Publié le 25 Jun 2026 - 17:06
BILAN SODAV 2025

677 millions FCFA collectés

 

Entre performances financières, révolution numérique et construction de son futur siège, la SODAV affiche ses ambitions pour mieux protéger les créateurs sénégalais et renforcer l'économie de la culture.

 

À la veille de son Assemblée générale annuelle, la Société sénégalaise du Droit d'Auteur et des Droits Voisins (SODAV) a innové en donnant à la presse la primeur de son Rapport d'activités 2025. Réunis ce mercredi au Théâtre National Daniel Sorano de Dakar, les responsables de la société de gestion collective ont dressé le bilan d'une année marquée par des avancées significatives, tant sur le plan financier que sur celui de la modernisation de l'institution.

Face aux journalistes, Mme Ngoné Ndour, Présidente du Conseil d'administration, et M. Aly Bathily, Directeur-Gérant, ont présenté les principaux résultats enregistrés durant l'exercice écoulé ainsi que les perspectives qui dessinent l'avenir de la structure chargée de défendre les intérêts des auteurs, artistes-interprètes et autres titulaires de droits au Sénégal.

Traditionnellement, les résultats annuels de la SODAV sont présentés aux membres lors de l'Assemblée générale. Cette année, le Conseil d'administration a choisi une approche différente. « D'habitude, les conférences de presse se tiennent lors de l'Assemblée générale. Cette année, nous avons voulu changer et donner la primeur des informations à la presse afin que le travail accompli en 2025 soit largement relayé », a expliqué Mme Ngoné Ndour.

Cette démarche traduit une volonté d'ouverture et de transparence de la part de la société de gestion collective, qui entend davantage communiquer sur ses performances et ses défis.

Des indicateurs financiers encourageants

Le rapport présenté fait apparaître une progression constante des activités de la SODAV. Au cours de l'année 2025, la société a enregistré 677 millions de francs CFA de collecte, tandis que les montants redistribués aux ayants droit se sont élevés à 429 millions de francs CFA. Pour M. Aly Bathily, ces chiffres confirment la bonne santé de l'institution. « La SODAV est sur une trajectoire ascendante depuis sa mise en activité. Les résultats obtenus démontrent que nous respectons les standards internationaux de gestion collective et les règles de gouvernance applicables aux sociétés de gestion des droits », a-t-il indiqué.

Les frais de gestion sont demeurés dans les limites fixées par l'Assemblée générale, qui avait arrêté un plafond de 35 %. Une performance saluée par les dirigeants de la société, dans un contexte économique parfois difficile. Selon le Directeur-Gérant, les charges globales ont atteint environ 578 millions de francs CFA. Toutefois, une partie importante de ces dépenses a été soutenue par la subvention de l'État du Sénégal, évaluée à 325 millions de francs CFA pour l'exercice 2025.

Cette contribution publique a permis à la SODAV de limiter l'impact des charges sur les revenus destinés aux ayants droit. Au-delà des chiffres bruts, les responsables de la SODAV mettent en avant une évolution qualitative importante.

Longtemps concentrées sur les secteurs de la musique et des œuvres radiophoniques, les répartitions concernent désormais un éventail beaucoup plus large de bénéficiaires. L'audiovisuel, les arts visuels et d'autres disciplines créatives occupent désormais une place croissante dans les mécanismes de redistribution.

Pour Aly Bathily, cette évolution représente une véritable réussite. « Nous sommes en train de remplir pleinement notre mission de société pluridisciplinaire. La loi reconnaît des droits à plusieurs catégories de créateurs et notre rôle est de veiller à ce que chacun puisse bénéficier des revenus qui lui reviennent. » Cette diversification positionne la SODAV parmi les rares sociétés africaines capables de gérer simultanément les droits de plusieurs secteurs artistiques.

Dans de nombreux pays du continent, les sociétés de gestion collective restent essentiellement centrées sur la musique. Au Sénégal, la SODAV entend poursuivre son ouverture vers l'ensemble des filières culturelles reconnues par la loi.

Une augmentation du nombre d'adhérents

Autre indicateur de la confiance accordée à la société : l'augmentation constante du nombre d'adhérents. À la fin de l'année 2025, la SODAV comptait déjà plus de 13 000 membres. Depuis lors, les adhésions se poursuivent à un rythme soutenu. Les responsables estiment que l'institution pourrait rapidement atteindre le seuil des 15 000 membres. Cette dynamique s'accompagne d'une croissance importante du catalogue des œuvres déclarées.

La société recense désormais plus de 98 000 œuvres enregistrées, un chiffre qui témoigne du dynamisme de la création sénégalaise et de la confiance des auteurs dans le système de gestion collective.

L'un des axes majeurs du rapport 2025 concerne la modernisation technologique. Depuis plusieurs années, la SODAV investit dans le numérique afin de simplifier ses procédures et améliorer la traçabilité des œuvres. Un outil de suivi des programmes radio et télévision basé sur l'intelligence artificielle est actuellement en phase de perfectionnement. Ce système permettra de détecter automatiquement l'utilisation des œuvres diffusées sur les médias audiovisuels et de garantir une rémunération plus juste des titulaires de droits.

