« Au nom de quoi se battre à la place de Diomaye ? »
L’écho du vote du 28 avril 2026 n’a pas fini de résonner. À peine la proposition de loi modifiant les articles L.29 et L.30 du Code électoral adoptée à une écrasante majorité par l’Assemblée nationale, le débat s’est déplacé sur le terrain du contentieux constitutionnel. Et c’est de Montréal que l’une des voix les plus tranchantes s’est élevée.
Invité de la matinale de la RFM ce mercredi, Mame Mbaye Niang, ancien ministre et figure de l’Alliance pour la République (APR), a livré une lecture à contre-courant des réflexes habituels de l’opposition. Loin d’appeler ses pairs à la mobilisation juridique, il leur recommande l’abstention. « On ne fera pas le job à la place de Bassirou Diomaye Faye », a-t-il martelé, estimant que « ce n’est pas à l’opposition de déposer de recours ».
L’argumentaire de l’ancien ministre repose sur une lecture institutionnelle du serment présidentiel. Selon lui, le chef de l’État, en tant que garant de la Constitution, devrait être le premier à interroger la conformité de la loi au texte fondamental. « Le président de la République devrait assumer ses fonctions parce que c’est lui qui a juré devant la nation et devant Dieu de garantir les libertés, de protéger le pays, de défendre la Constitution et l’intégrité du territoire », a-t-il rappelé.
Mame Mbaye Niang pousse le raisonnement en soulignant l’arsenal institutionnel à disposition de Bassirou Diomaye Faye. « Le président de la République dispose suffisamment de moyens pour ne pas laisser cette loi arriver à l’Assemblée nationale. S’il ne veut pas le faire, ça n’engage que lui », soutient-il, plaidant pour une saisine directe du Conseil constitutionnel par le chef de l’État - prérogative que lui reconnaît l’article 74 de la Constitution.
Une faille dans le camp de l’opposition
Au-delà de la tactique, l’ancien ministre interroge la cohérence politique d’un éventuel recours porté par la seule opposition. « Au nom de quoi est-ce que l’opposition devrait se battre à la place de Diomaye ? », s’interroge-t-il, renvoyant le pouvoir en place à la responsabilité de ses propres choix législatifs.
Une manière de souligner que la majorité parlementaire qui a porté le texte est la même qui soutient l’exécutif – rendant, à ses yeux, artificielle toute contestation extérieure.
Cette sortie tranche avec la ligne adoptée par d’autres figures de l’opposition. Dès mardi, à l’hémicycle, la présidente du groupe parlementaire Taxawu, Aïssata Tall Sall, avait formellement annoncé une initiative de recours pour inconstitutionnalité.
La position de Mame Mbaye Niang ouvre ainsi une faille stratégique entre partisans de la voie contentieuse et tenants d’une posture de retrait, laissant l’exécutif seul face à ses contradictions.







