Publié le 6 Jun 2026 - 16:07
FESTIVAL “NGUENTE LI”

Les femmes percussionnistes à l’honneur

 

Après des années sur les scènes internationales, la compagnie Ngueweul Rythme a choisi la Place Santessou pour lancer « Nguenté li 2026 », une retraite aux flambeaux suivie d’un grand rassemblement populaire qui a réuni 70 percussionnistes, danseurs, chanteurs et comédiens venus de sept régions du Sénégal.

 

Cheikh Ma Djimbira Ndiaye, dit « Ndigueul Mc », n'est plus à présenter sur la scène culturelle du Sénégal. Il a remporté le concours « Cerveau national » de la RTS en 1993, puis a fondé l'Association artistique et culturelle Ngueweul Rythme en 1998. Habituée aux hôtels de la Petite-Côte et aux tournées internationales, sa troupe a choisi cette fois de revenir dans l'espace public. Une retraite aux flambeaux à Santessou, suivie d'un grand rassemblement populaire dans le même quartier, a marqué l’événement dimanche et lundi derniers dans le cadre d’une initiative dénommée « Nguenté li » (le baptême en wolof).

« Nous avons toujours joué dans les hôtels. Cette fois, il fallait montrer nos tambours à nos tantes, nos badiènes et nos grands-mères. »

Mbour n'a pas été choisie au hasard, la capitale de la Petite-Côte est un carrefour. « C'est le carrefour du Sénégal, un lieu sacré où toutes les ethnies se croisent », insiste le leader. Les artistes venus de Saint-Louis, Louga, Diourbel, Dakar, Thiès, Kaolack et Casamance se sont retrouvés sur une même place, décrite comme sacrée. Bayal Santessou sert aussi de lieu de prière à une grande partie de la communauté musulmane à l’occasion des fêtes de Korité et de Tabaski. On raconte aussi que le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba y a effectué une prière lors d’un passage dans la localité.

Le temps fort a été le baptême mystique d'un instrument hybride conçu par le sculpteur Amadou Sow. Présenté lundi dernier à Mbour, ce « nouveau tambour africain conçu exclusivement pour les femmes » veut renforcer leur place dans les percussions traditionnelles.

Un tambour inédit, réservé aux femmes.

Le leader l'explique comme un geste politique : « la femme symbolise le sacré, la vie, le futur et la transmission ». L'instrument veut « sceller l'unité de tous les tambours » et affirmer que « l'Afrique peut danser sur ses propres pas ». Rupture majeure : les musiciennes ont joué avec deux baguettes, là où le sabar se pratique habituellement d'une main et d'une baguette. « La femme symbolise le sacré, la vie, le futur et la transmission », affirme Ndigueul Mc.

L'objet fusionne cinq héritages : la taille du bougarabou de Casamance, la forme du djembé, la confection du sabar, le décor du sowrouba et le diamètre du dioundioung (tambour royal en pays sérère). Sept exemplaires, chiffre de l'ouverture, ont été dévoilés sous des draps sacrés.

Au-delà de la prouesse, le spectacle a convoqué toute la famille des percussions sénégalaises — sabar, tama, tabala, sowrouba, djembé, bougarabou, khine, dioundioung — soutenu par la mairie de Mbour et l'agence Esprit d'Afrique.

Dans un contexte politique tendu, le griot-percussionniste a transformé la devise nationale « Jub, Jubal, Jubanti » en plaidoyer : il y ajoute « Jubo » et « Jubole », l'entente et la réconciliation, une manière de rappeler que la percussion n'est pas qu'un spectacle, c'est un langage de cohésion. « C'est un instrument profondément africain qui va sceller l'unité de tous les tambours. L'Afrique est une, indivisible », conclut l’artiste.

Pape Mbar Faye

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