’excellence des relations qui unissent la Mauritanie et le Sénégal.
Ibou Badiane, Correspondant en Mauritanie







