Publié le 21 Jul 2026 - 16:02
LE SÉNÉGAL À LA TÊTE DE LA CEDEAO

Un succès diplomatique sur fond de crise régionale

 

L’élection du président Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, conjuguée à la désignation du Général Birame Diop à la présidence de la Commission de l’organisation, constitue un événement diplomatique majeur pour le Sénégal. Cette double responsabilité traduit la confiance des États membres envers Dakar et confirme le retour du Sénégal comme acteur central de la diplomatie régionale.

 

La désignation simultanée du Sénégal à la tête des deux principales institutions de la Cedeao constitue bien davantage qu’une victoire protocolaire. Elle traduit une reconnaissance politique du rôle historique du Sénégal dans la construction de l’intégration ouest-africaine. Le président Bassirou Diomaye Faye présidera la Conférence des chefs d’État, tandis que le Général Birame Diop dirigera la Commission de la CEDEAO pour le mandat 2026-2030.

Le Sénégal joue la carte du soft power en s’appuyant davantage sur son aptitude à susciter la confiance, à produire des normes et à fédérer des partenaires autour d’objectifs communs. Il bénéficie depuis plusieurs décennies d’une réputation de stabilité institutionnelle, de dialogue politique et d’engagement multilatéral qui renforce son attractivité diplomatique.

À cette lecture s’ajoute celle de l’attitude des puissances moyennes. Le Sénégal n’est pas une puissance hégémonique en Afrique de l’Ouest ; il exerce néanmoins une influence disproportionnée par rapport à ses capacités matérielles grâce à son activisme diplomatique, sa crédibilité politique et sa tradition de médiation. L’élection de Bassirou Diomaye Faye et de Birame Diop confirme cette capacité à jouer un rôle de puissance d’équilibre au sein de la sous-région.

En outre, cette séquence diplomatique conforte le statut du Sénégal comme État pivot de l’Afrique de l’Ouest. Les orientations annoncées par le président Diomaye Faye (renforcement de l’intégration économique, lutte contre le terrorisme, réforme institutionnelle, promotion de la jeunesse et amélioration de la gouvernance) témoignent d’une volonté d’inscrire la présidence sénégalaise dans une logique de transformation plutôt que de simple gestion courante.

En confiant au Sénégal la direction politique et administrative de la CEDEAO, les États membres lui attribuent un crédit diplomatique qui accroît sa capacité d’influence dans les négociations régionales et internationales.

Une présidence confrontée à des défis géostratégiques majeurs

Cette consécration diplomatique intervient toutefois au moment où la CEDEAO traverse sans doute la plus profonde crise de son histoire.

Le premier défi est celui de la recomposition de l’espace ouest-africain après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette rupture remet en question l’ambition historique d’une intégration régionale fondée sur la libre circulation, la coopération économique et la sécurité collective.

Dans cette perspective, Bassirou Diomaye Faye et Birame Diop devront privilégier une diplomatie de réconciliation. Sans renoncer aux principes de la CEDEAO, ils seront amenés à maintenir des canaux de dialogue avec les États de l’AES afin d’éviter une fracture durable de l’espace ouest-africain. Ainsi pour Karl Deutsch, une communauté de sécurité ne repose pas uniquement sur des institutions, mais aussi sur la capacité des États à préserver des mécanismes permanents de communication malgré leurs divergences.

Le deuxième défi concerne la consolidation des normes démocratiques. La CEDEAO s’est progressivement affirmée comme une organisation défendant les principes de l’État de droit, de l’alternance démocratique et des élections libres. Pourtant, ces dernières années, plusieurs crises institutionnelles ont mis à l’épreuve cette ambition.

La question de la limitation des mandats présidentiels demeure particulièrement sensible. Même si les cadres juridiques varient selon les États, les controverses autour des révisions constitutionnelles ont souvent alimenté des tensions politiques et des crises de légitimité. Le Sénégal sera attendu sur sa capacité à promouvoir une culture de l’alternance démocratique tout en respectant la souveraineté des États membres.

À cela s’ajoute la tenue prochaine de plusieurs élections dans des pays de la sous-région. La crédibilité de la CEDEAO dépendra de sa capacité à accompagner des processus électoraux transparents, inclusifs et apaisés, à prévenir les crises post-électorales et à favoriser des règlements institutionnels des différends.

Le troisième défi est celui de la sécurité régionale. L’expansion des groupes armés terroristes, les trafics transfrontaliers et les crises humanitaires imposent une réponse collective. Les orientations défendues par le président Diomaye Faye en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée et d’une plus grande autonomie opérationnelle de la CEDEAO devront désormais se traduire par des résultats concrets.

De la consécration diplomatique à l’épreuve du leadership régional

Le profil du Général Birame Diop constitue un atout à cet égard. Son expérience des opérations de maintien de la paix des Nations unies et sa connaissance des enjeux de défense lui confèrent une crédibilité particulière pour coordonner les réponses régionales aux défis sécuritaires.

Enfin, un défi plus discret mais tout aussi déterminant concerne la crédibilité institutionnelle de la CEDEAO. L’organisation devra démontrer qu’elle applique ses principes de manière cohérente, qu’il s’agisse des transitions militaires, des processus électoraux ou du respect des engagements démocratiques. Sa légitimité dépendra autant de sa constance normative que de son efficacité politique.

Cette séquence diplomatique marque incontestablement le retour du Sénégal au premier plan de la gouvernance ouest-africaine. Elle confirme la confiance dont bénéficie Dakar auprès de ses partenaires et lui offre une capacité d’influence exceptionnelle. Mais l’histoire des organisations régionales montre que le prestige diplomatique ne constitue jamais une fin en soi. Il crée des obligations de résultats.

Le tandem Bassirou Diomaye Faye–Birame Diop sera jugé sur sa capacité à transformer cette légitimité institutionnelle en avancées concrètes : renouer le dialogue avec les États de l’AES sans compromettre les principes fondateurs de la CEDEAO, consolider les mécanismes démocratiques, promouvoir des élections crédibles, renforcer la lutte contre le terrorisme et accélérer l’intégration économique régionale.

Le succès diplomatique de Dakar devra être converti en leadership stratégique. C’est précisément cette capacité de transformation qui distinguera une présidence honorifique d’une présidence véritablement structurante pour l’avenir de la CEDEAO.

Khaly Sarr

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