Parallèlement, la société finalise une plateforme digitale qui devrait être lancée avant la fin de l'année 2026. Cette innovation constitue l'un des projets phares du mandat de Mme Ngoné Ndour. Grâce à cette plateforme, les membres pourront consulter leur espace personnel, suivre leurs répartitions, déclarer leurs œuvres, vérifier leurs droits en instance ou encore mettre à jour leurs informations administratives.

Les utilisateurs de musique et d'œuvres protégées bénéficieront également d'un système dématérialisé pour leurs déclarations et paiements. Les fameuses fiches papier utilisées lors des spectacles ou des exécutions publiques devraient progressivement disparaître au profit d'un dispositif numérique sécurisé intégrant la signature électronique.

Selon les responsables de la SODAV, ce projet respecte toutes les exigences légales en matière de protection des données personnelles. La société a d'ailleurs obtenu une certification de conformité délivrée par la Commission de Protection des Données Personnelles.

L'arrimage aux standards internationaux

La modernisation passe également par une meilleure intégration aux réseaux mondiaux de gestion des droits. La SODAV travaille actuellement à l'interconnexion de ses bases de données avec plusieurs systèmes internationaux. Aujourd'hui, les auteurs membres disposent déjà d'un numéro IPI, un identifiant reconnu à l'échelle mondiale. Les œuvres musicales enregistrées bénéficient également d'un code international permettant leur identification partout dans le monde.

La prochaine étape concerne les artistes-interprètes, qui recevront eux aussi des identifiants internationaux. Pour Aly Bathily, ces évolutions sont indispensables dans un univers culturel de plus en plus dominé par les plateformes numériques. « Le suivi des droits sur Internet repose sur des systèmes d'identification. Sans ces codes, il devient difficile de tracer les exploitations et de garantir les revenus des créateurs », a-t-il souligné.

La rémunération pour copie privée, un enjeu stratégique

Parmi les sujets majeurs abordés lors de la conférence figure la question de la rémunération pour copie privée. Prévue par la législation, cette ressource n'est toujours pas mise en œuvre au Sénégal. Pourtant, elle constitue dans de nombreux pays une source importante de financement des droits des créateurs.

Mme Ngoné Ndour a rappelé que la dépendance actuelle à la subvention publique pourrait être réduite grâce à l'application effective de ce mécanisme. « Les acteurs culturels se mobilisent pour que la rémunération pour copie privée soit enfin appliquée au Sénégal », a-t-elle déclaré.

Selon Aly Bathily, le débat dépasse aujourd'hui les simples supports physiques. À l'ère du numérique et de l'intelligence artificielle, de nouvelles formes d'exploitation des œuvres apparaissent et nécessitent des mécanismes de compensation adaptés.

Un nouveau siège en perspective

Parmi les réalisations emblématiques de l'année figure la construction du futur siège de la société. Ce projet, lancé depuis plusieurs années, touche désormais à son terme. Depuis le déménagement provisoire des services à la suite de la dégradation de l'ancien bâtiment, la SODAV poursuivait l'ambition de disposer d'un siège moderne répondant aux besoins de ses membres.

Le nouvel immeuble, un complexe R+4, devrait être inauguré d'ici octobre 2026. Les responsables espèrent ainsi faire de ce lieu un centre de ressources et de rencontres pour les créateurs sénégalais.

La dimension sociale

La dimension sociale demeure une priorité pour la SODAV. En 2025, plus de 24 millions de francs CFA ont été consacrés à l'accompagnement des membres. Ces interventions concernent notamment les aides médicales, les soutiens sociaux et les contributions à diverses initiatives artistiques.

Pour les dirigeants de la société, cette mission de solidarité reste essentielle dans un secteur où de nombreux créateurs continuent de faire face à des difficultés économiques importantes.

Des défis à relever

Malgré ces résultats encourageants, plusieurs défis demeurent. La SODAV fait face à un important volume d'impayés. Les créances dues par les usagers atteignent environ 655 millions de francs CFA. À cela s'ajoutent des dettes contractées par certains membres bénéficiaires. L'ensemble représente plus d'un milliard de francs CFA. Le Conseil d'administration prévoit de mettre en place de nouveaux mécanismes de recouvrement afin d'améliorer la situation financière de la société.

Une réflexion spécifique sera également menée sur les dettes accumulées par certains sociétaires.

L'Assemblée générale extraordinaire prévue ce jeudi 25 juin examinera également un projet de révision des statuts et du règlement intérieur de la SODAV. Selon les responsables, ce travail résulte d'un long processus de concertation avec les organisations professionnelles et différentes personnes ressources. L'objectif n'est pas de bouleverser les fondements de la société, mais de moderniser certains dispositifs afin de renforcer la gouvernance et d'adapter les textes aux réalités actuelles.

« Aucun article n'a été supprimé. Certains ont été reformulés, améliorés ou réorganisés pour rendre les textes plus clairs et plus efficaces », a expliqué Aly Bathily.

Au terme de cette conférence de presse, un constat est fait : la SODAV poursuit sa transformation. Entre croissance du nombre de membres, diversification des répartitions, investissements technologiques, construction d'un nouveau siège et intégration progressive aux standards internationaux, la société entend consolider son rôle de pilier de l'économie culturelle sénégalaise.

FATOU BA

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