Une mission mystérieuse qui ravive la colère

Pendant que le gouvernement serre la ceinture dans un contexte économique difficile, la TDS semble se soucier très peu des dépenses et des priorités, selon les délégués du personnel.
La situation se dégrade jour après jour à la Télévision numérique terrestre du Sénégal. Des travailleurs ne cessent de s’alarmer et d’alerter contre une gestion jugée gabegique et peu scrupuleuse du respect des textes. Dans un contexte où le Premier ministre Ousmane Sonko instruit ses hommes de limiter les voyages à l’étranger, la directrice générale s’est permise un déplacement coûteux en France avec une importante délégation. Au niveau de la boîte, beaucoup d’agents ne savent quel est l’objet de ce voyage qui va coûter plusieurs millions à l’entreprise, cinq jours d’absences à la fois de sa DG et de son DGA.
Dans un communiqué, le collège des délégués exprime ses vives préoccupations face à ce qu’il considère comme des décisions qui fragilisent davantage la situation financière de l’entreprise. “En dépit d’une situation particulièrement critique affectant l’infrastructure technique de la Télévision Numérique Terrestre (TNT) au Sénégal, la directrice générale, le Directeur général adjoint, accompagnés de deux de leurs collaborateurs ont effectué un déplacement en France, d’une durée de plusieurs jours”, informent les représentants des travailleurs qui précisent : “Il convient de souligner que la représentation de la société à certaines rencontres internationales pouvait légitimement être assurée par un seul directeur.”
Des coûts exorbitants, une pertinence douteuse
Selon le communiqué, ce voyage a engendré des coûts particulièrement élevés pour l’entreprise, à hauteur de plusieurs millions. Le collège s’interroge sur les motivations et l'opportunité de ce déplacement simultané de la Directrice générale et du Directeur général adjoint, “laissant de fait la société sans pilotage, ce qui contrevient aux bonnes pratiques de gestion d'une entreprise”. À noter qu’avant de partir, la DG a signé une note d’intérim laconique au profit du directeur administratif financier pour la période du 13 au 19 avril.
Outre ce problème lié à la gouvernance financière des ressources, le collège dénonce “une dérive dans la gestion des ressources humaines et matérielles, caractérisée par une opacité notoire et des décisions souvent perçues comme arbitraires”. “Malgré plusieurs alertes en interne, notamment à travers un courrier détaillé adressé au Président du Conseil d’administration, la Direction générale adopte une posture de déni et de confrontation, parfois marquée par des écarts de langage incompatibles avec les exigences de la fonction”, fulminent les délégués dans le communiqué.
Dans le même sillage, ils fustigent des sanctions et des licenciements prononcés “sans respect des procédures contradictoires ni de forme et contribuant à une détérioration significative du climat social”. Ces actes exposent la TDS à des condamnations pécuniaires susceptibles d'aggraver sa situation financière, alertent les délégués, qui dénoncent dans le même temps des recrutements clientélistes.
Au même moment, le poste stratégique de directeur des affaires juridiques reste vacant, alors même que la boîte fait face à de nombreux contentieux.
Les conséquences d’un pilotage à vue
Les délégués ont aussi exprimé leur inquiétude sur l’absence d’une vision claire dans le management de l’entreprise avec une direction très peu expérimentée. Conséquence, la TDS, pourtant acteur clé dans le domaine du Numérique, est reléguée au second plan dans l’écosystème, absente des grands rendez-vous stratégiques, déplorent les travailleurs.
Pendant ce temps, l’infrastructure de l’entreprise continue de se dégrader et pourrait gravement compromettre les ambitions du pays dans ce domaine. Les délégués constatent, en effet, pour s’en désoler “une dégradation continue de la qualité du signal, des centres émetteurs et l’inaccessibilité du signal dans plusieurs zones du territoire”.
Le Collège des Délégués rappelle qu’il ne saurait rester silencieux face à des pratiques contraires aux principes de transparence, d’équité et de bonne gouvernance susceptibles de compromettre sa pérennité de l’entreprise. “En conséquence, nous appelons le Conseil d’administration ainsi que les autorités compétentes à diligenter, dans les plus brefs délais, un audit approfondi de la situation au sein de TDS-SA, afin de restaurer un climat social apaisé et recentrer l’entreprise sur ses priorités stratégiques pour la sauver d'une faillite imminente”, soutiennent les délégués qui demandent une intervention immédiate de l’autorité pour éviter le pire.
Eutelsat, le retour du banni ?
Si la direction générale n’a pas communiqué sur l’objet du voyage, certaines sources parlent d’une rencontre prévue avec Eutelsat mais sans autre précision. Il convient de rappeler qu’il y a quelques mois, un litige portant sur une facture d’un milliard de franc CFA avait opposé la boîte à l’entreprise française. Des cadres de la boîte avaient émis des réserves sérieuses sur la nature des prestations à l’origine de cette facture.
Tout est parti d’un contrat signé sous la direction du DG Amadou Diop et rompu par Nafissatou Diouf en raison de nombreuses bizarreries. “Non seulement les coûts étaient élevés, mais aussi parfois c’est des prestations qui ne correspondent pas au besoin de TDS”, confient nos sources qui soupçonnent une grande nébuleuse derrière. Pendant longtemps, le ministère des Finances avait tardé à payer faute de preuves.
Il faut noter que Eutelsat avait remporté ce marché juteux des prestations satellites, avant l’arrivée de Nafissatou Diouf. Cette dernière avait rompu le contrat pour le confier à une entreprise israélienne dénommée Amos. L’autre question que se posent nos interlocuteurs, c’est de savoir si la tutelle a validé ce voyage dont l’objet reste un mystère.
Pour rappel, il y a quelques semaines, le Premier ministre avait donné des instructions fermes aux membres du gouvernement et autres agents de supprimer tous les voyages non essentiels, en commençant par donner lui-même l’exemple en annulant une rencontre avec le Premier ministre espagnol ainsi qu’un déplacement prévu en France. Il disait : “J’ai pris un certain nombre de mesures de restrictions drastiques en ce qui concerne les dépenses. Annulation de toutes les missions non essentielles à l’étranger à commencer par les miennes en tant que Premier ministre….”
Dans le même sillage, le PM annonçait qu’aucun ministre de son gouvernement ne bougera du pays, si ce n’est une mission essentielle. Pour justifier ces mesures, il faisait allusion à la conjoncture nationale et internationale.
La Dorection générale contactée n’a pas jugée utile de répondre à nos questions.
MOR AMAR







