Cheikh Oumar Diagne sonne la charge et dénonce un « pilotage à vue »

Lors d’une conférence de presse tenue à son siège, le leader du Rassemblement pour la Vérité (RV) / And Ci Dëgg a lancé une offensive politique d’une rare virulence contre le pouvoir en place. Entre dénonciation d’une « dualité paralysante » au sommet de l’État, critiques sur la gestion des hydrocarbures et mise en cause de l’indépendance de la justice, l’ancien allié du régime dresse un réquisitoire sévère contre ce qu’il qualifie désormais d’« échec du système Pastef».
Lors d'une conférence aux allures de rupture définitive qu'il a animée à son siège, le leader du Rassemblement pour la Vérité (RV) / And Ci Dëgg n'a épargné personne. Entre dénonciation d'une « monarchisation rampante », critiques sur la gestion des hydrocarbures et attaques frontales contre le tandem au pouvoir, l'ancien allié a dressé un portrait au vitriol d'un régime qu'il juge désormais « à bout de souffle » après seulement deux ans d'exercice. Quand Cheikh Oumar Diagne dégaine, vise et tire, il le fait souvent sans retenue. Même s'il ne respecte pas toujours les codes de la communication politique dans ses différentes sorties, le leader de RV ne badine pas lorsqu'il s'agit de défendre ses « principes » et sa vision de la politique. Seulement quelques jours après sa dernière interpellation publique, il a remis ça. Le cœur de l'intervention de Cheikh Oumar Diagne a porté sur l'architecture même du pouvoir exécutif. Pour lui, le Sénégal est aujourd'hui victime d'un « bicéphalisme » qui ne dit pas son nom. Il a longuement argumenté sur la confusion des rôles entre l’avenue Roume et la Primature, affirmant que cette situation installe une instabilité chronique dans l'administration publique.
« Nous assistons à une dualité au sommet de l’État qui paralyse les institutions. On ne sait plus qui décide, ni qui oriente la vision du pays. Ce mélange des genres est une insulte à la séparation des pouvoirs et une menace directe pour notre sécurité institutionnelle. » Selon M. Diagne, ce flou artistique n'est pas qu'un problème d'ego, mais une faille qui permettrait à des « groupuscules d’intérêt » de s’infiltrer dans les prises de décision stratégiques, loin des promesses de transparence de la campagne de 2024. Abordant le volet économique, celui que d’aucuns surnomment Maba s'est montré particulièrement offensif sur la question des ressources naturelles. Alors que le gouvernement vante les premiers dividendes du gaz et du pétrole, Cheikh Oumar Diagne parle, lui, d’un « contrat de dupes ». Il accuse les autorités actuelles d’avoir troqué la souveraineté réelle contre des effets d’annonce.
« On nous parle de renégociation, mais où sont les preuves ? Ce gouvernement ne fera rien d’important pour ce pays en matière de souveraineté. Ils ont repris les mêmes méthodes que leurs prédécesseurs, avec un vernis de patriotisme pour endormir les masses. » Par ailleurs, il a fustigé le coût de la vie, rappelant avec amertume que « le peuple ne mangera pas des textes de loi » ni des slogans de souveraineté si le prix du riz et de l’électricité continue de grimper. L'autre moment fort de cette sortie a été son retour sur ses propres déboires judiciaires. Condamné le 11 mars dernier à une amende de 500 000 FCFA pour diffusion de fausses nouvelles, il a transformé sa défense en offensive politique. Pour lui, cette condamnation est une médaille de plus dans son combat pour la vérité. Revenant sur le décès de l’étudiant Abdoulaye Bâ, il a accusé le régime de vouloir « clôturer administrativement un drame humain ». Il a réitéré ses doutes sur la version officielle, affirmant que la justice est devenue un outil de « nettoyage politique » pour faire taire ceux qui, comme lui, possèdent des dossiers compromettants sur la gestion de certains ministères clés.
En définitive, au terme de cette matinée marathon, Cheikh Oumar Diagne a officiellement positionné son mouvement comme la véritable alternative face à ce qu’il appelle « l’échec du système Pastef ». Il a appelé les forces vives, les syndicats et la société civile à rejoindre un large front de résistance. « Le temps des excuses est terminé. Soit ils gouvernent pour le peuple, soit ils s’effacent. Nous ne serons pas les spectateurs de la ruine de notre République. » Le personnage Cheikh Oumar Diagne occupe une place assez atypique dans le paysage politique sénégalais. Sans fief électoral solide ni base politique structurée, certes, mais il n’en demeure pas moins redoutable par sa verve et sa capacité de dénonciation. Mieux vaut l’avoir dans ses rangs que face à soi. Lui-même affirme que sa démarche repose uniquement sur des principes clairs. Toujours est-il que depuis son limogeage du poste de directeur des moyens généraux à la Présidence de la République, cette nouvelle sortie semble entériner définitivement son divorce avec le pouvoir actuel.
Et c’est reparti pour un nouveau chapitre, un énième combat dans lequel il entend défendre sa vision d’un Sénégal fondé sur la vérité. Seul dans la poursuite de cet idéal, il échouerait sans doute. Il lui faudra donc composer avec l’actuelle opposition, qui compte pourtant dans ses rangs plusieurs acteurs qu’il combattait encore hier.
Mamadou DIOP







